L’affaire Kerviel : Did the last eight years not really happen?

Ce matin, en feuilletant le Web, j’ai découvert les derniers billets de Jean-Philippe Denis sur l’affaire Kerviel.

L’ « affaire Kerviel », qu’on ferait mieux d’appeler « affaire Société Générale », mais le mal est fait.

L’affaire Kerviel, qui n’est toujours pas complètement close, qui continue à rebondir dans ce qu’il reste de presse indépendante dans ce pays (lire les dernières révélations de Martine Orange sur Mediapart, en accès libre sur 20 Minutes), et qui pourrait continuer à rebondir dans ce qu’il reste de justice dans ce pays, le mercredi 20 janvier 2016 à Versailles, ou le lundi 21 mars à Paris.

L’affaire Kerviel, qui a commencé le jeudi 24 janvier 2008 à La Défense.

Il y a huit ans.

Il y a huit ans, la finance faisait exploser le reste de la planète. Il y a des noms dont on se souvient encore, et d’autres qu’on a oubliés — sans parler de ce qui restèrent dans l’ombre. Kerviel, Bear Sterns, Dexia, Lehman Brothers, subprimes, AIG… Promo 2008 !

Et huit ans plus tard, en ce début d’année 2016, les journaux multiplient les signaux d’alerte et préparent les opinions publiques aux prochaines déflagrations financières.

Les catastrophes financières sont devenues l’horizon indépassable de notre petit monde.

Ce matin, en lisant le billet de Jean-Philippe Denis intitulé « #SG Vs #JK : l’autopsie du game — Acte I : la stratégie du viol » , en suivant sa narration de 1997 à nos jours, je me retrouvais plongé encore plus loin. Les noms sont différents, là encore tous n’ont pas encore été oubliés : Jean-Marie Messier, Enron, Vivendi, Jeffrey Skilling, et puis un peu plus loin Parmalat, Worldcom, Arthur Andersen … C’était le cycle précédent, c’était la promo précédente … C’était il y a seize ans ! Promo 2000 !

Et seize ans plus tard, tout le monde est gentiment invité, par des beaux messieurs bien habillés, à se préparer aux prochaines déflagrations financières.

Et on pourrait probablement remonter plus loin, mais je n’ai pas cette mémoire-là.

Ce matin, en lisant ces excellents billets de Jean-Philippe Denis — le deuxième s’intitule « #SG vs #JK : l’autopsie du game — Acte II : 25 % de C.A., 75 % de conneries » , c’est à l’été 2004 que j’ai pensé. Plus précisément, au film de Michael Moore, « Fahrenheit 9/11 ». Ce film fut une des nombreuses tentatives en cette triste année 2004 d’ouvrir les yeux de l’opinion américaine et d’éviter une reconduction de George W. Bush. Un échec, en somme.

« Fahrenheit 9/11 », film sorti en France en juillet 2004 s’ouvre, dans mon souvenir, par les images de la soirée électorale du 7 au 8 novembre 2000. Le hold-up du siècle. Le dernier du XXème siècle ou le premier du XXIème siècle, suivant comment on compte.

Did the last four years not really happen?
Look, there’s Ben Affleck.
He’s often in my dreams.
And the Taxi Driver guy.
He was there too.
And little Stevie Wonder, he seemed so happy…
… like a miracle had taken place.
Was it a dream?
Or was it real?
It was election night 2000, and things seemed to be going as planned.

La soirée électorale du 2 au 3 novembre 2004 fut beaucoup plus lapidaire, pour ne pas dire plus cruelle, que la précédente. Cette fois-là, George W. Bush avait 3 millions de voix de plus que son adversaire, et tant pis pour Michael Moore.

Did the last four years not really happen?

Did the last eight years not really happen?

Did the last sixteen years not really happen?

En 2015, j’ai plusieurs fois tenté l’exercice : pour mesurer à quel point de décrépitude et de déchéance nous en sommes rendus, comparer le monde de 2015 au monde de 1990. Vingt-cinq ans. Un quart de siècle. Le plus réussi des billets de ce style est intitulé : « Comment nous nous sommes radicalisés face au monde réel » . Mais à quoi bon ?

On attribue généralement au Grec Thucydide la formule lapidaire :

L’Histoire n’est qu’un perpétuel recommencement.

Peut-on imaginer Sisyphe heureux ?

Comment distinguer ce qui est recommencement de ce qui ne l’est pas ?

Comment distinguer ce qui est fatalité de ce qui ne l’est pas ?

La volonté humaine, bonne et raisonnable, est-elle capable d’agir sur la destinée de l’humanité ?

La météorologie est-elle l’étendard de la fatalité ? Est-ce qu’on peut remonter les rivières ?

Quel est le rôle de l’ignorance dans tout cela ? Quel est le rôle de l’aveuglement ? Quel est le rôle de l’oubli ?

Dans quelle mesure l’ignorance et l’oubli des cochonneries précédentes facilitent-ils les cochonneries en cours ? Dans quelle mesure l’impunité des cochonneries précédentes encourage-elle les cochonneries en cours ? Est-ce que le monde irait mieux si on avait vraiment châtié les vrais coupables des cochonneries précédentes ?

En 2012, le sénateur Bernie Sanders résumait :

What the American people are angry about is they understand that they did not cause this recession. Teachers did not cause this recession. Firefighters and police officers who are being attacked daily by governors all over this country did not cause this recession. Construction workers did not cause this recession. This recession was caused by the greed, the recklessness and illegal behavior of the people on Wall Street.

Qu’est-ce qui a changé depuis 2012 ? Depuis 2008 ? Qu’est-ce qui a changé en huit ans ? Pas grand’chose. On contemple les nouvelles cochonneries. On attend la prochaine catastrophe.

Qu’a-t-on appris de 2008 ? Pas grand’chose. Qu’ont-ils appris de 2000 ? Qu’il vaut mieux avoir un bon bouc émissaire sous la main.

Pourquoi le monde contemporain — disons, au moins sur les deux ou trois dernières décennies — semble-t-il incapable de tirer vraiment les leçons de ses catastrophes et de ses cochonneries ?

Did the last eight years not really happen?
Was it a dream?
Or was it real?

A La Défense, en haut de la colline, derrière l’Arche sur la gauche, les tours de la Société Générale continuent à dominer le quartier Valmy, les cimetières, Nanterre et le parc Picasso, de toute leur arrogance. Daniel Bouton, Jean-Pierre Mustier, Christian Noyer, Christine Lagarde, Frédéric Oudéa et les autres coulent des jours paisibles. Tout va bien. Tout va bien pour eux.

Near, far, wherever you are …

Jusqu’à la prochaine catastrophe financière. Dont ils feront endosser la note à la collectivité nationale, et la responsabilité à un nouveau bouc émissaire.

The Matrix is a system, and that system is our enemy.

Bonne nuit.

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