Keep Calm And Vote Mélenchon

Billet écrit en temps contraint

La France est rentrée dans la campagne pour l’élection présidentielle du 23 avril et du 7 mai 2017.

Il parait que Michel Schneider est l’auteur de cette formule :

Nous sommes entrés dans ce désert de pensée qu’on appelle campagne présidentielle.

Je n’ai pas l’intention de faire des dizaines de billets sur ce blog au sujet de cette élection présidentielle. Peut-être le présent billet sera-t-il le seul. En tout cas, il sera sans ambiguïté sur mon positionnement. Qu’on puisse ensuite parler d’autre chose.

Quand t’es dans le désert depuis trop longtemps
Tu t’demandes à qui ça sert …

Évidemment, la tentation est grande de, disons, se jeter dans la bataille.

Il y a du bruit et de la fureur, ça occupe, ça distrait, même si l’essentiel de cette agitation est vaine. C’est facile aussi.

Et surtout, ça énerve. C’est pour ça que je veux éviter de trop en parler. Je déteste l’énervement vain. Au pire, j’ai un compte Twitter pour ça.

Le fait est que cette campagne présidentielle a vraiment de quoi énerver.

Certes, nous avons déjà été débarrassés des deux plus grands facteurs d’énervement de ce début du siècle : l’ancien petit président, et le petit président actuel. C’est déjà ça. Mais ça ne suffit pas.

Que dire de Manuel Valls, sans s’énerver ? L’ancien petit premier ministre incarne presque physiquement l’énervement. Tout dans sa communication énerve, et parfois volontairement. Et ne parlons même pas de sa politique de régression, de peur et de souffrance. Il a gouverné en colère. Il fait campagne en colère. Il est toujours en colère. Il est inefficace et dangereux. Une petite brute. Une petite frappe. Un petit excité. Une insolation dans le désert. Aude Lancelin l’a décrit ainsi — et il n’y a au fond rien de plus à en dire :

Un petit homme colérique aux idées simples.

Que dire d’Emmanuel Macron, sans s’énerver ? Le candidat du système qui se la joue anti-système. Énarque, inspecteur des finances, rapporteur de la Commission Attali, banquier d’affaires chez Rothschild, conseiller économique à l’Elysée, ministre de l’Économie à Bercy. The ultimate insider! Soutenu pour services rendus (et à rendre) par la ribambelle d’oligarques qui détient la plupart des médias et des instituts de sondage. Et déjà allé s’agenouiller à Berlin devant la Sainte Impératrice. Et ça intitule son livre « Révolution » ! Ce type est un vendeur de sable dans le désert ! Un imposteur !

— Mon père n’est rentré à la Gestapo que pour noyauter ce mouvement de l’intérieur ! C’était en réalité un agent double !
— Ecoutez Ramirez, si votre père était un agent double, moi je suis un agent du KGB !
— Mais rien ne prouve le contraire !

Que dire de François Fillon, sans s’énerver ? Ce fils de notaire n’a jamais beaucoup travaillé, ni à l’école, ni après. Il n’a pas fait grand’chose de sa vie, sinon se mettre dans la roue de figures plus grandes que lui — Joël Le Theule, Philippe Séguin, Nicolas Sarkozy. Il est maintenant le candidat par défaut de la droite, faute de mieux, Juppé ayant été jugé trop vieux et Sarkozy trop fou. Personne ne l’aime — ça tombe bien, lui n’aime personne. Il reste fondamentalement un grand bourgeois de province, sinistre, sûr de son bon droit, sûr des droits de sa caste, indifférent aux mouvements du monde, indifférent aux souffrances des gueux, cynique et méprisant.

Les bourgeois c’est comme les cochons
Plus ça devient vieux, plus ça devient bête
Les bourgeois c’est comme les cochons
Plus ça devient vieux, plus ça devient …

Que dire de Marine Le Pen, sans s’énerver ? Une héritière, elle aussi. Sa principale habileté aura été de fédérer — mais pour combien de temps encore ? — deux partis en un seul, une extrême-droite réactionnaire traditionnelle (courant Marion Maréchal Le Pen, répugnant), et une pseudo-extrême-gauche souverainiste (courant Florian Philippot, tellement tentant). Pour reprendre une expression américaine jadis recyclée par Barack Obama à la grande époque de Sarah Palin :

You know you can put lipstick on a pig, but it’s still a pig.

