Lovecraft vu par Houellebecq : Contre le monde, contre la vie, contre la lutte

J’ai terminé il y a quelques jours la lecture de « Contre le monde, contre la vie », essai biographique de Michel Houellebecq (né en 1956), consacré à Howard Phillips Lovecraft (1890 – 1937), publié en 1991.

Inconnu de son vivant, Lovecraft a été qualifié en 1982 par Stephen King de « plus grand artisan du récit classique d’horreur du vingtième siècle »

C’est un livre que j’avais prévu de lire depuis bien longtemps, moins pour Lovecraft que pour Houellebecq. Je n’ai pas lu grand’chose de Lovecraft. Un recueil en français doit traîner dans un carton à quelques mètres en-dessous de moi depuis une dizaine d’années — j’avais essayé en 1998, et je n’avais pas accroché — il faudrait peut-être que je réessaie. En revanche, je suis persuadé, depuis ce jour de janvier 1999 où j’ai lu d’une traite « Les particules élémentaires », que Michel Houellebecq est un des écrivains les plus importants de sa génération, et par extension de la mienne.

Ce qui m’a décidé à enfin lire « Contre le monde, contre la vie », c’est mon état général de ces derniers mois en général, et la lecture de Fritz Zorn en particulier (« simplement, être dans la vie, cela, nous ne le voulions pas » ).

Voici quelques observations sur ce livre, « Contre le monde, contre la vie », personnelles, subjectives et pas forcément claires. Je pensais que ça serait court, et c’est devenu en quelques soirées très long. Ça vaut ce que ça vaut, ce n’est qu’un billet de blog.

Dès 1989, Michel était déjà Houellebecq

« Contre le monde, contre la vie », commencé en 1989, paru en 1991, trois ans avant « Extension du domaine de la lutte » (1994), sept ans avant « Les particules élémentaires » (1998), contient déjà les éléments clefs du style de Houellebecq. C’est clair. C’est fluide. C’est limpide. C’est érudit. Il découpe au scalpel sans trembler. Il use et abuse des italiques pour mettre en lumière et interroger des formules toutes faites, apparemment banales.

Et j’ai noté d’étranges clins d’œil rétrospectifs tels que :

L’univers n’est qu’un furtif arrangement de particules élémentaires. Une figure de transition vers le chaos. Qui finira par l’emporter. (…) Tout disparaîtra. Et les actions humaines sont aussi libres et dénuées de sens que les libres mouvements des particules élémentaires.

Les racines de l’œuvre de Houellebecq sont dans les années 1980s. L’œuvre de Houellebecq, c’est la chronique du déploiement du néolibéralisme, avant et après 1989.

« Ce cosmos désespéré est absolument le nôtre. »

Si vous lisez « Contre le monde, contre la vie », il ne faut surtout pas lire la préface, s’il y en a une. Celle qui figure dans mon édition Kindle déstabilise tout — j’ai eu la bonne idée de ne la lire qu’après avoir fini le livre. Il faut commencer par la première partie. Houellebecq parle délibérément de l’oeuvre avant de parler de l’homme. Il faut suivre sa démarche. Il faut commencer par la vision du monde exprimée par l’oeuvre de Lovecraft, et par son actualité exprimée par Houellebecq au crépuscule des années 1980s.

La vie est douloureuse et décevante. Inutile, par conséquent, d’écrire de nouveaux romans réalistes. Sur la réalité en général, nous savons déjà à quoi nous en tenir ; et nous n’avons guère envie d’en apprendre davantage. L’humanité telle qu’elle est ne nous inspire plus qu’une curiosité mitigée. Toutes ces « notations » d’une si prodigieuse finesse, ces « situations », ces anecdotes… Tout cela ne fait, le livre une fois refermé, que nous confirmer dans une légère sensation d’écœurement déjà suffisamment alimentée par n’importe quelle journée de « vie réelle ». (…)

Quand on aime la vie, on ne lit pas. On ne va guère au cinéma non plus, d’ailleurs. Quoi qu’on en dise, l’accès à l’univers artistique est plus ou moins réservé à ceux qui en ont un peu marre. (…)

