Piste d’uchronie – Lundi 30 octobre 1995, vive le Québec Libre !

Point de divergence : Lundi 30 octobre 1995.

Lundi 30 octobre 1995, le Québec s’engage vers l’indépendance, avec la victoire du « Oui » au référendum appelé par le gouvernement de Jacques Parizeau.

Quinze ans après le référendum du 20 mai 1980, où le « Oui » n’avait réuni que 40,44%, cinq millions d’électeurs québécois étaient appelés ce 30 octobre 1995 à répondre à la question :

Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l’avenir du Québec et de l’entente signée le 12 juin 1995 ?

La campagne électorale de ce référendum a été pleine de rebondissements, mais la soirée électorale est sans surprise. Le ‘Oui’ est en tête dès les premiers dépouillements, et dans toutes les estimations.

À 21h20 heure de l’Est, Bernard Derome annonce à l’antenne de Radio-Canada (c’est-à-dire à la télévision) une très large victoire pour le ‘Oui’, annoncé à plus de 55% des suffrages.

Le score final sera de 57,59%, chiffre qui sera évidemment interprété comme un exorcisme de 1759.

La vidéo enregistrée dans l’après-midi par Jacques Parizeau est diffusée à 22h30, heure de l’Est, sur toutes les télévisions du Québec, du Canada et du monde.

Mes amis, le Québec est debout. Le peuple québécois, par son vote majoritaire aujourd’hui, vient d’affirmer au monde qu’il existe. Cette affirmation, sereine et démocratique, rien ni personne ne pourra maintenant l’effacer.

Une décision simple et forte a été prise aujourd’hui. Le Québec deviendra souverain. Qu’on lui prépare une place à la table des nations. Et parce que le Québec est maintenant debout, il peut d’abord tendre la main à son voisin canadien en lui offrant un nouveau contrat, un nouveau partenariat, fondé sur le principe de l’égalité entre les peuples.

Au Palais des Congrès de Montréal, l’ambiance est indescriptible. À 23 heures, Jacques Parizeau monte à la tribune. La salle est debout. Il contemple la foule, écrasé par l’émotion. Lui, le bourgeois, le sur-diplômé, l’ancien conseiller économique de Daniel Johnson, l’ancien Ministre des Finances de René Lévesque, si longtemps dans l’ombre, si souvent méprisé, si peu charismatique, chef improbable, lui, il a réussi. Il prononce difficilement une très brève allocution, entrecoupée d’acclamations, avant d’être rejoint par Lucien Bouchard et Mario Dumont (25 ans !).

Le Québec est debout.

Quelques minutes après avoir quitté la tribune, dans un bureau improvisé, Jacques Parizeau reçoit un premier appel téléphonique. C’est Jacques Chirac. Le président français tient à être le premier à féliciter Jacques Parizeau, et l’assure de son aide pleine et entière pour le long chemin à venir. La conversation dure près de vingt minutes. Il est six heures du matin à Paris. Une demi-heure plus tard, un long communiqué de presse de l’Élysée annonce le soutien de la France à la souveraineté du Québec.

Certaines mauvaises langues suggèrent qu’il s’agit pour Jacques Chirac, une fois de plus, de griller la politesse à Valéry Giscard d’Estaing, engagé secrètement depuis des semaines auprès des souverainistes québécois, avec les nombreux réseaux qu’il a conservés à Paris, à Washington ou encore à Bruxelles.

D’autres disent qu’il s’agit pour Jacques Chirac d’agacer un peu plus son Premier Ministre, très atlantiste, très orthodoxe, si peu gaulliste, ex- « Young Leader » , Alain Juppé. Malédiction de la Vème République, qui amène toujours les deux têtes de l’exécutif à se détester ?

La devise du Québec est « Je me souviens ».

Depuis le début de cet automne 1995, Jacques Chirac observe son Premier Ministre et son gouvernement s’enfoncer dans l’impopularité, et multiplier les réformes qui « pour préparer la France à la monnaie unique », font souffrir le « cher et vieux pays ».

Jacques Chirac se souvient qu’il n’a pas été élu pour ça. Il a été élu pour résorber la fracture sociale en France. Il n’a pas été élu pour adapter la France à la monnaie unique. Il n’a pas été élu pour plier la France à la discipline monétaire de l’Allemagne et à la discipline stratégique des Etats-Unis. Il n’a pas été élu pour l’Europe, cette Europe dont il disait en 1979

… cette Europe non-européenne, mais dominée par les intérêts germanos-américains,
cette Europe du chômage importé,
cette Europe mollusque, sans corps et sans dessein véritables,
cette Europe où les sociétés multinationales dictent leurs lois aux Etats,
cette Europe où la France serait engluée comme dans un marécage …

Jacques Chirac se souvient de l’inauguration de la Place du Québec, à Saint-Germain-des-Prés, avec René Lévesque, le lundi 15 décembre 1980.

