Pourquoi la colère ?

Certains adorent la colère.

Ils sont tout le temps en colère.

Ils s’énervent tout le temps.

La colère est peut-être, plus que leur émotion dominante, leur manière d’être — comme pour moi c’est probablement la tristesse — pour ce que je comprends des émotions, c’est-à-dire assez peu de choses.

Ils vivent avec la colère, pour la colère, par la colère. Il ne s’agit pas de révolte ou d’indignation, encore moins d’idéalisme. Il s’agit d’individualisme, d’ingratitude et d’égoïsme. Il s’agit d’agressivité.

À tout instant, la colère peut éclater.

La colère éclate pour un oui ou pour un non. Pour un mot de travers. Parce qu’on n’a pas réagi assez vite. Parce qu’on ne leur a pas répondu ce qu’ils attendaient. Parce qu’on ne leur a pas amené ce qu’ils avaient demandé. Presque tout le temps, c’est la faute à quelqu’un d’autre. Une colère a un coupable. Une colère vise à punir un coupable.

La colère a toujours une raison. Parfois même une bonne raison, mais c’est rare. Le plus souvent, la colère éclate pour presque rien. Une broutille, une peccadille, une embrouille. Un rien. La colère est non-linéaire : des petites causes peuvent produire des effets démesurés. Mais la cause apparente n’est que le déclencheur. Un prétexte. Une excuse. Un attentat à Sarajevo.

La colère n’est évidemment, heureusement, pas permanente. Mais elle semble tout le temps latente, à portée de main, imminente. À tout instant, il suffit d’une étincelle et tout s’embrase. À tout instant, il suffit d’une goutte d’huile sur la poêle chauffée à blanc et tout éclate. À tout instant, la foudre peut tomber.

Alors le temps calme n’est plus qu’un interlude entre deux temps de colère.

Alors la normalité c’est la colère.

Et l’anormalité c’est quand trop de temps s’est écoulé depuis la dernière colère. On se dit que quelque chose ne va pas. On se dit que c’est trop beau pour durer. On est presque rassuré quand la colère revient.

Le pire, c’est qu’on dirait qu’ils aiment ça. Qu’ils aiment être en colère. Qu’ils aiment être énervés, en pleine brutalité, en pleine agressivité. Qu’ils aiment se fâcher. Qu’ils aiment éructer. Qu’ils aiment mordre. Qu’ils aiment frapper. Qu’ils aiment faire mal. Qu’ils se sentent bien comme ça.

Qu’on n’aille pas dire que l’énervement, ce ne sont que des mots ; ou que la violence verbale n’est pas une vraie violence ; ou encore que la violence morale est une abstraction. Que tout ça c’est dans la tête. C’est faux. Les mots font mal. Les cris font mal. La tension nerveuse fait mal. La colère fait mal. Elle est là pour faire mal. Et ils semblent aimer ça.

Pour celui ou celle qui subit la colère, il peut y avoir un effet d’accoutumance. Ou d’adaptation. D’habitude, de lassitude. Ou des anesthésiants, des calmants, des palliatifs, prescrits ou non, légaux ou non. Toutes sortes de choses qui font que, ça fait un peu moins mal. Ou qu’on se remet plus facilement des crises de colère subies. Mais la colère fait quand même mal. Elle fera toujours mal. Elle est là pour faire mal. Et à trop s’adapter on se perd.

Pour celle ou celui qui baigne dans la colère, il peut y avoir un effet d’addiction. La colère est devenue un besoin. Il en faut toujours. Il en faut toujours plus. On ne sait plus vivre sans. Et accessoirement elle déforme les perceptions. La colère comme drogue.

La colère est aggravée par toutes sortes de drogues, prescrites ou non, légales ou non, électroniques ou non. L’alcool rend méchant. Les chariotes du diable (autos, motos, camions; etc) rendent agressif. Les engins du diable (smartphones, tablettes, laptops, etc) rendent agressif. La colère assistée par ordinateur est pire que la colère bio.

Et ils aiment ça.

Ils aiment ça, peut-être en effet parce qu’ils se sentent plus vivants quand ils sont en colère. Plus vite, plus haut, plus forts. Parler plus fort pour se sentir plus fort. S’énerver pour se sentir vivant. Tabasser, gueuler, abaisser, pour se sentir exister.