Humains du XXe siècle finissant, ce cosmos désespéré est absolument le nôtre. Cet univers abject, où la peur s’étage en cercles concentriques jusqu’à l’innommable révélation, cet univers où notre seul destin imaginable est d’être broyés et dévorés, nous le reconnaissons absolument comme notre univers mental. Et, pour qui veut connaître l’état des mentalités par un coup de sonde rapide et précis, le succès de Lovecraft est déjà à soi seul un symptôme. Aujourd’hui plus que jamais, nous pouvons faire nôtre cette déclaration de principe qui ouvre Arthur Jermyn : « La vie est une chose hideuse ; et à l’arrière-plan, derrière ce que nous en savons, apparaissent les lueurs d’une vérité démoniaque qui nous la rendent mille fois plus hideuse. » (…)

Une haine absolue du monde en général, aggravée d’un dégoût particulier pour le monde moderne. Voilà qui résume bien l’attitude de Lovecraft.

Houellebecq évoque ensuite longuement l’œuvre, en connaisseur, en passionné. Il donne envie de lire cette œuvre, considérée après coup comme l’une des œuvres majeures de la littérature fantastique du XXème siècle. Il décortique les techniques, les méthodes, les thèmes, les intentions. L’utilisation, rare à l’époque, du style scientifique. L’art de décrire des architectures sophistiquées. L’art de glisser petit à petit l’effroi. L’art des monstres. La construction d’une mythologie extensible. Le rejet du « réalisme ».

Nombre d’écrivains ont consacré leur œuvre à préciser les motifs de ce légitime dégoût. Pas Lovecraft. Chez lui, la haine de la vie préexiste à toute littérature. Il n’y reviendra pas. Le rejet de toute forme de réalisme constitue une condition préalable à l’entrée dans son univers.

Houellebecq attend calmement la troisième et dernière partie de son livre pour évoquer la vie de Lovecraft, et notamment les quelques années où Lovecraft a été confronté à la vie.

Babylone sur Hudson

Toute la vie de Lovecraft s’est déroulée à Providence, capitale de l’Etat de Rhode Island, le plus petit des États américains, au cœur de la Nouvelle-Angleterre, terre puritaine, province tranquille. À l’écart, dans une certaine mesure, du monde et de la vie.

Il y est né, il y a grandi, il y a eu ses premiers problèmes de santé, il y a traversé tout ce qui a fait les bases de son œuvre.

Il n’aurait jamais dû en sortir. Il n’y était pas préparé. Il n’était pas prêt.

Il n’aurait jamais dû en sortir. Mais il en est sorti, quelques années, par hasard. C’est la vie !

En 1921, à l’âge de 31 ans, c’est la rencontre improbable d’une femme plus âgée que lui, Sonia Greene, née en Ukraine en 1883, juive, veuve depuis 1916, mère d’une adolescente née en 1903. C’est une vraie histoire d’amour invraisemblable, pour un vieux garçon provincial, naturellement antisémite, etc. C’est un mariage inespéré, deux ans plus tard. C’est un emménagement inattendu à New York.

En 1924, New York est déjà la plus grande ville du monde, la capitale du XXème siècle, la capitale cosmopolite, la capitale capitaliste, Babylone, Gotham City, etc. La ville la plus vivante du monde. The city that never sleeps.

Commentant son passage à New York en 1930, Léon Trotski a écrit :

Here I was in New York, city of prose and fantasy, of capitalist automation, its streets a triumph of cubism, its moral philosophy that of the dollar. New York impressed me tremendously because, more than any other city, it is the fullest expression of our modern age.

C’est à New York que Lovecraft est confronté à toutes sortes d’aspects de la vie dont il avait été préservé jusque là, dans sa calme province. La cohue, la foule, le vacarme. La modernité. Le matérialisme. Ce qu’on appelle maintenant de doux euphémismes — que Houellebecq mettrait en italique — tels que : « le marché du travail », « la diversité », « la précarité », « la mixité sociale », « les incivilités », « les étrangers », etc. Ou encore : « extension du domaine de la lutte ». Ça se passe mal. Il se découvre incapable de trouver un travail  — incapable de trouver une place, comme on disait jadis. Malgré son éducation, malgré ses qualifications. Il se découvre en concurrence, en frottement, en luttes avec toutes sortes d’étrangers. Il se découvre inapte, inadapté, incapable de s’adapter, incapable de supporter, dépassé, déclassé.

Bref, ça ne marche pas. Ça ne dure guère que deux ans (deux ans selon Wikipedia, « un peu plus d’un an » selon Houellebecq, passons les détails). Ça finit par une séparation et un retour à Providence, Rhode Island. Il a essayé. Ça n’a pas marché.