Jacques Chirac se souvient qu’il était secrétaire d’Etat depuis à peine trois mois, en 1967, lorsque le Général de Gaulle revint de son voyage au Québec. Jacques Chirac se souvient du Conseil des Ministres du lundi 31 juillet 1967.

Jacques Chirac se souvient de l’année de ses 21 ans, passée en Amérique du Nord, de la Louisiane, de la Caroline, de son mémoire sur le Port de la Nouvelle-Orléans, de Florence et de la vieille présence française en Amérique du Nord.

Jacques Chirac se souvient qu’Alain Juppé n’est pas le fils qu’il n’a jamais eu.

Jacques Chirac se souvient.

Alain Juppé démissionne avec fracas le lundi 6 novembre, quarante-huit heures avant le Conseil des Ministres où Jacques Chirac va détailler le soutien de la France à l’imminente proclamation d’indépendance du Québec. Dans sa déclaration à la télévision, Alain Juppé ne parle pas du Québec, à peine de la France, il parle surtout de l’Europe, il souffre pour l’Europe, il déplore ne pas pouvoir préparer l’économie à la monnaie unique, paraphrasant ouvertement le Jacques Chirac de 1976 :

Je ne dispose pas des moyens que j’estime nécessaires pour assumer efficacement les fonctions de Premier ministre et, dans ces conditions, j’ai décidé d’y mettre fin.

Alain Juppé, déjà carbonisé en à peine trois mois de « réformes » néo-libérales, n’ira pas présenter son chef-d’oeuvre, sa « réforme de la Sécurité Sociale » à l’Assemblée Nationale le 15 novembre. La France finira très tranquillement cet automne 1995.

Philippe Séguin est nommé Premier Ministre le mercredi 8 novembre 1995.

Dominique de Villepin remplace au Quai d’Orsay Hervé de Charette, nommé quelques jours plus tard ambassadeur plénipotentiaire à Québec — les mauvaises langues diront, « porte-serviette de Giscard ».

Jacques Parizeau proclame l’indépendance du Québec, par une déclaration solennelle le jeudi 9 novembre 1995. Après la cérémonie du 10 novembre à Colombey-les-Deux-Eglises et celles du 11 novembre à Paris et à Verdun, Jacques Chirac s’envole pour Québec.

Jacques Chirac, Philippe Séguin et Dominique de Villepin reprennent avec un certain enthousiasme le fil de la diplomatie française du deuxième mandat de Charles de Gaulle.

Dans son discours du 13 novembre 1995 devant le Parlement du Québec, Jacques Chirac s’exclame : « Quel principe est plus gaulliste que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ? »

L’adversaire est plus fragile qu’il n’y parait.

À Washington D.C., Bill Clinton a d’autres chats à fouetter. Le Parti Républicain mené par Newt Gingrich, qui tient le Congrès depuis les élections de novembre 1994, a décidé de paralyser l’Etat Fédéral. Près d’un million de fonctionnaires ne sont plus payés, et appelés à rester chez eux. Tous les services « non-essentiels » ne sont plus assurés, et la définition de « non-essentiel » est augmentée chaque semaine. En janvier 1996, seule l’armée fonctionne encore. L’énorme tempête de neige qui paralyse le Nord-Est du pays révèle toute la fragilité du pays privé des services fédéraux. La crise n’est résolue qu’en mars 1996, après que Clinton se soit résigné à lever son véto sur la plupart des projets des Républicains.

Et puis en avril 1996, Bill Clinton est embarrassé par les révélations d’une stagiaire éconduite et déçue, une certaine Monica Lewinsky, affirmant l’avoir aidé à se détendre pendant les heures difficiles de cet hiver cruel. Les médias se délectent des prouesses sexuelles du président. Une enquête est ouverte pour importation illégale de cigares de Cuba.

