Le moment Mélenchon

Dans trois jours, le dimanche 23 avril 2017, lors du premier tour de l’élection présidentielle, les électeurs français vont choisir.

Comme quelques jours avant le référendum britannique du jeudi 23 juin 2016, comme quelques jours avant le dénouement de la crise grecque fin juin 2015, je voulais juste écrire tranquillement, un long billet de type « Pistes de lecture », en forme de « tour d’horizon », calme et mélancolique, méticuleusement sourcé, et sans conclusion nette.

Mais ce qui s’est passé ces dernières semaines change la perspective. Je n’ai pas que de la mélancolie. J’ai une conclusion nette à offrir. Il se passe quelque chose.

Commençons par quelques observations, par une sorte de « tour d’horizon ».

La France de 2017, c’est un pays en déclin. Le quinquennat du petit président François a été aussi minable que le quinquennat du petit président Nicolas. Dans la continuité.

En 2010, Eric Dupin décrivait « La fatigue de la modernité » . On a beaucoup avancé sur cette pente. La dégringolade continue. Les petits présidents n’ont rien fait. Le carnage continue. Le déclin continue.

C’est peu dire que le libre-échange, des biens, des services voire des personnes, si souvent célébré par nos élites, ne convainc pas les Français. Les couches populaires, victimes d’une désindustrialisation où les délocalisations ont leur lourde part, ne sont pas les seules à manifester leur mécontentement. J’ai aussi discuté avec de nombreux chefs d’entreprise, de taille petite ou moyenne, bien conscients de l’absurdité de la règle du jeu économique en vigueur. La mise en concurrence de parties du monde où les conditions sociales et environnementales n’ont rien de comparable ne peut qu’engendrer de redoutables déséquilibres.

La France de 2017, c’est un pays en voie de liquidation, et pressé de toutes parts par ses différents maîtres d’accélérer la liquidation.

La liquidation des sciences et des industries. La liquidation des savoirs-faire. La liquidation des travailleurs. La liquidation des systèmes sociaux. La liquidation de régions entières. Et in fine, la montée du fascisme. Et la possibilité de la guerre civile.

Liquider. Défaire. Reculer. On en revient toujours au programme énoncé par Denis Kessler dans « Challenges » en date du 4 octobre 2007 :

Il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance !

La France de 2017, c’est un pays en voie de vassalisation. C’est un pays qui n’a plus de volonté d’indépendance, et qui laisse s’échapper ses moyens. C’est un pays prêt à être colonisé.

C’est un pays mercenaire, prêt à envoyer ce qu’il lui reste de forces militaires dans toutes sortes d’aventures néo-coloniales idiotes, sur ordre de Doha, de Riyad ou de Washington.

Et c’est surtout un pays soumis. Un pays qui est de moins en moins un pays, et qui devient petit à petit une simple province d’un improbable Empire européen, un Quatrième Reich où il tiendra le rôle qui fut celui de la Bavière dans le Deuxième Reich. Comme l’a expliqué Emmanuel Todd dans « Le Journal du Dimanche » en date du 2 avril 2017 :

L’élection est une pure comédie. La constitution de la Ve République fait en théorie du président un monarque. En vérité, la France est dans la zone euro, nous ne contrôlons plus notre monnaie, nous avons perdu la maîtrise du budget et du déficit, et, à l’heure de la globalisation, notre président n’a plus aucun pouvoir. La France est prisonnière d’une zone euro dont le patron est l’Allemagne. Les gens confondent vote et démocratie, croient que s’exprimer, c’est décider. (…) C’est la fête. Tout est permis. Grâce à Hollande, nous savons qu’il n’y a plus d’exécutif en France. Nous allons désigner celui qui va nous représenter à Berlin.

La France de 2017, c’est le règne de l’oligarchie. Le déclin, la liquidation, la vassalisation, ce n’est pas perdu pour tout le monde. Ce n’est pas accidentel. C’est voulu. Et ce ne sont pas des phénomènes indépendants. Ils sont liés. Ils répondent tous à la même dynamique, celle de l’oligarchie. Les 1%. Les très riches. L’Etat profond. La caste.

Le déclin facilite la transformation de la démocratie en ploutocratie, c’est-à-dire en régime dirigé par une oligarchie ultra-riche.