Lovecraft n’aurait jamais dû sortir de Providence. Il n’était pas fait pour ça.

S’il n’en était jamais sorti, son œuvre aurait été moindre. Elle aurait probablement été de la même nature, dans la même direction, juste plus faible. Mais il a essayé. Il a été amené à essayer. Il s’est marié. Il a vécu à New York. Ça n’a pas marché. Son œuvre en a été dopée. Ou plutôt, son œuvre est devenue une manière de sublimer son échec total face à cette tentative impromptue dans le monde, dans la vie.

La lutte des races

Une fois qu’on sait comment Lovecraft a vécu son année à Brooklyn, et qu’on se rappelle l’ampleur des préjugés racistes dans la société étasunienne de l’époque, on comprend que l’oeuvre de Lovecraft — dont Houellebecq vient de passer des dizaines de pages à expertiser la grandeur — peut juste être interprétée comme bassement xénophobe.

Les monstres grouillants, ce sont les Noirs, les Juifs, les Catholiques, les Irlandais, les Italiens qui grouillent, qui se frayent un chemin et qui trouvent leur compte dans New York, alors que lui, le WASP propre et provincial, en a été incapable. Ce sont les races inférieures qui vont submerger la race supérieure (on ne disait pas encore « remplacer »). C’est la race supérieure qui se découvre une race parmi les autres. C’est la race supérieure qui se découvre obligée de se battre pour survivre, et en fait incapable de survivre. Vae victis. Winner takes all. Resistance is futile.

Leur vitalité, leur apparente absence de complexes et d’inhibitions le terrifient et le dégoûtent. Ils dansent dans la rue, ils écoutent des musiques rythmées… Ils parlent fort. Ils rient en public. La vie semble les amuser ; ce qui est inquiétant. Car la vie, c’est le mal.

Par parenthèse, dans ses carnets de prisonnier à Spandau, en date du 18 novembre 1947, Albert Speer a expliqué à quel point Adolf Hitler haïssait New York et ce que New York représentait, combien il rêvait de détruire cette Babylone du XXème siècle, grouillante de Nègres, de Juifs et autres impurs :

In the latter stages of the war, I never saw Hitler so beside himself as when as if in a delirium, he was picturing to himself and to us the downfall of New York in towers of flame. He described the skyscrapers turning into huge burning torches and falling hither and thither, and the reflection of the disintegrating city in the dark sky.

Les héros de Lovecraft, c’est Lovecraft lui-même : purs et dépassés par les événements. Impuissants. Incapables. Désemparés. Comme Fritz Zorn et autres bourgeois de Zurich (ville certes pas anglo-saxonne, mais aussi blanche, protestante et propre que Providence) : éduqués à refuser le monde (« simplement, être dans la vie, cela, nous ne le voulions pas » ), éduqués à prétendre ne s’intéresser qu’aux « choses élevées » (« les prétendues ‘choses élevées’ [ont] besoin d’un contrepoids qui symbolise ce qui est bas« ), éduqués à considérer tout le reste comme « ridicule », avec crainte mais avec bienveillance. Réfugiés dans le presque rien, refusant presque tout.

Dans l’univers de Lovecraft, la cruauté n’est pas un raffinement de l’intellect ; c’est une pulsion bestiale, qui s’associe parfaitement avec la stupidité la plus sombre. Pour ce qui est des individus courtois, raffinés, d’une grande délicatesse de manières… ils fourniront des victimes idéales. (…)

Les héros de Lovecraft se dépouillent de toute vie, renoncent à toute joie humaine, deviennent purs intellects, purs esprits tendus vers un seul but : la recherche de la connaissance. Au bout de leur quête, une effroyable révélation les attend : des marécages de la Louisiane aux plateaux gelés du désert antarctique, en plein cœur de New York comme dans les sombres vallées campagnardes du Vermont, tout proclame la présence universelle du Mal.

Bref, on pourrait s’en tenir à cette interprétation : une œuvre raciste, sublimée par un talent extraordinaire, mais raciste quand même, et au fond en phase avec des idéologies de la même période.

Contre la lutte

Houellebecq cherche à aller au-delà de cette interprétation, et c’est probablement la vraie originalité de son livre, par-rapport à ce qui avait probablement déjà été discuté avant lui.

