« C’est le 2 août 1914 que le vrai front a été rompu : celui de la civilisation contre la sauvagerie. »

La bataille de Verdun a commencé le lundi 21 février 1916, vers 7 heures 15. Ça va faire un siècle.

« Prélude à Verdun » est le 15ème des 27 volumes du cycle des « Hommes de Bonne Volonté », oeuvre majeure de Jules Romains sur la France et l’Europe du 6 octobre 1908 au 7 octobre 1933

Les pages qui suivent sont extraites du 15ème chapitre de « Prélude à Verdun », intitulé « Lettre de Jerphanion à Jallez. Comment on s’arrange pour vivre ça. ». J’ai déjà donné des extraits du 3ème chapitre, intitulé « L’usine d’usure« .

Jerphanion et Jallez se sont connus quelques années plus tôt à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Ils ont été tous les deux mobilisés en août 1914. Sa mauvaise vue a épargné à Jallez d’être envoyé au front. Jerphanion passera toute la guerre principalement au front.

Ce livre a été publié en 1938. Cette lettre, d’un normalien à un autre normalien, d’un latiniste à un autre latiniste, est supposée avoir été écrite fin 1915, après près d’un an de vie dans les tranchées, mais avant Verdun.

Les premières pages de cette lettre parlent de la vie dans les tranchées, des hommes, de la paperasse, du froid, de la nourriture, de la saleté, des poux…

* * *

J’en arrive même à croire que l’homme est ainsi fait que la présence d’un petit agacement, vif comme sensation mais dépourvu de gravité comme indice, peut aider à son bon équilibre mental, en occupant ce qu’il y avait toujours en lui d’inquiétude flottante ; en lui servant aussi d’anneau de Polycrate ; car je soupçonne qu’il persiste en nous, à toutes les minutes de notre vie, un petit raisonnement caché, legs d’une infinité de misères ancestrales : « Nous ne sommes pas mis au monde pour être tranquilles. Quand rien ne nous tourmente, ce n’est pas naturel, et c’est mauvais signe. » Un petit tourment nous donne le sentiment que nous continuons à payer notre droit de séjour dans ce monde, à le payer très peu cher évidemment, mais assez pour que notre bien-être ne fasse pas scandale et n’attire pas la foudre. (Comment veux-tu que l’homme guérisse de cette méfiance héréditaire envers tout ce qui ressemble au bonheur ? La présente guerre va lui injecter de l’essence de tremblote quelquefois suffi pour un siècle.) Eh bien, les poux ont quelquefois suffi à me vacciner contre la vague inquiétude où me mettait une absence un peu trop prolongée de bombardement. (Je dois mentionner les rats, pour ne rien taire. Mais ils ne méritent pas que je t’intéresse à eux. Ils constituent de l’importunité gratuite et superfétatoire.)

Je t’ai parlé de l’odeur des vivants. Il faut que je te parle de l’odeur des morts. Tant pis pour toi. Tu as voulu savoir. Je ne t’épargnerai rien, Ne crois pas que je vais faire du romantisme. Nous ne vivons pas « dans » l’odeur des morts, pas plus qu’au printemps 1914 nous ne vivions à Paris « dans » l’odeur de l’essence d’autos. Mais l’odeur des morts fait partie de notre paysage ordinaire. Elle ne se laisse jamais entièrement oublier. Et il arrive qu’elle vienne au premier plan. Sans avertir, hélas ! ce qui fait qu’on est obligé d’être constamment prêts à la recevoir d’un cœur ferme.

Plus généralement, la mort et tout ce qui s’y rapporte sont ici l’objet d’un changement de condition assez remarquable. On s’aperçoit tout à coup que, dans notre ancien monde du temps de paix, la civilisation multipliait un zèle discret mais très efficace pour préserver les vivants d’être obsédés par les morts, de se trouver soudain en contact, nez à nez, avec les traces matérielles des morts. C’était de la police de nettoiement, très bien faite ; si bien faite que nous n’y pensions plus. Dans notre monde d’ici, cette police a été mise en échec par les circonstances, oui, littéralement débordée. On ne cherche certes pas à embêter les vivants avec les morts ou leurs résidus. Mais on ne peut empêcher les relations de voisinage, ou les rencontres.