La liquidation accélère l’enrichissement sans limite de l’oligarchie aux dépens du reste du pays. Plutôt que liquidation, il faudrait peut-être mieux dire pillage.

La vassalisation rassure l’oligarchie. C’est plus sûr pour elle d’être vassale, ça la rassure d’avoir un protecteur puissant, ça lui a servi en cas de souci, par exemple en 1940, en 1871, ou encore en 1793. Entre Berlin, Washington et Doha, elle se sent en sécurité.

Bref, la France de 2017, c’est l’utopie de l’oligarchie en voie de réalisation. L’oligarchie a beaucoup profité de ces quinquennats minables. Elle veut que ça continue. Elle veut continuer à profiter. Elle veut continuer à se gaver, et tant pis pour le pays qui en crève. Salauds de pauvres !

Cette année 2017 présentait cependant un obstacle : l’élection du président de la République au suffrage universel.

Pour contourner cet obstacle, l’oligarchie avait un plan infaillible : un deuxième tour opposant le diable au candidat du système. Le candidat du système ne peut qu’écrabouiller le diable ! Donc, tant pis pour ceux qui rêvent de changement, le diable représentera le changement, et le changement sera discrédité par la défaite du diable. Et les affaires pourront continuer. Il suffit juste que le candidat du système arrive en deuxième position. Il suffit qu’il réunisse à peine 20% des voix, comme Chirac en 2002. Et les affaires pourront continuer.

Par-dessus le marché, l’oligarchie avait apprêté comme candidat du système un de ses plus beaux produits, jeune et joli, moderne et dynamique, paré de toutes les qualités, et qui osait même se prétendre « anti-système » : le produit Macron. Je ne reviendrai pas ici sur la fabrication du produit Macron. J’ajouterai juste la merveilleuse formule synthétique de Frédéric Lordon, dans sa dissection de l’escroquerie Macron, sur son blog en date du 12 avril 2017 :

Des milliardaires possèdent la presse et entreprennent de porter un banquier d’affaire à la présidence de la République. Voilà.

Ainsi donc, depuis trois mois, le produit Macron était positionné comme le preux chevalier qui allait terrasser le dragon diabolique au deuxième tour. L’ouverture contre la fermeture ! Le bien contre le mal ! Le produit Macron était aussi allé par deux fois prêter allégeance à Berlin, le 10 janvier et le 16 mars. Il s’annonçait irrésistible. La presse nationale était unanime ; la presse internationale avait aussi acheté les droits ; le spectacle, l’avènement, le couronnement s’annonçaient triomphaux. Et les affaires pourront continuer.

La France de 2017, c’était donc, non seulement le déclin, la liquidation, la vassalisation, mais c’était aussi l’impossibilité d’y échapper. Le produit Macron allait continuer l’oeuvre des petits présidents précédents, pour le plus grand profit de ses maîtres, de ses propriétaires, de ses créateurs.

La France de 2017, c’était donc la résignation. Peut-être que la France, l’universalité, le progrès, l’égalité, la fraternité, au fond, c’est dépassé. Peut-être qu’au fond, oui, there is no alternative. Peut-être qu’au fond l’Histoire est de leur côté. Peut-être qu’ils ont raison de se présenter comme la fin de l’Histoire. Peut-être que la vague de l’Histoire nous balayera tous.

La France de 2017, ça ressemblait aux personnages de « Rogue One » : sales, mal habillés, tristes, divisés, fatigués, désespérés, résignés. Sombres.

Et puis quelque chose a changé. Le printemps est arrivé en France.

Then all the Captains of the West cried aloud, for their hearts were filled with a new hope in the midst of darkness. Out from the beleaguered hills knights of Gondor, Riders of Rohan, Dúnedain of the North, close-serried companies, drove against their wavering foes, piercing the press with the thrust of bitter spears. But Gandalf lifted up his arms and called once more in a clear voice:
‘Stand, Men of the West! Stand and wait! This is the hour of doom.’

Je savais depuis bien longtemps que je voterai le 23 avril 2017 pour Jean-Luc Mélenchon. Mais je n’avais pas imaginé que ce serait avec un tel enthousiasme.

Je savais depuis bien longtemps que je voterai pour un avenir souhaitable. Je n’avais pas imaginé que ce serait pour un avenir atteignable.

