Il y a parfois un moment magique

Il y a parfois un moment magique où le brouillard se dissipe.

En Île-de-France, on l’observe surtout à l’automne, ou en hiver. En milieu de matinée, ou en milieu de journée.

Quand on sort du brouillard. Quand la lumière change. Quand les couleurs reviennent. Comme par magie. Comme par surprise.

C’est à ce moment-là qu’on s’aperçoit qu’auparavant tout était gris, terne, incolore, triste.

* * *

Il y a parfois un moment magique où le bruit s’arrête.

On observe cela en général dans un lieu fermé, par exemple dans une cantine moderne, équipée d’une fontaine à eau réfrigérée dont le compresseur est mal réglé et qui tourne et bourdonne en continu.

Et d’un seul coup, le bruit s’arrête. Et le silence apparaît comme une surprise.

C’est à ce moment-là qu’on s’aperçoit qu’auparavant tout était imprégné par la vibration, le bourdonnement, la pression sonore.

* * *

Il y a parfois un moment magique où le poids disparaît.

On s’était habitué au poids, au fardeau, à la charge. On s’était habitué à la pression et la tension. On vivait avec. On ne s’en rendait même plus compte. Le nez dans le guidon. La tête baissée. Tendu. Plié. Courbé.

Et brusquement, on réalise qu’on le ressent plus. Qu’il vous manque, paradoxalement. Qu’il n’est plus là. On le sent de multiples manières. On sent que certains muscles du visage se relâchent, on sent qu’on n’a plus les traits tirés. On sent se détendre les articulations, les épaules, le dos. On sent des muscles qu’on ne sentait plus. On se découvre capable de mouvements qu’on avait oubliés, de légèreté, de surprise.

C’est à ce moment-là qu’on s’aperçoit qu’auparavant tout était écrasé par le poids.

* * *

Il faut passer le cap.

Il faut franchir le col.

Il faut terminer l’étape.

Il faut savoir qu’il y a quelque chose derrière, qu’il y a quelque chose au-delà, qu’il y a quelque chose après. Il faut accepter aussi qu’on ne voit pas toujours bien arriver le bout du cap, le sommet du col, la dissipation du brouillard. Ça peut arriver au moment où on s’y attend le moins. Ça peut arriver sans prévenir. Ça peut arriver dès l’instant d’après.

Il faut savoir qu’il y a quelque chose après. Il faut le savoir. Il ne faut jamais l’oublier. Il faut y croire. Il faut se dire qu’à un moment le poids va disparaître, le bruit va cesser, le brouillard va se lever. Il faut se dire qu’après ce moment-là, on sera encore vivant, on sera encore présent, mais le reste sera passé.

Il faut se dire que la vie n’est pas finie, même quand la nuit tombe, et tombe de plus en plus tôt, et tombe de plus en plus vite.

Il faut se dire que la vie n’est pas finie.

Annie Lennox, « Little bird »:

For I am just a troubled soul
Who’s weighted…
Weighted to the ground
Give me the strength to carry on
Till I can lay this burden down
Give me the strength to lay this burden down down down
Give me the strength to lay it down

Bonne soirée.

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