Le plus curieux de l’affaire, c’est la façon dont les hommes vivants prennent ça. Oh ! ce n’est pas simple. Cela va provoquer, chatouiller, réveiller en eux des sentiments très divers, dont plusieurs ont de quoi nous surprendre. D’abord, et cela se devine, les hommes ont acquis une grande familiarité avec les choses de la mort. Ils ne s’en émeuvent pas facilement. Quand le vent leur apporte une odeur de macchabée, ils remarquent presque en rigolant : « Ça schlingue ! », comme s’ils étaient à l’atelier et qu’on fût en train de pomper la fosse d’aisances. Quand, au détour d’un boyau, ils voient dépasser de la terre les deux pieds d’un cadavre encore dans leurs chaussures (spectacle assez fréquent), ils diront très bien, si les pieds sont un peu importants : « Ben ! le frère, il ne chaussait pas du 38. » Et il faut reconnaître que leur indifférence reste « humaine » par son équité : deux pieds de cadavre français ne bénéficient pas plus que deux pieds boches de la réflexion pieuse, ou du silence ému, que Maurice Barrès eût aimés. A côté de ça, il subsiste des dégoûts très vifs, des peurs presque superstitieuses. J’ai vu des hommes se faire engueuler, menacer de punitions graves, plutôt que d’accepter d’enlever, à l’aide de leurs outils habituels, des morceaux de cadavres encagés précisément dans une paroi ou un parapet. Mais j’en ai vu un autre débourrer sa pipe en la tapotant contre une tête de tibia, nette de chair, mais d’une identité non douteuse, qui émergeait du sol près de l’endroit où il était assis. Un camarade m’a conté que dans une tranchée du Soissonnais, où il était à la fin de l’hiver dernier, les hommes accrochaient volontiers leur képi, ou la courroie d’une musette, à une main, desséchée et toute noire, qui sortait de la paroi, à bonne hauteur, près de l’entrée d’un poste d’écoute, mais qu’ayant voulu mettre fin à cette pratique qui lui répugnait, et donné l’ordre de couper la main et de l’enterrer, il n’avait trouvé personne pour exécuter le travail. Cette main noirâtre, qu’on traitait avec sans-gêne, pour un usage d’ordre amical, devenait soudain un objet d’horreur sacrée quand il était question de lui faire une violence. Tu me diras que du coup l’explication se laisse entrevoir, la profanation commençant, pour ces âmes simples, non avec le sans-gêne, mais avec les sévices. Peut-être. Il faudrait en tout cas bien mettre l’accent sur ce qu’il y a de méchanceté dans l’idée de sévices, et d’intention cruelle, susceptible d’appeler vengeance ; ou dans d’autres cas sur l’idée encore plus obscure qu’il est mauvais de toucher aux cadavres, ou aux morceaux de cadavre, pour les déloger d’une place qu’ils ont choisie. Car bien loin que l’idée de profanation, au sens large où nous l’entendons, puisse à elle seule agir comme frein, je suis sûr au contraire que dans beaucoup de cas elle agit comme excitant. J’ai observé que les hommes ne se contentent pas d’avoir acquis à l’égard de la mort une familiarité qui les a endurcis, et qui leur rend moins choquantes, ou nullement choquantes, des actions qui dans le monde d’hier les eussent soulevés de dégoût. Ce qui ne serait qu’une usure toute passive et inévitable de la sensibilité. Leur déformation va plus loin. Ils ont l’air dans bien des cas fort aises qu’on les ait soulagés de ce respect sacré pour la vie où leur éducation les avait entretenus. Et cela, c’est tout autre chose qu’une usure des sentiments. C’est de la délivrance de sentiments, ce qui m’inquiète beaucoup plus. Comment te donner la nuance de ça, sans tomber dans un excès quelconque ? Ceux qui te diront que la guerre a développé chez nous, en moyenne, de véritables instincts de férocité te mentiront, ou se tromperont de mots. En particulier, quand nos hommes expriment par hasard une haine contre l’ennemi, elle est plutôt verbale (sauf peut-être chez ceux des régions envahies, ou chez quelques demi-malades nerveux). S’ils sont stricts en matière de représailles, c’est surtout par amour-propre. Je n’en connais pas que la jouissance qu’ils auraient à étripailler un homme d’en face aiderait à sortir de la tranchée au moment de l’assaut. Mais qu’ils soient enchantés de n’avoir plus à prendre de gants envers la vie, qu’ils goûtent même une satisfaction canaille à traiter la vie et ce qui dépend d’elle, ses vestiges, ses dépouilles, comme si c’était de la crotte, ce n’est pas douteux. Et il n’est pas douteux non plus que du dehors cela puisse offrir beaucoup de ressemblance avec la férocité.

