Lente descente dans l’obscurité

Billet écrit en temps contraint

La saison moche est de retour. Plus tôt que d’habitude. Plus froide, plus cruelle que d’habitude.

Il fut un temps où tu adorais l’automne. Il fut un temps où tu adorais le mois d’octobre. Tu arrives encore à te rappeler de glorieux mois d’octobre pas si lointains que cela. Mais cette année, ces jours-ci, ça te semble mal parti.

La saison moche est de retour, et tu as l’impression qu’elle accompagne la reprise de ta propre descente dans l’obscurité. Ta course contre la montre avant la chute finale.

Tu observes l’accumulation des peurs et des désarrois, et de ton impuissance, ton impuissance à les surmonter.

Tu as peur. Tu as peur pour toi, pour ton pays, pour tes enfants

Tu ne vois pas d’avenir pour toi. Tu ne vois pas d’avenir pour ton pays. Tu ne vois pas d’avenir pour tes enfants. Tu n’y arrives pas. Tu essaies souvent, mais tu y arrives rarement.

People in this world we have no place to go

No future. No future. No future. A quoi bon ? A quoi bon ? A quoi bon ?

Tu as toujours porté la tristesse en toi. Tu as fini par l’admettre. Tu ne le nies plus. Mais depuis quelques années, tu as l’impression que ça s’accélère. Que tu es aspiré par un siphon, comme une coquillette dans un évier. Que tu es emporté par le tourbillon, sans savoir si tu seras noyé avant même d’être englouti, ou plus tard.

Depuis quand ?

Depuis quand est-ce que ça s’accélère ? Depuis quand est-ce que tu sens emporté dans ce tourbillon ?

Depuis quand ? Tu sais que c’était avant que tu ne décides à enfin tenir un blog. C’était avant que tu ne passes formellement la quarantaine. C’était peut-être quand tu as commencé à réaliser qu’on ne te confiait pas les responsabilités auxquelles tu pouvais prétendre. C’était peut-être quand les horaires scolaires te sont devenus impératifs. Tu ne sais pas quand précisément. Ce n’est peut-être pas très important.

Depuis quand as-tu l’impression que la vie, ce n’est que des mauvais coups à prendre ? Depuis quand as-tu l’impression que la vie, ce n’est que des mauvais moments à passer ?

Depuis quand les journées te semblent-elles toutes sans issue, sans temps mort ? Depuis quand as-tu l’impression de devoir voler des miettes de temps, d’être un voleur quand tu arraches du temps pour toi ? Depuis quand ta vie n’est-elle plus, en général, qu’une succession de tunnels minutés, une perpétuelle course contre la montre — en attendant le moment où, rattrapé comme tout le monde par le chômage de masse, tu n’auras plus d’horaires en attendant de n’avoir plus rien ?

Depuis quand tout cela te semble-t-il vain et dérisoire ? Sans espoir et plein de honte et plein d’amertume ?

Jusqu’à quand ?

Jusqu’à quand, cette descente dans l’obscurité ? Quand est-ce que tu remontes à la lumière ? Quand est-ce que tu commences à remonter ? Tu pensais que ça serait cette année, considérant un certain nombre de facteurs objectifs. Mais tu ne ressens finalement pas grand’chose.

Jusqu’à quand ?

Tu as peur de sombrer. Tu as peur de te noyer.

Tu t’accroches, parce que tu as encore des trucs auxquels t’accrocher, mais tu ne sais même plus si c’est une bonne idée. Tu as peur de te « laisser aller », même si tu sais que « lâcher prise » est parfois la solution la plus raisonnable, quand ce n’est pas la seule. Tu as tellement peur de tout perdre. Alors, tu t’accroches, faute de mieux. Tu te contentes de ce que tu as, faute de mieux.

Comme tout le monde, non par illumination, mais faute de mieux.

Tu as peur. Tu te le caches de moins en moins. Tu as peur, même si en tant que mâle quadragénaire, supposé être un adulte, tu es supposé ne pas avoir peur. Tu as peur. Et tu sais que la peur est mauvaise conseillère, perturbe les sens, paralyse le raisonnement. Tu as peur de la peur.

La petite bête n’est jamais bien loin, à te rappeler qu’au fond tu n’as pas ta place sur la Terre, et tu ne l’as jamais eue, et tu le sais très bien, et depuis longtemps, sinon depuis le début !

Tu as froid. Alors le soir, la plupart des soirs, tout ce que tu veux, c’est aller te coucher. C’est aller te recroqueviller. C’est dormir. Dormir c’est fuir.

Parfois, même en pleine journée, tu aimerais juste t’endormir. Dormir c’est fuir.

Parfois, tu rêves d’hiberner, de dormir pendant des mois, de rester recroquevillé au chaud en attendant des jours meilleurs, comme tous les mammifères raisonnables de cette planète.

La saison moche est de retour, et tu dois t’y adapter. Sois raisonnable. Ça ira mieux demain.

Bonne nuit.

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Un commentaire pour Lente descente dans l’obscurité

  1. Anonyme dit :

    Le prix de la vie mainstream 😉

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