La gestion du 11 septembre 2001, matrice de la génération Bush

En ce dimanche 11 septembre 2016, voici quelques pensées, certaines banales, d’autres peut-être moins, autour du mardi 11 septembre 2001. Ce que je crois. Ça n’engage que moi. Je ne suis spécialiste de rien du tout. Ceci n’est qu’un blog.

Je ne crois pas aux théories de la conspiration concernant le 11-septembre. Je ne crois pas que des services américains (ou d’autres pays dits occidentaux) aient participé aux préparatifs, ou apporté une aide quelconque. Je ne crois pas qu’il y avait des explosifs dissimulés dans les tours à New York, ou qu’un missile a été tiré sur le Pentagone. Je crois que les événements se sont grosso modo déroulés selon la séquence communément admise. Pour plus de réfutations de théories conspirationnistes, je renvoie au dossier récemment rassemblé par l’indispensable Olivier Berruyer.

Je crois à l’incompétence des services de sécurité américains en 2001. Engourdis, obèses, divisés, politisés, dilbertisés, et surtout secoués par l’arrivée en janvier 2001 de la très dogmatique administration Bush. Je crois à leur incompétence et, comme on dit maintenant, à leur mauvaise gouvernance. L’aveuglement est pire que l’ignorance.

Ils n’ont pas vu, pas parce qu’ils n’ont pas voulu voir, mais parce qu’ils regardaient ailleurs.

En avril 2001, Paul Wolfowitz, le numéro 2 du Pentagone, expliquait à ses subordonnés :

Well, I just don’t understand why we are beginning by talking about this one man bin Laden… There are others that do… at least as much. Iraqi terrorism for example… You give bin Laden too much credit.

Début août 2001, George W. Bush recevait un mémo intitulé « Bin Ladin Determined To Strike in US » , ainsi que divers briefings sur les éléments en possession de ses services de sécurité. Il n’en a rien fait. Ça ne l’intéressait pas. Il était en vacances.

Je crois que l’horreur du 11 septembre 2001 aurait pu être évitée.

Je crois que l’incompétence, et le sentiment inavouable de culpabilité, de l’administration Bush, ont joué beaucoup dans sa précipitation à partir en guerre. Il fallait détourner l’attention. Il fallait que personne ne se demande pourquoi on n’a pas pu éviter cette horreur. Il fallait sur-vendre l’effet de surprise : « On pouvait pas imaginer ! » « On a été pris par surprise ! » « Qui aurait pu imaginer une chose pareille ? »

Ne jamais oublier cette formule d’Albert Einstein, dont je découvre au fil des années la profondeur :

Imagination is more important than knowledge.

Je crois que, comme après le 22 novembre 1963, certains organes de sécurité ont pu se montrer assez efficaces à effacer des traces, non de leur complicité, mais juste de leurs erreurs et de leurs manquements. Je note en passant qu’aucun haut responsable n’a été démis ou sanctionné. La loyauté prime sur la responsabilité. Tous loyaux, aucun responsable. Et encore moins coupable. On prend les mêmes et on recommence.

Je crois que le 11-septembre a été une divine surprise pour la clique des « néo-conservateurs » et pour le complexe militaro-industriel ; pour Robert Kagan, Paul Wolfowitz, Richard Perle et autres idéologues ; pour Lockheed-Martin, Halliburton, Blackwater et autres entreprises.

Je crois que le 11-septembre a été une divine surprise pour George W. Bush. Il faut se rappeler le contexte. Il avait été nommé par la Cour Suprême, faute d’avoir été élu. Il avait perdu sa majorité au Sénat en juin 2001 avec la défection de Jim Jeffords. Il était perdu dans un rôle trop grand pour lui. Il était empêtré dans les dossiers. Il revenait d’un mois de vacances dans son ranch au Texas. Il était perdu.

Sans le 11-septembre, il aurait passé l’essentiel de l’automne 2001 à endosser la récession. Il aurait été heurté de plein fouet ce même automne 2001 par le scandale Enron (dont le patron, Kenneth Lay, était un ami personnel de longue date, et un très gros contributeur). Il aurait perdu les élections de mi-mandat à l’automne 2002. Je pense qu’il n’aurait même pas fini son mandat. Mais ceci relève de l’uchronie. La divine surprise du 11-septembre a sauvé la présidence de George W. Bush.

Je crois à la connivence entre l’oligarchie saoudienne (qui inclut la famille Ben Laden) et l’oligarchie étasunienne (qui inclut la famille Bush). Je crois qu’il existe des liens directs très importants entre les Saouds et les Bush. Ces connivences expliquent que, évidemment au nom de l’intérêt supérieur du pays, ont été tues certaines complicités saoudiennes — et même in fine le simple fait que 15 des 19 terroristes du 11-septembre étaient citoyens saoudiens. Ça a aussi facilité la focalisation sur l’Afghanistan, puis sur l’Irak. On ne touche pas à l’Arabie Saoudite. Trop délicat !