Ce qui semblait improbable est devenu possible. Cela parait presque à portée de main. C’était pas prévu. C’est épatant. C’est grisant.

Le prodige — le prodige qui a échappé l’an dernier à Bernie Sanders — le prodige semble à portée de main.

L’alternative est devenue possible.

L’alternative au déclin, à la liquidation et à la vassalisation existe. L’alternative à la France soumise, c’est la France Insoumise.

La France peut encore épater le monde — la France Insoumise.

Face à des concurrents sinistres ou faux, la campagne de Jean-Luc Mélenchon a levé un immense espoir. Face à des concurrents régressifs ou vides, le programme « L’Avenir en commun » est le plus solide, le plus structuré, le plus raisonnable de tous les programmes en lice pour cette élection présidentielle. Pour la France, pour l’Europe, et jusqu’aux frontières de l’humanité.

Depuis quelques semaines, le système tremble. Le système s’est mis à hurler. L’oligarchie a peur. L’oligarchie ne reculera devant rien pour que cette élection s’en tienne à son plan : le produit Macron contre le diable, et les affaires pourront continuer. Jusqu’à la dernière minute, ils vont tenter de nous vendre le produit Macron.

Et pourtant Jean-Luc Mélenchon peut gagner cette élection présidentielle. Il peut dans un mois gouverner la France. Il est prêt. Les projets sont prêts. Les équipes sont prêtes. C’est possible.

On peut gagner.

On peut le faire.

On peut renverser l’Histoire. On peut renverser les plans de l’oligarchie. On peut changer la France. On peut changer l’Europe. On peut réorienter le cours des choses.

Yes we can!

Le jeudi 24 juillet 2008, le candidat Barack Obama prononçait à Berlin, devant des centaines de milliers de personnes, un des discours les plus forts de sa carrière. C’était il y a longtemps, il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine. La Géorgie n’avait pas encore attaqué la Russie ; la Fed n’avait pas encore lâché Lehman Brothers ; la zone euro n’avait pas encore basculé dans l’hystérie austéritaire. Le monde a bien changé depuis l’été 2008, tant de choses se sont radicalisées.

Le jeudi 24 juillet 2008, à travers Berlin, c’était à l’humanité que s’adressait Barack Hussein Obama, né à Hawaii, sénateur de l’Illinois :

People of the world — look at Berlin! Look at Berlin, where Germans and Americans learned to work together and trust each other less than three years after facing each other on the field of battle. (…)
People of the world — look at Berlin, where a wall came down, a continent came together, and history proved that there is no challenge too great for a world that stands as one. (…)
This is the moment when we must build on the wealth that open markets have created, and share its benefits more equitably. (…)
This is the moment for trade that is free and fair for all. (…)
This is the moment we must help answer the call for a new dawn in the Middle East. (…)
This is the moment when we must come together to save this planet. (…)
This is the moment to give our children back their future. This is the moment to stand as one. And this is the moment when we must give hope to those left behind in a globalized world. (…)

People of Berlin — people of the world — this is our moment. This is our time.

Peuple de Berlin — peuple du monde — c’est notre moment. C’est notre heure.

Alors, on sera peut-être très déçus dès le soir du dimanche 23 avril 2017. Dans « Rogue One », à la fin, ils meurent tous — sauf l’espoir.

Ou bien, on sera peut-être très déçus un peu plus tard. Comme on l’a déjà été — typiquement par Obama, au fil des années — mais en 2008, Obama avait incarné un espoir.

Ou pas.

Mais c’est maintenant que ça se passe. C’est maintenant qu’on peut renverser l’inéluctable. C’est maintenant. C’est l’espoir. Aujourd’hui, c’est Mélenchon qui incarne l’espoir.

C’est notre moment.

C’est le moment Mélenchon.

Keep Calm And Vote Mélenchon.

Bonne nuit.

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3 commentaires pour Le moment Mélenchon

  1. Ping : Le moment Mélenchon | PrototypeKblog – michellarive2017

  2. Anonyme dit :

    salut, K, merci à toi 🙂
    Je voterais aussi avec espoir ce dimanche, et ça, déjà, mélenchon nous l’a rendu et c’est précieux !

Tous les commentaires seront les bienvenus.

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