Les prédateurs en marche

Dans la foulée de l’élection du produit Macron à la présidence de la République le 9 mai 2017, 314 députés « LREM » (« La République En Marche ») ont été élus à l’Assemblée Nationale le 18 juin 2017, ainsi que plusieurs dizaines de députés apparentés « majorité présidentielle ».

Le 4 juillet 2017, la confiance a été votée au gouvernement par 370 voix pour, 67 contre et 129 abstentions, sur un total de 577 députés.

Les députés LREM et assimilés sont supposés représenter « le renouvellement » promis par le produit Macron. Ils sont supposés représenter « la société civile » et toutes ces sortes de choses. Ils sont désormais, et pour cinq ans, la « majorité politique » du pays, la majorité parlementaire de la « représentation nationale ».

Comme le produit Macron, les sous-produits LREM sont, à mon humble avis, une escroquerie.

Qui sont-ils ?

Ils ne représentent pas ce cher et vieux pays.

Ils représentent l’oligarchie.

Et, pour la plupart, ils sont l’oligarchie.

Certains ont encore osé se prétendre « anti-système ».

Mais, pour la plupart, ils sont le système.

Une classe sociale, connectée, sûre d’elle et dominatrice

Dès le 19 mai 2017, Etienne Girard et Hadrien Mathoux parlaient dans Marianne de « Génération LinkedIn » . Ah, LinkedIn, ou l’imposture professionnelle assistée par ordinateur

Le 3 juillet, Mathieu Slama, dans Le Figaro, commentant la petite phrase la plus emblématique du produit Macron…

Une gare, c’est un lieu où on croise les gens qui réussissent et les gens qui ne sont rien.

… parle de « La classe dominante » .

On ne le dira jamais assez : ce gouvernement Macron est le gouvernement de la classe dominante élu par la classe dominante. (…) Le modèle de cette bourgeoisie managériale n’est pas le Général de Gaulle ou Napoléon mais les patrons d’Uber et de Facebook. Ses théoriciens sont des « coaches » en leadership comme Simon Sinek. Cette bourgeoisie n’a que faire de ces vieilles lunes que sont le sentiment national ou la justice sociale. Les représentations de cette nouvelle classe dominante sont tout entières définies par les codes de l’entreprise et du management, codes qui, sous couvert de tolérance et de modernité, sont – comme nous l’écrivions – profondément hiérarchiques et inégalitaires.

Le 6 juillet, Emmanuel Devaud dans Le Monde parle également de « La bourgeoisie managériale » .

Mais comme souvent ces dernières années, c’est Frédéric Lordon qui a eu le mot le plus juste, dans un article publié par Lundi Matin, entre les deux tours des élections législatives, le 13 juin 2017 : « La classe nuisible » . Un article, comme toutes les productions de Frédéric Lordon, à lire très attentivement, jusqu’au dernier mot.

La vérité, c’est que « la France de Macron » n’est qu’une petite chose racornie, quoique persuadée de porter beau : c’est la classe nuisible.
(…)
Demi-habile et parfaitement égoïste, donc : c’est la classe nuisible, le cœur battant du macronisme. Elle est le fer de lance de la « vie Macron » (…) Ceux-là sont habités par le jeu, ils y adhèrent de toute leur âme, en ont épousé avec délice la langue dégénérée, faite signe d’appartenance, bref : ils en vivent la vie. Ils sont tellement homogènes en pensée que c’est presque une classe-parti, le parti du « moderne », du « réalisme », de la « French Tech », du « projet personnel » — et l’on dresserait très facilement la liste des lieux communs d’époque qui organisent leur contact avec le monde. Ils parlent comme un journal télévisé.

En marche vers leurs carrières

Dans leur majorité, ces gens occupent déjà de fort belles positions sociales. Et ils se sont faits élire pour les fortifier.

Ils représentent leur classe sociale — la classe dominante.

Ils ne représenteront jamais l’intérêt général — ils représentent tous des intérêts privés. 

Ils représentent d’abord leurs intérêts privés, individuels et personnels.

Ensuite, pour beaucoup, ils représentent les intérêts privés de leurs anciens clients ou employeurs. Un grand nombre d’entre eux, à l’image du Premier Ministre Edouard Philippe (ancien « directeur de la communication et directeur des affaires publiques » d’Areva), sont des professionnels de la représentation d’intérêts privés, de la manipulation et du trafic d’influence.

Pour certains, se faire élire député « LREM », c’est juste une étape dans leur plan de carrière. Une opportunité à saisir. L’occasion de rajouter des lignes au CV, et des contacts au carnet d’adresses. Ils font « député LREM » comme d’autres font un MBA.

Ce sont ces gens pour qui, au fond, tout va bien. Ils ont réussi. Ils ont fait de belles carrières. Le monde tel qu’il est leur va bien. La France telle qu’elle est leur va bien. Ils ne veulent pas que ça change fondamentalement. Pourquoi changer ? Ils veulent que ça continue ! Les affaires doivent continuer. Leurs ascensions doivent continuer. Business as usual!