Autrement dit : Je m’énerve donc je suis. Ou encore : La colère précède l’essence. Ou même : To be angry or not to be, that is the question. Ce genre de choses. La colère comme principe existentiel. La colère comme définition de soi. La colère, on y revient, comme manière d’être.

Et entre deux colères, une sorte de vide. Un recul existentiel. On vit moins vite, on vit moins fort. Le manque vous rattrape vite.

La colère a quelque chose d’animal. L’individu en colère fait penser à un petit animal cruel, avec des dents ou des griffes, en train de mordre, en train de dévorer, en train de frapper, s’acharnant, se déchaînant. La colère est là pour faire mal, la colère est là pour faire souffrir, la colère est là pour briser, pour déchirer, pour casser. La colère comme principe de vie. La colère comme instinct de survie.

La colère échappe rapidement à l’humain, ou au moins à ce qu’il peut y avoir de vaguement rationnel dans l’humain. Les mots sont impuissants. « Calme-toi » … « Ne nous énervons pas » … « Du calme » … « Ne nous fâchons pas » … tous ces mots ne servent à rien, quand ils n’aggravent pas carrément la situation. « Je ne suis pas énervée, c’est toi qui m’énerve à me dire d’arrêter de m’énerver ! » Le centre n’existe pas.

Le calme ne peut guère calmer l’énervé. Le calme énerve l’énervé. Le calme aggrave la colère.

Mais l’inverse n’est pas vrai. L’énervé peut arriver à énerver le calme. La colère est contagieuse. La colère se partage. La colère, on y revient, permet de se sentir être. Mais la colère partagée ne rapproche pas. La colère détruit, la colère partagée détruit encore plus.

La colère est-elle une expression de souffrance, ou de fatigue, ou de mal-être ? La colère peut-elle être un moyen de canaliser une douleur, de la dépasser, de la neutraliser, une soupape de sécurité en somme ? Peut-être. Peut-être pas. Passer ses nerfs sur les autres. Transférer une violence. Partager une douleur. Cicatriser une colère. Est-ce que ça résout quelque chose ? Peut-être. Peut-être pas.

A quoi sert la colère ? Je ne sais pas très bien. Wikipédia me souffle :

En psychologie, la colère est considérée comme une émotion secondaire à une blessure physique ou psychique, un manque, une frustration. Elle est l’affirmation de sa personne et sert au maintien de son intégrité physique et psychique, ou alors elle est l’affirmation d’une volonté personnelle plus ou moins altruiste.

Peut-on vivre sans colère ? Probablement pas.

Peut-on vivre avec moins de colère ? J’aimerai bien.

Je n’en peux plus de la colère. Je n’en peux plus des coups de colère. Je n’en peux plus de l’agressivité. Je n’en peux plus de la violence. Je n’en peux plus des cris

Je me déteste quand je suis en colère. Je me déteste quand je fais mal inutilement. Je me déteste quand je me rends compte que je mords, que j’ai mordu, que j’ai fait mal. Je pense fondamentalement que la vie c’est pas ça. La vie ça ne doit pas être ça. On n’est pas là pour se dévorer les uns les autres. On n’est pas là pour se faire du mal. On est des êtres humains civilisés. On n’est pas des petits animaux cruels. On vaut mieux que ça. We shall overcome.

Mais certains aiment la colère, aiment faire mal, aiment mordre. Ils sont tout le temps en colère. Ils s’énervent tout le temps.

Le pire, c’est que j’ai traversé pire il y a quelques années. J’ai essayé de me désintoxiquer. J’ai commencé. J’ai avancé. Paradoxalement, globalement, ça va mieux. Mais je n’en peux plus quand même. Je suis vulnérable. Je suis fatigué.

Je n’ai guère de raisons d’être vraiment fatigué en ce moment. Et pourtant, je suis fatigué. Je suis fatigué de la colère. Je suis fatigué de l’énervement. Je suis fatigué.

Je ne comprends pas.

Je suis fatigué de la colère. Je ne comprends pas la colère.

Je voudrais comprendre

De ce paradoxe
Je ne suis complice

Bonne nuit.

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Un commentaire pour Pourquoi la colère ?

  1. Akem Syl dit :

    La tristesse ou la colère aux commandes…Résolument, Vice-Versa est un film de génie.

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