Il ne faut pas se retourner

Il ne faut pas se retourner.

Il est des périodes propices au bilan. Parce que c’est le début ou la fin d’année ; parce que c’est le début ou la fin d’une séquence ; parce que c’est un déménagement ; parce que c’est un anniversaire ; parce que c’est un exil ; pour d’autres raisons.

Alors on essaie de faire un bilan. Il y a toujours deux colonnes, ou deux parties, ou deux termes. Actif et passif. Acquis et perdu. Ce qu’on a reçu, ce qu’on a donné. D’où on partait, où on est arrivé.

Ce qu’on a fait. Ce qu’on n’a pas fait. Ce qu’on aurait du faire. Ce qu’on aurait pu faire autrement. Mais surtout ce qu’on a fait.

Ce qu’on a souffert. Que ce soient des grandes souffrances ponctuelles et spectaculaires, ou des petites souffrances discrètes et récurrentes, encaissées jour après jour pendant des mois et des années. Est-ce que ça en valait la peine ? Est-ce qu’on ne pouvait pas faire autrement ?

Ce qu’on a sacrifié. Le mot « sacrifice » fait partie de ces mots qui ont mauvaise image de nos jours. Ces mots qui ne collent pas avec l’idée que l’époque veut qu’on se fasse d’elle-même et de nous-mêmes. Ces mots sont supposés renvoyés à des temps révolus, médiévaux ou héroïques, ringards, futiles, obsolètes. Comme « devoir ». Comme « merci ». Comme « loyauté », « fidélité », « gratitude », « effort », « travail », « travailleur », et j’en passe. Et pourtant ces mots existent encore. Et les réalités qu’ils recouvrent existent encore. Jour après jour, comme à l’heure du bilan.

Tuesday December 24th 1991. Gorbachev has just resigned.

(…)

Jack Colquitt at alone in his apartment at Christmas. He believed in sacrifice. Yet, some nights, he longed for a second chance…

Il ne faut pas se retourner.

Une fois encore, ce qu’en français on appelle bêtement « crise de la quarantaine » s’appelle beaucoup plus précisément en américain « mid-life crisis ». Crise du milieu de la vie. Crise au passage du col. Quand on peut avoir l’impression qu’on a fini de monter, et que bientôt il va falloir redescendre. Quand on se dit qu’il reste à faire moins qu’il n’a déjà été fait. Période propice au bilan.

Bilan : Tout ça pour ça ?

Est-ce qu’on va encore continuer longtemps comme ça ?

Pourquoi on ne me dit jamais merci ? Pourquoi tant d’ingratitude ? Pourquoi tant d’indifférence ou de mépris ?

Combien de temps faudra-t-il encore tenir ?

Est-ce qu’on va encore réussir longtemps à subir, souffrir et endurer, ce qu’on a pris l’habitude de subir, souffrir et endurer ?

Pourquoi tous ces sacrifices ? Pourquoi toute cette fatigue ? Pourquoi ? Pourquoi ? Et pourquoi faut-il que ça continue ? Et pourquoi en faudra-t-il plus, toujours plus ?

Il faudrait peut-être que je relise tout ou partie des quatre cent premiers billets des trois premières années de ce blog.

Il ne faut pas se retourner.

Je ne vous oublie pas, non, jamais
Vous savez tant de moi
De ma vie, de tout ce que j’en fais

A quoi bon ? A quoi bon ?

Pourquoi c’est toujours les mêmes qui s’amusent ?

Bonne nuit.

Publicités
Cet article, publié dans mid-life crisis, est tagué , , , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Tous les commentaires seront les bienvenus.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s