Ils sont chefs d’entreprises, avocats, lobbyistes, consultants en affaires publiques, experts en prédations légales, administrateurs de sociétés, cadres supérieurs. Ils sont ambitieux. Ils ont déjà beaucoup, ils veulent encore plus. Ils ont faim. Ils veulent se gaver. Ils vont se gaver.

Ils ne se considèrent pas comme élus pour réfléchir et veiller aux intérêts de la nation, mais juste pour voter tout ce que le président leur dira de voter. Pourquoi réfléchir ? Pourquoi se prendre la tête ? Le président Jupiter décide (ou relaie ce qui a été décidé à Berlin ou à Washington), et c’est tout. C’est plus simple. Enjoy!

Ils ne sont pas parmi les millions de gens qui souffrent des carnages du néolibéralisme, de la « mondialisation heureuse » ou encore de la grande lessiveuse appelée « zone euro ». Ils ne sont pas parmi les millions de gens qui ont faim et froid dans ce pays. Mais ils ont faim de pouvoir et d’argent. Ils veulent se gaver. Ils vont se gaver.

Dans un vieux sketch des Guignols de l’Info, au début des années 1990s, la marionnette de Patrick Sabatier lançait une « nouvelle émission de télévision » intitulée « Pognon », je cite de mémoire « Une émission sur des gens pleins de pognon qui veulent se faire encore plus de pognon ». C’est l’esprit de « La République En Marche ». Ils veulent se gaver. Ils vont se gaver.

Pour eux, l’égalité et la fraternité, ce sont des fictions — seule la liberté compte — la liberté de s’enrichir, la liberté de piller, la liberté de se gaver.

Pour eux, l’intérêt général, ça n’existe pas. L’intérêt national, encore moins. Le code du travail, les syndicats, le salaire minimum, l’Etat-providence, l’environnement, les ressources communes, ça ne sert à rien, ça ne vaut que des dettes, c’est des trucs de losers, c’est des histoires de gueux.

Pour eux, le capitalisme c’est naturel. L’immoralité c’est naturel — du moment que c’est légal, ou même juste plaidable ou négociable. L’inégalité c’est naturel. Les délocalisations c’est naturel. Les paradis fiscaux c’est naturel. La cruauté c’est naturel. La prédation c’est naturel. Le néo-libéralisme c’est naturel. C’est nécessaire. C’est indispensable ! There is no alternative!

Et tant pis pour les autres ! Tant pis pour les perdants, les losers, les minables ! Salauds de pauvres ! Vae victis ! Malheur aux vaincus ! En marche !

Le néo-libéralisme à visage humain

Le petit Valls a personnifié l’ère des brutes. Le produit Macron et ses sous-produits LREM vont personnifier l’ère des prédateurs.

Mais ils ont des bonnes bouilles.

Dans ma circonscription de la banlieue parisienne, la candidate « En Marche » était une avocate inconnue, jeune et jolie. Dans les premières semaines de la campagne législative, une recherche Google sur son nom renvoyait juste sa fiche personnelle sur LinkedIn, et la fiche de sa société d’avocats, sise à Paris XVIème, sur un registre commercial.

Je ne vais pas faire ici un inventaire détaillé des élus « En Marche » les plus dérangeants, mais examinons quand même quelques figures de proue. De beaux visages humains.

Marie Lebec, née en 1990, député de la 4ème circonscription des Yvelines. 26 ans, lobbyiste chez Euralia, agence de relations publiques à Bruxelles.

Alexandre Zapolsky, né en 1977, ex-futur député de la 3ème circonscription du Var. 40 ans, chef d’entreprise officiellement actif dans le logiciel libre, mais apparemment aussi très actif dans le harcèlement moral.

Brune Poirson, née en 1982, députée de la 3ème circonscription du Vaucluse. 35 ans, anciennement directrice d’une filiale de Veolia, Veolia Water India, à Delhi. Désormais « secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire ».

Bruno Bonnell, né en 1958, député de la 6ème circonscription du Rhône. 58 ans, évadé fiscal notoire malgré la débâcle de ses sociétés.

Mickaël Nogal, né en 1990, député de la 4ème circonscription de Haute-Garonne. 26 ans, lobbyiste, spécialiste auto-proclamé en « stratégie d’influence, représentation auprès des pouvoirs publics, communication corporate ».

Et vous pouvez continuer à découvrir ces braves gens, à travers des articles intitulés « La République en Marche : ces députés élus mais gênants » (Ouest France, 19 juin) ou « Législatives : candidats pro-Macron, ils sont visés par la justice » (Le Journal du Dimanche, 15 juin). Et vous en découvrirez d’autres au fil des cinq prochaines années ! Ils ont de l’ambition ! Ils ont du potentiel !