Et puis en juin 1996, il y a le trucage raté des élections présidentielles en Russie, qui, malgré une débauche de moyens américains plus ou moins légaux, explose à la figure de l’administration Clinton. Time titre : « Yanks to the rescue: Big fail! » Le nouveau président russe, le communiste Guennadi Ziouganov, va lui-même protester contre l’ingérence américaine à l’Assemblée Générale des Nations-Unies à New York en septembre 1996, façon Khrouchtchev. C’est d’ailleurs lors de cette visite à Manhattan que Ziouganov devient l’ami personnel d’un futur roi de l’immobilier à Moscou, présentement roi de l’immobilier à New York, un certain Donald Trump. Mais nous nous égarons.

Et puis en juillet 1996, il y a le fiasco des Jeux Olympiques d’Atlanta, avec le boycott à la dernière minute des délégations russes et serbes, une série d’attentats suicides non élucidés, la peur dans les stades, des tribunes à moitié vides, les intoxications alimentaires touchant les délégations françaises et belges, le retrait précipité de la délégation israélienne pour raisons de sécurité, et surtout le retrait de nombreux sponsors, un désastre financier, une honte pour l’Amérique : le sport a pourri l’argent.

Bref, en novembre 1996, Bob Dole est élu mollement pour succéder à Bill Clinton. L’ancien colistier de Gérald Ford en 1976, impopulaire avant même sa prise de fonctions, se révèle être un nouveau Gérald Ford. Préoccupé avant tout de rétablir le dialogue avec Moscou, Bob Dole se désintéresse des déboires d’Ottawa.

Au Québec, après le double choc du référendum du 30 octobre 1995 et de la déclaration d’indépendance du 13 novembre 1995, avec l’appui aussi complet qu’inattendu de la France, avec l’appui aussi de nombreux pays qu’on aurait jadis appelés « non-alignés », c’est une nouvelle « révolution tranquille » que mène le gouvernement du Québec.

Les rôles se sont répartis entre Jacques Parizeau à Québec, Lucien Bouchard à Ottawa, et Mario Dumont entre New York et Washington D.C. Le Québec pousse ses pions, prépare sa Constitution, construit son réseau diplomatique en s’appuyant sur celui de la France, organise son économie selon des principes néo-keynésiens, prépare son statut monétaire en traitant directement avec le FMI où Giscard a gardé beaucoup d’obligés. Tranquillement. Avec sérénité et détermination.

L’adversaire est plus fragile qu’il n’y parait.

À Ottawa, Jean Chrétien a perdu pied dès novembre 1995, mais il s’accroche. Sonné comme un boxeur, ses coups se perdent dans le vide.

Les Canadiens, comme tous les Nord-Américains, n’aiment pas les perdants. À Ottawa, Jean Chrétien est un loser. D’autant plus qu’il apparaît assez vite que de l’argent public, beaucoup d’argent public a été très illégalement englouti dans la campagne perdue du « Non » au référendum québécois. En pure perte. Loser. Liar. Failure. Quand on tente de truquer une élection, à Montréal comme à Moscou, mieux vaut la gagner, et surtout ne pas se faire prendre.

Et puis Jean Chrétien a beaucoup de rivaux au Parti Libéral, à commencer par son Ministre des Finances, Paul Martin. La guerre ouverte entre le numéro 1 et le numéro 2 du gouvernement fédéral mine tout l’exécutif fédéral.

Et puis Jean Chrétien s’est fait beaucoup d’ennemis en trente ans de carrière.

Et les adversaires de Jean Chrétien ont des arguments, le plus cinglant étant : le petit gars de Shawinigan, Mauricie, Québec, peut-il diriger un pays qui ne sera plus le sien ?

Mais il s’accroche, tout l’hiver, tout le printemps, persuadé qu’il va sauver le Canada, persuadé que le pendule va repartir en arrière.

Sa décision de boycotter le G7 de Lyon en juin 1996, pour dénoncer l’ « action subversive du gouvernement français », achève de le discréditer à Ottawa. De fait, ce sera le dernier G7 où le Canada était invité. Le G7 reste le G7 puisque la Russie en devient membre à part entière. Deux ans plus tard, le G7 devient le G8 avec l’entrée de la Chine. Mais nous nous égarons.

Avec la démission de Jean Chrétien en août 1996, le nouveau Premier Ministre Paul Martin, élu de l’Ontario, réalise qu’il est trop tard. Et surtout qu’il n’y a pas que le Québec qui s’apprête à prendre son destin en mains.

La Colombie-Britannique envoie dès janvier 1997, à l’entrée en fonction de l’administration Dole, un « ambassadeur » à Washington pour explorer la possibilité de demander à rejoindre les Etats-Unis d’Amérique. De son côté, le parti cascadien, déjà présent à Seattle et à Vancouver, ouvre des représentations à Portland et même à San Francisco.