Moi, je vois plutôt ça dans le style Moyen Age. Nous sommes en train de retrouver des états d’esprit du Moyen Age : l’irrévérence pour la carcasse humaine et pour la chair vivante ou morte ; l’énorme place qu’elles tiennent pourtant dans les préoccupations ; la complaisance ricanante pour les aspects où le corps se dégrade, comme l’excrément, la charogne, le squelette ; le côté danse macabre, ossuaire, gargouilles, bas-reliefs obscènes, latrines qui fermentent à l’ombre de la cathédrale, des grands siècles chrétiens. Nous autres du front, nous avons l’air de dire : On nous a assez empoisonnés depuis notre enfance avec des tas de petites manières sucrées, et de pudeurs, et de mensonges. Assez de chichis. On n’est que de la tripe, de la pauvre tripe qui ne cesse de pourrir par dedans que pour mieux pourrir par dehors. « Quia pulvis es. » Le véritable hymne des tranchées, c’est le Dies irae, qui, comme tu me l’as expliqué un jour, doit se jouer sur un rythme assez vif, et brutal, dont ne soient absents ni une certaine gaillardise ni une certaine insolence, ni même le soulagement d’en avoir fini avec cette nom de Dieu de vie terrestre.

De là, aussi, je crois bien, le plus clair de notre courage au feu, quand nous sommes forcés d’en avoir. Courage qui n’est nullement incompatible avec la frousse, je veux dire avec une contraction et titillation des boyaux. Le ricanement de profanation devant la vie entraîne la perte de considération, de prise au sérieux de sa propre vie. L’homme en quantité, c’est du banc de poissons, de la nuée de sauterelles. Ça s’écrase sans autre forme de procès. Un homme, individuellement ? moins que rien. Pas la peine de tant se regretter. Tenir à sa vie, ce serait de la fatigue supplémentaire et bien inutile. Alors on se laisse aller. La vague du danger vous prend. Elle vous déposera où elle voudra, dans l’état qu’elle voudra : mort, mutilé, prisonnier ; ou même vivant ; ce qui, hélas ! ne résoudra rien.

Voilà, il me semble, la perte entre toutes irréparable. Il avait fallu à la civilisation des siècles de tâtonnements, de patientes redites, pour apprendre aux hommes que la vie, la leur, celles des autres est quelque chose de sacré. Tout ce travail est fichu. On ne s’en remettra pas, tu verras.