Les gagnants ont gagné

Ce sont des winners. Ce sont des gagnants. C’est désormais la majorité parlementaire qui tient ce pays. Ils ont gagné. Et ils sont très imbus d’eux-mêmes. Ils ont du talent, de l’ambition, du potentiel ! Ils ont faim !

Si l’on peut placer un espoir raisonnable dans la présidence Macron, c’est celui que tout va devenir très, très, voyant. C’est-à-dire odieux comme jamais.

Il y a un an, en juin 2016, j’avais noté, comme d’autres, que le vote du Brexit était une victoire des perdants, une revanche des losers, une vengeance des laissés-pour-compte. La même chose a ensuite pu être dite, en novembre 2016, de la victoire de Donald Trump.

La victoire du produit Macron et des sous-produits LREM, c’est la victoire des gagnants ! C’est le triomphe des winners ! C’est l’apothéose des nantis ! Continuons ! Disruptons ! En marche ! À table ! À la soupe ! À l’attaque !

Et tout ceci me ramène à cette question, une des questions qui traverse ce blog et qu’il faudra bien que je tente de traiter : Qu’est-ce qu’on fait des perdants ?

Qu’est-ce qu’ils vont faire des perdants ?

Qu’est-ce que les prédateurs font de leurs proies ?

En marche vers la guerre civile ?

En marche vers l’extermination des inutiles ?

Bonne nuit.

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7 commentaires pour Les prédateurs en marche

  1. Laurent S dit :

    Que dire ?
    Si tu as raison, K, alors nous qui avons voté Macro et EM, nous sommes tiré des rafales de mitrailleuse dans les jambes… Donc si je te suis, ce pays est peuplé de branquignols qui soit votent Macron mais ont totalement tort, soit s’abstiennent systématiquement donc auront toujours tort, soit ont raison mais sont incapables de convaincre donc de gagner. Plus d’autres branquignols qui ont perdu mais qui ne pensent pas comme toi.
    Je n’ai pas envie de commenter plus avant ton billet. D’habitude tu écris plutôt lumineux, là on dirait que tu t’es enduit de goudron des pieds à la tête pour faire le billet le plus noir et le plus méprisant possible. Peut être as tu raison. Mais tu es tellement outrancier que tu n’es pas convaincant.

    • Vous avez peut-être raison. J’ai peut-être tort. Je noterai juste que Macron et LREM n’ont pas convaincu tant de monde que ça… moins de 20% des électeurs inscrits sont maintenant représentés à l’Assemblée Nationale par 70% des députés environ, la Cinquième République se porte bien.
      Parfois j’espère que je me trompe. Peut-être que ces gens auront à cœur l’intérêt général, le développement de la Nation, le Progrès économique, social, culturel, environnemental, spatial, etc. Peut-être.
      Mais tous les signaux que j’ai perçus me disent le contraire. Et ce billet récapitulait un certain nombre de ces signaux.
      Bon été à vous.

  2. SEBLEB dit :

    Et bien moi je suis parfaitement d’accord avec cette analyse. J’avais bien avant l’election déjà compris et étiqueté sa bulle, son biais cognitif, que dis-je idéologique : le vision du winner.

    Macron (et ses potes) il me fait penser a ces traders Londoniens qui expliquaient sans vergogne pourquoi ils avaient absolument besoin d’au moins 1 million par an pour vivre.
    D’ailleurs ce sont ces meme que Macron l’ex employé modèle de Rothschild était allé rassurer après le « mon ennemi c’est la finance » de Hollande.

    ces 2 faits mis en corrélation rendent son élection d’autant plus incompréhensible.
    Oui Mr Laurent, la classe moyenne, active et retraitée s’est tiré une balle dans le pied.

    • @SEBLEB : de quels deux faits parlez-vous ? Vous émettez deux opinions (1) « Et bien moi… le (sic) vision du winner » (2) « Macron (et ses potes)… pour vivre », et une affirmation bien vague « D’ailleurs ce sont ces meme (re-sic)… de Hollande ».

      S’il vous plait, ne donnez pas le nom de « fait » à tout ce qui vous passe par la tête.

      Ce qui est parfaitement compréhensible dans l’élection d’Emmanuel Macron, c’est qu’elle respecte la constitution. Les procès en illégitimité ne sont que des enfantillages. Et trépigner de colère ou d’indignation alors qu’on a perdu les élections est un autre enfantillage.

      • En 2007, lors de l’élection de Nicolas Sarkozy – pour lequel je n’ai jamais voté – , j’écrivais « Il faut espérer que Nicolas Sarkozy réussira son programme, car l’échec de Sarkozy serait notre échec à tous, y compris à nous qui l’avons combattu ».

        Je dois dire que je commence à en avoir ma claque de tous les gens qui entrent systématiquement en résistance contre le président pour qui ils n’ont pas voté, et qui *** jouissent *** littéralement de tous ses faux pas

  3. En fait, seuls les dictateurs ne nous déçoivent jamais

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