L’Alberta a pris conscience que l’exploitation des schistes bitumeux peut faire de lui une puissance pétrolière, d’autant plus vite que les cours du pétrole n’en finissent pas de monter depuis l’élection de Ziouganov.

Les provinces atlantiques anglophones (Nouvelle-Ecosse, Île-du-Prince-Edouard, Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve) réfléchissent à leur avenir, coupées du reste du Canada, ou plus précisément de l’Ontario : Fédération maritime ? Partenariat privilégié avec le voisin québécois ? Adhésion aux Etats-Unis ? Partenariat renforcé avec l’Union Européenne ?

Bref, le Canada, miné par son endettement et la stagnation économique, trop grand, trop fragile, trop jeune, trop vide, se disloque. Ottawa est tétanisé. Fin 1995, Ottawa croyait représenter la stabilité et Québec l’aventure : il découvre fin 1996 que Québec trace tranquillement et fermement son sillon, tandis que partout ailleurs grandissent les inquiétudes, les instabilités et les tentations.

Puisque tu pars.

Le gouvernement Martin, contrairement au gouvernement Chrétien, renonce à toute idée de reprise en mains, de soumission, de retour en arrière. Paul Martin pense à la suite, et ne veut pas finir juste Premier Ministre de l’Ontario.

Les négociations de séparation, qui ont piétiné de janvier à octobre 1996, sont bouclées le 21 avril 1997. Paul Martin peut dès lors se consacrer aux négociations réclamées par la Colombie-Britannique, en attendant l’Alberta.

Le mardi 1er juillet 1997, après avoir assisté aux cérémonies marquant la rétrocession de Hong-Kong à la Chine, la Reine Elizabeth II murmure avec un brin d’amertume à son jeune Premier Ministre que la rétrocession du Québec à la France aura certainement moins d’allure.

Le jeudi 30 octobre 1997 est le jour de l’indépendance du Québec. Dix jours auparavant, Jacques Parizeau a été élu Président de la République du Québec.

Le vendredi 14 novembre 1997, Céline Dion sort l’album « Let’s talk about love » , le sommet de sa carrière. La chanson titre est une reprise de « Puisque tu pars », de Jean-Jacques Goldman. L’album inclut la chanson « My heart will go on », qui restera dans les mémoires comme la chanson du film « Titanic » et la chanson de la fin du Canada.

You’re here, there’s nothing I fear
And I know that my heart will go on
We’ll stay forever this way
You are safe in my heart and my heart will go on and on

Le Canada rejoint la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie, l’Union Soviétique, l’Autriche-Hongrie, le Titanic et beaucoup d’autres au cimetière des constructions artificielles déchues.

Le 5 mai 1992, dans un des plus importants discours de la décennie, Philippe Séguin, alors simple député des Vosges, expliquait :

On ne joue pas impunément avec les peuples et leur histoire. Toutes les chimères politiques sont appelées un jour ou l’autre à se briser sur les réalités historiques.

En Europe aussi.

Comme l’avait redouté Alain Juppé lors de sa démission, la politique économique et sociale de son successeur disqualifie la France pour la monnaie unique. La politique intérieure de Philippe Séguin permet une nette diminution du chômage, notamment par la relance de la commande publique, la multiplication des emplois aidés et d' »emploi-jeunes » , et surtout par la mise en oeuvre graduelle de réduction du temps de travail sous l’égide du Ministre du Travail Gilles de Robien. Mais elle relance l’inflation, et elle aggrave le déficit public, ces deux mesures restant donc à des niveaux incompatibles avec les « critères de convergence » du Traité de Maastricht.

En Italie aussi, après la victoire de la coalition de « L’Olivier » aux législatives d’avril 1996, le nouveau Président du Conseil Romano Prodi engage une politique privilégiant l’intérêt des travailleurs italiens au détriment des « critères de convergence » du Traité du Maastricht, au grand dam du directeur des privatisations Mario Draghi et de l’establishment financier.

Le projet d’Union Economique et Monétaire (UEM) est enterré en grande pompe au Conseil Européen de Dublin en décembre 1996, après un rapport de l’Institut Monétaire Européen (IME) préconisant une monnaie commune limitée à l’Allemagne, aux Pays-Bas, au Luxembourg et à l’Autriche. La troisième phase de l’UEM, telle que prévue par l’article 109J du Traité de Maastricht, n’aura pas lieu :

Prenant dûment en considération les rapports visés au paragraphe 1 et l’avis du Parlement européen visé au paragraphe 2, le Conseil, réuni au niveau des chefs d’État ou de gouvernement, statuant à la majorité qualifiée, au plus tard le 31 décembre 1996:
— décide, sur la base des recommandations du Conseil visées au paragraphe 2, si une majorité des États membres remplit les conditions nécessaires pour l’adoption d’une monnaie unique,
— décide s’il convient que la Communauté entre dans la troisième phase

La chimère de la monnaie unique s’est évaporée.