Pour des gens comme nous, ce désastre n’est que le cas particulier d’un désastre encore plus étendu, dont je sens que pour ma part je ne me relèverai pas davantage. Comment expliquer cela sans faire sourire les sceptiques ? (Mais toi, tu n’es pas sceptique.) Donc, tout en évitant de donner dans les formes naïves de la croyance au progrès, nous estimions — tu permets que je dise : nous — que les derniers siècles, dans nos sociétés, avaient fait subir à la nature humaine un travail de dressage, de culture, dont on pouvait penser métaphysiquement ce qu’on voulait, mais dont les conséquences pratiques étaient très sérieuses. Il n’y avait aucune sottise à croire que ce travail pouvait se continuer. Fauchée, cette croyance, elle aussi. Ce qui m’épouvante le plus en effet, ce n’est pas ce que je vois les hommes, en ce moment, accepter de subir ou de faire, c’est l’idée que, les ayant vus ainsi, je ne pourrai plus à l’avenir avoir confiance dans leurs bonnes dispositions. On peut retourner la chose par tous les bouts. Il est désormais prouvé que des millions d’hommes acceptent de mener pour un temps indéterminé, et sans y mettre fin par une révolte spontanée de tous, une existence plus terrible et plus dégradée que celle dont je ne sais combien de révolutions historiques passaient pour les avoir tirés à jamais. Ils obéissent et ils souffrent avec autant de facilité que les esclaves ou les victimes des époques les plus féroces. Et ne disons pas qu’eux du moins savent pourquoi et que leur consentement sauve leur dignité. Rien ne nous permet d’affirmer que les esclaves et les victimes des sociétés disparues ne recevaient pas, outre leur ration de coups de fouet, des drogues morales, des suggestions puissantes qui leur fabriquaient un consentement. Les esclaves des Pyramides admiraient peut-être les vues architecturales du Pharaon. Les veuves hindoues qu’on brûlait sur la tombe de leur mari étaient sûrement persuadées qu’en les hissant sur les bûches saupoudrées d’aromates, on ne faisait que les aider à accomplir un devoir pénible. Nous ne pourrons parler sans plaisanterie de la dignité de l’homme que le jour où certaines choses ne seront plus, sous aucun prétexte, requises de l’homme ou acceptées par lui. Eh bien, je ne crois plus à ce jour-là. Et moi, dont tu as souvent moqué l’optimisme, voire le rousseauisme, j’en suis venu à mépriser profondément l’homme, pour tout ce qu’il ose ordonner quand il est le maître, et pour tout ce qu’il consent à endurer ou à faire quand il est esclave.

Nous savons maintenant qu’on peut faire faire aux hommes exactement n’importe quoi — et aussi bien après qu’avant cent ans de démocratie et dix-huit siècles de christianisme. Le tout est d’employer le procédé convenable. On obtiendra quand on voudra — à condition de se donner un peu de mal et de procéder par paliers — qu’ils abattent leurs père et mère âgés et les mangent en pot-au-feu. Je te prédis des choses étonnantes. Nous verrons peut-être le rétablissement des sacrifices humains. Nous verrons des penseurs envoyés au bûcher ou à la chaise électrique, pour avoir professé des hérésies. Nous verrons des procès de sorcellerie et la persécution des Juifs comme au Moyen Age. Nous verrons des foules hurler d’amour au passage d’un despote et des fils d’électeurs socialistes se rouler à terre en criant : « Écrase-nous, dieu vivant ! » Rassure-toi. Nous serons peut-être morts d’ici là ; moi du moins. Et ne crois pas que ton vieux Jerphanion soit saisi du délire prophétique. Tout ce qu’il te dit est lisible à l’état de probabilités tranquilles dans les faits qu’il a sous les yeux.

Je t’entends : « Nous n’en sommes pas là ! Ce vieux Jerphanion exagère comme toujours. Il veut se punir d’avoir trop cru à l’humanité et à l’avenir. Alors il se jette dans les visions désespérées. »

Non, évidemment, nous n’en sommes pas là. Mais la frontière est franchie, et depuis pas mal de temps un front est crevé au-delà duquel toutes ces choses sont simples, naturelles, et j’ajoute : pratiquement équivalentes. C’est le 2 août 1914 que le vrai front a été rompu : celui de la civilisation contre la sauvagerie.

Mais je veux être juste. Il y a un apport positif. Il faut qu’il y en ait un.

Eh bien ! la camaraderie d’abord. Une gentillesse bourrue, d’homme à homme. Une confiance touchante entre les hommes et les chefs subalternes. (Pas tous, et cela s’arrête très vite en remontant.) Le désintéressement. L’absence, ou la diminution, des calculs, au moins des plus lointains. Une insouciance, il est vrai désespérée. Une sensibilité, quelquefois éperdue, à la minute présente, et à la parcelle de bonheur qu’elle peut contenir.