« Contre le monde, contre la vie » est le titre du livre et du dernier chapitre. Retour à la fin des années 1980s. Retour au monde en train de se décomplexer après les décennies complexées d’après-guerre. Mon année zéro à moi c’est 1990.

Aujourd’hui plus que jamais, Lovecraft serait un inadapté et un reclus. Né en 1890, il apparaissait déjà à ses contemporains, dans ses années de jeunesse, comme un réactionnaire désuet. On peut aisément deviner ce qu’il penserait de la société de notre époque. Depuis sa mort, elle n’a cessé d’évoluer dans un sens qui la lui ferait détester davantage.

Les idéaux de liberté et de démocratie, qu’il abhorrait, se sont répandus sur la planète. L’idée de progrès est devenue un credo indiscuté, presque inconscient, qui ne pourrait que hérisser un homme qui déclarait : « Ce que nous détestons, c’est simplement le changement en tant que tel. » Le capitalisme libéral a étendu son emprise sur les consciences ; marchant de pair avec lui sont advenus le mercantilisme, la publicité, le culte absurde et ricanant de l’efficacité économique, l’appétit exclusif et immodéré pour les richesses matérielles. Pire encore, le libéralisme s’est étendu du domaine économique au domaine sexuel. Toutes les fictions sentimentales ont volé en éclats. La pureté, la chasteté, la fidélité, la décence sont devenues des stigmates ridicules. La valeur d’un être humain se mesure aujourd’hui par son efficacité économique et son potentiel érotique : soit, très exactement, les deux choses que Lovecraft détestait le plus fort.

J’insiste : ce livre a été écrit entre 1989 et 1991.

Contre le monde, contre la vie : Le monde réel, la vie réelle, à New York en 1923, et partout notamment depuis 1989, c’est l’altérité, la différence, l’agitation, le bruit, le tumulte, la concurrence, la compétition. C’est la lutte qui n’en finit pas de s’étendre. C’est les particules élémentaires qui s’entre-choquent. C’est sale, c’est grouillant, c’est mélangé, c’est violent, c’est hypocrite. La vie, c’est impur. Ça puire, messire ! Le monde est une vraie porcherie, les hommes se comportent comme des porcs…

La vie semble les amuser ; ce qui est inquiétant. Car la vie, c’est le mal.

Le mal ? Quand même ? Vraiment ? Tant que ça ?

Délivre-nous du mal

Est-ce que ce n’est pas juste de la facilité ? On dit de la vie que « c’est le mal », parce qu’on est incapable de s’y adapter. On dit de la vie que « c’est le mal », par renoncement, par incompétence, par faiblesse. On dit de la vie que « c’est le mal », parce qu’on ne veut pas « jouer le jeu » .

Est-ce que ce n’est pas juste de la lâcheté ? Un discours de perdants, voire même de mauvais perdants ? En américain, « loser » veut autant dire « perdants » que « minables ». Dans la France du produit Macron, on peut aussi dire « fainéants », ou juste « rien ».

Est-ce que ce n’est pas juste du dépit ? On dit qu’on n’aime pas la vie parce que « c’est le mal », parce qu’on n’accepte pas que la vie, c’est pas un endroit où on gagne à tous les coups, c’est pas un endroit où on a une place réservée, c’est pas un endroit où on est reconnu comme race supérieure ou classe supérieure, c’est pas un endroit où on est les gentils et les autres c’est des méchants.

Est-ce que ce n’est pas juste de la peur ?

Tyler Durden, 1999 :

You are not special. You’re not a beautiful and unique snowflake. You’re the same decaying organic matter as everything else. We’re all part of the same compost heap. We’re all singing, all dancing crap of the world.

Qu’est-ce que la vie ? Sans aller jusqu’au mal. Quelque part entre la lutte et le mal ? Évitons les trop grands mots. On n’a pas besoin du « mal ». Soyons plus précis.

Qu’est-ce que la vie pour une personne instruite, éduquée, conditionnée, habituée, comme Fritz Zorn et comme Howard Phillips Lovecraft, à se croire supérieure, spéciale, unique, à part, au-dessus de la mêlée, propre et immaculée, au-dessus des choses vulgaires ?

Never want to put my feet back down
On the ground

Qu’est-ce que la vie pour des petits-bourgeois provinciaux qui se découvrent rien ? Une mauvaise surprise.