Ça ne sert à rien de s’énerver. Ça fait un bout de temps qu’on est dans le désert, en fait. Le monde est une porcherie. On le sait, et ça s’arrange pas.

Dans « Le Nouvel Observateur » daté du 26 novembre 1964, Roger Vailland écrivait :

Nous voici de nouveau dans le désert. Mais je ne veux pas croire qu’il ne se passera plus jamais rien. Que les citoyens n’exerceront plus leur pouvoir qu’en mettant un bulletin dans l’urne pour désigner comme souverain (à leur place) un monsieur qui a une bonne tête à la télévision. Que le seul problème sur lequel le citoyen aura à se prononcer (par référendum) sera l’itinéraire d’une autoroute ou la puissance d’une centrale électrique. (…) J’en ai par dessus la tête qu’on me parle de planification, d’études de marché, de prospective, de cybernétique, d’opérations opérationnelles : c’est l’affaire des techniciens. Comme citoyen, je veux qu’on me parle politique, je veux retrouver, je veux provoquer l’occasion de mener des actions politiques (des vraies), je veux que nous redevenions tous des politiques. (…) En attendant que revienne le temps de l’action, des actions politiques, une bonne, belle, grande utopie (…) ce ne serait peut-être déjà pas si mal.

En ce qui me concerne, ça fait un bon bout de temps que je sais très précisément que je vais voter pour Jean-Luc Mélenchon. Au premier tour, évidemment. Et je serai bien embêté s’il n’est pas au deuxième tour.

Par diverses lectures, je me suis fait depuis longtemps une idée assez claire de ce que représente Jean-Luc Mélenchon. Ça fait un certain temps que nous sommes nombreux à nous radicaliser, peut-être sur Internet, mais surtout face au monde réel.

Curieusement, je n’ai acheté que cette semaine « L’avenir en commun – Le programme de la France insoumise et de son candidat » (ça coûte vingt francs pour cent vingt-sept pages). J’ai commencé à le lire. J’aurais dû me le procurer bien plus tôt.

C’est un oasis dans le désert. Ça fait du bien.

C’est un rayon de soleil au milieu de l’hiver. Je ne serai probablement pas d’accord, ou sans opinion, sur certains points. Je ne lirai d’ailleurs peut-être pas tout. Mais à ce stade, c’est encore meilleur que ce que j’espérais.

C’est dense. C’est précis. C’est réfléchi. C’est structuré. C’est digne. C’est enlevé. À certains égards, c’est plus que juste un programme pour un quinquennat présidentiel en France. C’est un projet pour toutes les nations libres. C’est un projet sur plusieurs décennies. C’est un projet universel. C’est un projet de civilisation, pour la biosphère, sur terre, sur mer et dans l’espace.

L’introduction est juste fascinante. Lisez-la.

L’objet de ce billet n’est pas de le résumer ou de le commenter. Lisez-le.

L’un des points essentiels, c’est la remise en cause de la zone euro et de l’Union Européenne. « L’UE, on la change ou on la quitte » :

Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens.

Et on commence par prendre les moyens de désobéir aux injonctions les plus néfastes faites « au nom des traités européens » . C’est ce que recommande par exemple Yanis Varoufakis, pour reprendre l’Europe à l’oligarchie qui l’a prise en otage.  C’est ce qui va s’imposer comme une évidence à tout gouvernement soucieux de progrès en Europe. L’Europe, ce n’est pas l’Union Européenne. On vaut mieux que ça.

Page 79 :

L’Europe de nos rêves est morte. L’Union actuelle est seulement un marché unique et les peuples sont soumis à la dictature des banques et de la finance. Comment stopper ce cauchemar ?

Nous devons sortir des traités européens qui nous font obligation de mener des politiques d’austérité, d’abolir l’action de l’Etat et les investissements publics.

Est-ce que ça marchera ? Je n’en sais rien.

Jusqu’où ça ira ? Je n’en sais rien.

En tout cas, c’est là, c’est du solide, et partant de là, il ne faut pas se laisser énerver par le reste.

Si je dois avoir un slogan pour les prochains mois, ce sera : « Keep Calm And Vote Mélenchon ».

Ne nous énervons pas (trop). Votons Mélenchon (aux deux tours).

Bonne nuit.

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2 commentaires pour Keep Calm And Vote Mélenchon

  1. Anonyme dit :

    prolixe, le monsieur.

    Je ne sais pas pour qui vous avez travaillé, mais je vous préfère, libéré 🙂

  2. Laurence Kantzer dit :

    Yeah !)

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