J’allais ajouter, dans mon désir de faire bon poids, que de ces grâces temporaires — car elles sont liées à notre malheur présent — il résulterait des bénéfices durables : comme l’endurcissement physique ; l’incapacité définitive de prendre au tragique les petits ennuis ; la promptitude à saisir le bonheur au moment où il se présente ; le refus de se laisser manger la vie par les calculs ; et surtout ceci, que les simples faits de respirer, de vivre, de boire un verre dans un jardin, de s’endormir dans son lit, de ne pas avoir à craindre la chute d’un obus, vous apparaîtront ensuite indéfiniment comme d’insondables merveilles. Sans doute. Et si tu étais en moi, tu m’entendrais dire souvent : « Ah ! je jure bien que si j’en réchappe, je ne me ferai plus de bile pour des riens, ni même pour des choses graves (que pourra-t-il v avoir, en comparaison, de plus grave ?), et que je saurai prendre le temps comme il vient. »

Mais laisse-moi te conter ce qui m’est arrivé lors de ma dernière permission, la seconde (celle où j’ai tant regretté que nous nous soyons manqués. La première, celle de fin de convalescence, je l’avais passée dans la Charente-Inférieure, tu sais ? Ce qui rendait l’expérience toute différente). Donc, rentrant chez moi, dans mon appartement, retrouvant, comme aux jours de jadis, ma femme, mon intérieur, mes objets familiers, j’ai fondu en attendrissement ; je crois que, matériellement, j’ai pleuré. Tout ça est très normal. Mais écoute la suite. Soudain je me suis mis à trouver que l’appartement était petit (!). Mon bureau en particulier m’a paru étouffé, sans lumière, propre à engendrer la mélancolie. J’étais chatouillé par je ne sais quelle pensée inexprimable, du genre : « Pas la peine d’en endurer tellement pour, plus tard, revenir à ça ! »

J’avais été enivré de la joie de retrouver ma femme. Mais ça ne m’a pas empêché, dès le lendemain matin, d’être exigeant, presque grognon, comme un monsieur qui n’a jamais eu un instant de sa vie à se priver de ses petites aises. Toutes mes habitudes, jusqu’aux plus infimes, me retombaient d’un coup sur le dos ; et elles n’avaient de nouveau qu’un peu plus de sensibilité et d’impatience. Un café raté me mit de très méchante humeur. Tu comprends ? rien ne me semblait assez bien pour un homme qui avait tant à rattraper sur la vie. Je ne trouvais jamais que la différence avec la tranchée était assez grande. Ma conviction, sais-tu, c’est que, si la guerre tout de même finit un jour, les hommes qui l’auront faite, bien loin de s’estimer trop heureux que les humbles choses de leur ancienne condition leur soient rendues, les regarderont avec des mines dégoûtées. Ils diront, comme je l’ai presque dit l’autre jour :  » Ce n’est que ça ?  » Il leur faudra, pour qu’ils conviennent qu’on ne se moque pas d’eux, une existence de prince, ou de cardinal, ou à la rigueur de millionnaire de Côte d’Azur.

A côté de ça, je suis traversé à certains moments, envahi par une vision de la vie ancienne, du temps où elle était la vraie vie (car celle que nous retrouvons par raccroc, en permission, n’est plus la vraie vie ; on nous l’a changée). Je vois les Grands Boulevards, au mois de juin. Je vois

un port retentissant où mon âme peut boire,

ou certaines promenades d’amour ; ou l’une de nos balades dans les quartiers lointains. A ces moments-là, une mélancolie délicieuse, foudroyante, est ma façon de rendre justice à la vie telle qu’elle a su être. Mais je n’ai pas vraiment la foi que je puisse la revoir un jour. J’appuie son image sur mon cœur comme le portrait d’une belle morte.

* * *

Le XXème siècle a commencé, en somme, le 2 août 1914. Il n’est pas sorti de 1914 que le carnage interrompu en Europe occidentale par l’armistice du 11 novembre 1918. Il en est sorti une grande part des tourments de la suite du XXème siècle. Les blessures ouvertes en août 1914 se sont refermées à des dates très différentes, 1918, 1919, 1926, 1945, 1950, 1989, 1991, 1994 … L’historien américain David Fromkin notait en 2009 dans son livre « Europe’s Last Summer » :

The conflict that Germany’s military leaders initiated by declaring war on Russia August 1, 1914, did not come to an end until the last Russian soldier left German soil on August 31, 1994.

Le XXIème siècle a commencé, apparemment, le 11 septembre 2001. Jusqu’ici, malgré des cohortes de malheurs divers, malgré certaines apparences ou certains effets d’optique… Jusqu’ici, le XXIème siècle commence mieux que le XXème siècle.

Espérons qu’il ne dégénère pas.

Bonne nuit.

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