Leur conditionnement les a préparés à être déçus. Leurs illusions, une fois dissipées, les ont conduit à constater : Le monde c’est pas fait pour eux. La vie c’est pas fait pour eux. Ou plutôt, en retournant la formulation : Ils n’ont pas été faits pour le monde. Ils n’ont pas été préparés au monde. Ils n’ont pas été préparés à la vie. Ils n’ont pas été faits pour ça. Ils n’ont pas été préparés à trouver leur place sur terre, juste sur terre, au ras du sol, à l’échelle humaine, dans le monde réel, dans la vie réelle. Trop éduqués, trop bien élevés, pas préparés, inadaptés.

« Éduqué à mort », écrivait Fritz Zorn.

Fritz Zorn a été emporté par le cancer à 32 ans sans avoir quitté Zurich.

Howard Phillips Lovecraft a été emporté par le cancer à 47 ans, après avoir brièvement quitté Providence entre 33 et 35 ans.

Dans son seul et unique livre, « Mars », Fritz Zorn exprime son incapacité à rentrer dans la vie — et son regret de n’y être pas parvenu, et son espoir d’y parvenir une fois guéri.

Par son œuvre immense, à peine dénombrable, Howard Phillips Lovecraft exprime son dégoût de la vie, exorcise son échec dans la vie, et offre à la postérité, conclut Houellebecq « une alternative à la vie, (…) une opposition permanente, un recours permanent à la vie ».

Il sait très bien qu’il n’a aucune place dans un quelconque Walhalla héroïque de batailles et de conquêtes ; sinon, comme d’habitude, la place du vaincu. Il est pénétré jusqu’à la moelle de son échec, de sa prédisposition entière, naturelle et fondamentale à l’échec. Et, dans son univers littéraire aussi, il n’y aura pour lui qu’une seule place : celle de la victime.

J’ai bien compris depuis bien longtemps que je suis, moi aussi, à ma manière bien ordinaire, et malgré toutes sortes de preuves du contraire, du parti des perdants. Je n’ai pas mal place sur terre. Je suis un raté. #JeSuisRien. Passons.

Ça fait quelque temps que je tourne autour de cette question : Que fait-on des perdants ?

Et, décidément incapable de conclure ce billet, je vais ajouter une autre question : Qu’est-ce que c’est que cette civilisation où il y a des gagnants et des perdants ?

Contre une civilisation qui l’est si peu

Qu’est-ce que c’est que cette civilisation où, au fond, la lutte pour la vie, la lutte pour la survie, la lutte sous toutes ses formes, la lutte étendue à toutes les dimensions de l’existence, est encore le ressort essentiel ?

On est en 2017 ! Notre civilisation devrait avoir résolu ses problèmes ! Notre civilisation devrait être en train de s’élancer vers le cosmos ! Qu’est-ce que c’est que cette civilisation qui ne semble avoir pour but que de permettre à quelques dominants de dominer ? Qu’est-ce que c’est que cette civilisation où, pour faire quelques milliardaires, on jette des millions de gens dans le malheur ? Qu’est-ce que c’est que cette civilisation où, au nom de la technique, parce que pour eux tout ça n’est qu’un jeu, des capitalistes proclament « we are designing a world that is not fit for people » ?

On est en automne ! Qu’est-ce que c’est que cette civilisation où on trouve normal que des millions de gens aient faim, que des milliers de gens meurent de froid dans les rues l’hiver, et où ce qui est supposé animer tous les autres et les pousser à la lutte, c’est la peur de la misère ?

Houellebecq conclut que Lovecraft a, par son oeuvre, offert « une alternative à la vie », constitué « une opposition permanente, un recours permanent à la vie ». Peut-être. J’ai cependant l’impression que Lovecraft n’a fait que transposer le monde de la lutte, le monde de la cruauté, le monde de la peur. Ça n’enlève rien à la grandeur de son œuvre.

Mais ça ne résout pas le problème d’une civilisation rongée par l’extension du domaine de la lutte. #OnVautMieuxQueÇa !

Bonne nuit.

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Un commentaire pour Lovecraft vu par Houellebecq : Contre le monde, contre la vie, contre la lutte

  1. Cédric dit :

    J’adore tes articles, c’est très riche en documentation. Heureux de trouver quelqu’un qui est aussi lecteur de ce petit essai et fan du génie Houellebecq… bonne nuit à toi aussi. Encore merci pour cet excellent article.

Tous les commentaires seront les bienvenus.

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