Je crois que l’Irak n’avait rien à voir avec le 11-septembre. Je crois que l’Irak en 2002 n’avait plus d’armes de destructions massives. Je crois que l’invasion de l’Irak en mars 2003 et les épisodes suivants sont aussi stupides que monstrueux. Je crois que la cupidité, l’incompétence et la stupidité ont été des moteurs essentiels de ces tristes années. Je crois que la place d’une bonne partie des dirigeants de l’administration Bush est dans la prison d’un Tribunal Pénal International. Mais ceci aussi relève de l’uchronie.

Je crois que, plus que le 11-septembre lui-même, ce sont les jours suivants le 11 septembre 2001, qui forment la matrice de ce début du XXIème siècle. Ce sont les réactions de l’administration Bush qui ont été décisives. C’est la gestion des suites du 11 septembre 2001 qui a été décisive.

Quinze ans après, on croit que tout s’est enchaîné dans une logique implacable et inévitable. C’est faux. Beaucoup de choses étaient évitables. Toutes sortes de bifurcations étaient envisageables. Ils avaient des choix. Ils avaient d’autres options. Ils ont choisi. Ils ont choisi un mode de gestion. Ils ont suivi une voie. Ils ont montré une voie.

C’est notamment le 20 septembre 2001 que George W. Bush prononçait devant le Congrès ces phrases abjectes :

Every nation, in every region, now has a decision to make. Either you are with us, or you are with the terrorists.

La préparation de l’invasion de l’Irak avait été engagée par l’administration Bush bien avant le 11 septembre 2001. Le 11-septembre n’a été qu’un prétexte.

Les lois liberticides type « Patriot Act » étaient prêtes bien avant le 11 septembre 2001. Le 11-septembre n’a été qu’un prétexte.

Les jours, les semaines, les mois qui ont suivi le 11-septembre ont été des leçons jetées à la face du monde sur : comment détourner l’attention, comment esquiver les responsabilités, comment mentir, comment manipuler l’opinion publique, comment se légitimer par la peur (la peur justifie tout, la peur justifiera tout), comment neutraliser le débat démocratique au nom d’un patriotisme de pacotille, comment pourrir le débat par un slogan inepte : la guerre globale contre la terreur (Global War On Terror, GWOT en abrégé, il n’y avait pas de hashtags à l’époque).

Et le drame, c’est que ça a marché. Certes, Bush est parti en 2008 discrédité, mais jusqu’en 2005, on pouvait dire que ça a marché. Bush a été très largement réélu le mardi 2 novembre 2004, et c’est tout ce qui comptait à son niveau. Vu du lundi 10 septembre 2001, c’était inespéré. La gestion du 11 septembre 2001 a marché ! C’est devenu une leçon, une matrice pour le reste du monde.

Je crois que, aujourd’hui, en 2016, en France notamment, nous sommes plus que jamais dans cette matrice forgée en 2001.

Je crois que la plupart des dirigeants contemporains ont calé leurs réflexes, leur communication et in fine leurs politiques sécuritaires sur George W. Bush, et sa gestion de l’après 11-septembre. Ce sont tous des George W. Bush. Ça a réussi à George W. Bush, alors ils font comme George W. Bush ! C’est la génération George W. Bush.

Dernier exemple en date : dans la nuit du 14 au 15 juillet 2016, moins de six heures après l’attentat de Nice, alors qu’aucun fait ne permettait de relier l’assassin à quelque groupe que ce soit, vers 4 heures du matin, le petit Président de la République Française tenait à passer à la télévision, pour annoncer, entre autres gesticulations :

… nous allons encore renforcer nos actions en Syrie comme en Irak. Nous continuerons à frapper ceux qui justement nous attaquent sur notre propre sol, dans leurs repaires …

Moins de six heures ! C’est presque pavlovien. Un attentat en France ? Vite, on bombarde l’Irak et la Syrie ! Y a pas à réfléchir ! Vite ! C’est la guerre ! C’est patriotique ! C’est présidentiel ! Et puis, ça permet de tenir le pays — avec BFMTV, de la flicaille et du Lexomil

C’est du Bush. Ce petit Président fait du Bush. Son petit Premier Ministre fait du Bush. Le petit Président précédent (et vraisemblablement suivant) aussi, fait, faisait et fera du Bush.

Je crois, je crains, que, avec le recul, George W. Bush ne reste comme le président le plus influent (« influential »), depuis son père, et pour quelques décennies. Barack Obama n’a pas vraiment réussi à s’extirper de la matrice Bush. Hillary Clinton n’essaiera même pas. Ils font du Bush. Ce sont des Bush. C’est l’ère des brutesC’est la génération Bush.

Une génération dure vingt à trente ans. Le mardi 11 septembre 2001, c’était il y a quinze ans. Nous n’en avons pas fini avec la génération Bush.

Bonne nuit.

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Un commentaire pour La gestion du 11 septembre 2001, matrice de la génération Bush

  1. Anonyme dit :

    comment diable ais-je atteri ici ?? 🙂

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