Le chancelier Helmut Kohl, usé par quinze ans de pouvoir, fragilisé par les ratés de l’absorption de l’Allemagne de l’Est, frappé par l’abandon de l’UEM, termine néanmoins, en apnée, son dernier mandat en septembre 1998. La coalition sortante, menée par son dauphin, Wolfgang Schäuble, est sèchement battue par la coalition rouge-vert de Gerhard Schröder et Joschka Fischer. Les carrières politiques de Kohl et de Schaüble se terminent en 1998.

Sans la monnaie unique, l’Europe vit.

Sans la monnaie unique, avec des parités monétaires régulièrement réajustées par le Conseil Européen, l’industrie allemande reste dominante, et écraser les industries française, italienne ou espagnole. L’économie allemande ne peut exporter son chômage.

Sans la monnaie unique, la Communauté Européenne reste un ensemble équilibré, et en perpétuel rééquilibrage. Sans la monnaie unique, finie l’obsession de la « concurrence libre et non-faussée » pour déguiser le dumping social. Sans la monnaie unique, pas de bulles spéculatives privées insensées dans les pays méditerranéens. Sans la monnaie unique, le pillage qu’aurait voulu organiser depuis le Luxembourg le répugnant Jean-Claude Juncker devient impossible.

Quinze ans après l’abandon de l’UEM, il n’y a pas d’hégémonie allemande, il n’y a pas de « retour de la question allemande » . L’Europe est juste restée l’Europe. La France n’est pas le « junior partner » de l’Allemagne, c’est-à-dire le brillant second, c’est-à-dire rien. La France a gardé sa monnaie, ses industries, son indépendance. La France est juste restée la France.

Sans le Canada, l’anglosphère doute.

Je me souviens avoir entendu le mot « mondialisation » pour la première fois en septembre 1996, de retour du Canada. Mon frère en particulier n’avait que ça à la bouche, comme quelques mois ou années plus tard il aurait « la nouvelle économie », « joining an Anglo-Saxon corporation », « I’m the king of the world » et ainsi de suite. Je me souviens des illusions et des paris perdus des années 1990s. Je me souviens.

Hubert Védrine n’invente pas le mot « hyper-puissance » en 1999.

Il n’y a pas de moment unipolaire.

L’an 2000 se passe sans hubris. Le monde échappe à l’ivresse des années 1999-2000, et à la gueule de bois des années 2001-2003.

En novembre 2000, Bob Dole est largement battu par Al Gore, et George W. Bush est resté gouverneur au Texas. Au Texas, où la souveraineté du Québec et de l’Alberta font réfléchir…

Le slogan lancé par Deng Xiaoping lors du rattachement de Hong-Kong à la Chine en 1997 est : « Un pays deux systèmes ». En Amérique du Nord, dans la foulée de l’indépendance du Québec ; comme en Europe, dans la foulée du projet avorté d’union monétaire ; le slogan pourrait être « Plusieurs pays, un système ».

En 2005, Jacques Parizeau achève son deuxième et dernier mandat de président de la République du Québec. Le monde, notamment l’Amérique du Nord et l’Europe, sont plus compliqués, mais aussi plus équilibrés. Il y a des pays souverains, il n’y a plus d’empires multinationaux. Certaines chimères se sont envolées.

Après les changements de cap de 1995, la France est redevenue, ou plutôt, est restée, une puissance mondiale. Elle a renoué avec la vision mondiale gaullienne, post-coloniale et non pas néo-coloniale. Elle est en phase avec un monde multipolaire et post-impérial. Un monde de nations développées et affranchies. Un monde de nations libres et égales entre elles.

Charles de Gaulle déclarait, au balcon de l’Hôtel de Ville de Montréal, le lundi 24 juillet 1967 :

Et tout le long de ma route, outre cela, j’ai constaté quel immense effort de progrès, de développement, et par conséquent d’affranchissement vous accomplissez ici, et c’est à Montréal qu’il faut que je le dise, parce que, s’il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c’est la vôtre! (…)

Vive Montréal ! Vive le Québec !

Vive le Québec… libre !

Bonne nuit.

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