Pistes de lecture – L’état de notre monde à l’hiver 2018

Quelques pistes de lecture sur l’état du monde en ce début d’année 2018. Les choses élevées, etc. D’une manière ou d’une autre, c’est quand même notre monde, même s’il n’est pas à nous. We live in Utopia; it just isn’t ours. Nous vivons dans une Utopie ; c’est juste pas la nôtre.

Je m’efforce le plus souvent que les billets « pistes de lecture » soient très thématiques, très focalisés. Ce ne sera pas le cas cette fois-ci, et j’en suis désolé.

Mais je pense que ces textes méritent d’être lus. Les traductions de l’anglais en français n’engagent que moi.

* * *

Juste avant Davos, Martin Wolf, dans « The Financial Times » en date du 23 janvier 2018, écrivait, sous le titre « Davos 2018: The liberal international order is sick » , soit « Davos 2018 : L’ordre libéral international est malade » :

Last year, Donald Trump was a spectre haunting the World Economic Forum’s annual meeting, in Davos. This year, he may be there in the flesh. If so, it will be an uncomfortable encounter. He rejects the tenets of the liberal international order promoted by his country over seven decades. These values also animate the WEF. They are what make it something more than just a forum for the world’s rich and powerful. (…)

It would be possible merely to hope for the best. As the economy recovers, optimism may return. This should, in turn, assuage at least some of the discontent. But this is facile. The forces leading to divergent outcomes within our economies are powerful. It is far from evident that even financial fragility has been eliminated.

Instead of complacency, we need to confront two fundamental questions.

The first is which is the more important if it comes to a hard choice: domestic political cohesion or international economic integration? At the margin, it has to be the first. Economic life demands political stability. The range of policies — fiscal, monetary and financial — must make the bulk of the population feel their interests count. Otherwise, democratic stability is in peril.

The second is where to focus efforts at global co-operation. The answer must be that managing the global commons and maintaining global stability comes first. While I would like to see further liberalisation of trade, it has to be done in the right way and is no longer a high priority. Still less pressing is opening borders further to free movement of people or even maintaining free flow of global capital. Politics are overwhelmingly national. The results of political choices must satisfy the people of each country.

Mr Trump is not the cure. But he is evidently a symptom. The liberal international order is crumbling, in part because it does not satisfy the people of our societies. Those who attend Davos need to recognise that. If they do not like Mr Trump’s answers — they should not — they need to advance better ones.

L’an dernier, Donald Trump était un spectre qui hantait la réunion annuelle du Forum Economique Mondial (WEF) à Davos. Cette année, il pourrait y être en personne. Si c’est le cas, ce sera une rencontre désagréable. Il rejette les principes de l’ordre libéral international que son pays a porté depuis sept décennies. Ce sont les valeurs qui animent le WEF. Ces valeurs sont ce qui fait de ce forum plus qu’un simple forum pour les riches et les puissants de ce monde. (…)

On peut évidemment juste espérer que ça s’améliore. Avec la reprise économique, l’optimisme peut revenir. Cela devrait, par la suite, apaiser au moins quelques-uns des mécontents. Mais c’est trop facile. Les forces qui mènent à des divergences majeures au sein de nos économies sont puissantes. Et il est loin d’être évident que la fragilité financière a été éliminée.

Au lieu d’être complaisants, nous devons faire face à deux questions fondamentales.

La première est, qu’est-ce qui serait le plus important si nous devions choisir : la cohésion politique dans chaque pays, ou l’intégration économique internationale ? S’il faut choisir, nous devons choisir la première option. La vie économique nécessite la stabilité politique. Toutes les actions politiques — fiscales, monétaires et financières — doit convaincre la majorité de la population que ses intérêts sont pris en compte. Sans cela, la stabilité démocratique est en péril.

La deuxième est où concentrer les efforts de coopération globale. La réponse doit être que gérer les ressources communes planétaires et maintenir la stabilité globales passent avant tout le reste. Bien que je souhaiterai voir plus de libéralisation du commerce internationational, cela doit être fait proprement et ce n’est plus du tout la priorité. Il est également moins important d’ouvrir encore plus les frontières aux mouvements de population, et il est encore moins important de maintenir la liberté globale des flux de capitaux. La politique est une affaire avant tout national. Les conséquences des choix politiques doivent satisfaire les peuples de chaque pays.

Mr Trump n’est pas la remède. Mais il est évidemment un symptôme. L’ordre libéral international s’effrite, en partie parce qu’il ne satisfait plus les peuples dans nos sociétés. Ceux qui participent à Davos doivent reconnaître cela. S’ils n’aiment pas les réponses données par Mr Trump — et ils ne devraient pas — alors ils doivent en proposer d’autres.

Juste après Davos, Joseph Stiglitz, dans « Project Syndicate », en date du 1er février, sous le titre « Post Davos Depression » , traduit en français par le site en « Dits et non-dits des PDG américains à Davos » (une des forces du site « Project Syndicate » est qu’ils traduisent presque systématiquement ce qu’ils publient) :

J’ai assisté à la conférence du Forum économique mondial qui a lieu chaque année à Davos en Suisse depuis 1995 et qui réunit les soi-disant élites mondiales pour y discuter des grands problèmes mondiaux. Jamais je n’en suis revenu aussi déprimé que cette année.

La planète est confrontée à des problèmes presque insolubles. Les inégalités augmentent, notamment dans les pays développés. La révolution numérique, malgré tout son potentiel, s’accompagne de risques importants qui pourraient affecter la sécurité, l’emploi et la démocratie – des défis aggravés par la montée en puissance et le quasi monopole de quelques géants numériques chinois et américains, en particulier Facebook et Google. Quant au réchauffement climatique, il représente une menace existentielle pour l’ensemble de l’économie mondiale telle que nous la connaissons.

Les réponses envisagées à ces problèmes sont peut-être encore plus démoralisantes que les difficultés qu’ils représentent. Il est vrai qu’à Davos des PDG venus du monde entier ont commencé leur discours en insistant sur l’importance des « valeurs ». Leurs activités, ont-ils dit, ne visent pas seulement à accroître le profit des actionnaires, mais aussi à créer un meilleur futur pour leurs employés, leur environnement, et plus généralement pour la planète. Et ils ont eu parfois quelques mots sur les risques liés au réchauffement climatique et aux inégalités.

Mais cette année, une fois les feux de l’estrade éteints, il n’y avait plus aucune illusion à se faire sur les valeurs qui les motivent. (…)

Non, les grands patrons présents à Davos se sont félicités de la récente loi fiscale de Trump approuvée par les Républicains du Congrès. Elle permettra aux grandes entreprises et aux contribuables les plus fortunés qui en sont propriétaires et qui les dirigent – des gens comme Trump lui-même – de faire des centaines de milliards de dollars d’économie. Ils ne s’émeuvent pas de ce que cette loi, quand elle sera entièrement appliquée, se traduira par une hausse d’impôts pour la majorité de la classe moyenne dont la prospérité décline depuis une trentaine d’années. (…)

Pour les PDG de Davos, il semble que les baisses d’impôts pour les riches et pour leurs entreprises, associées à la déréglementation, soit la réponse à tous les problèmes du pays. Le principe économique du ruissellement, assurent-ils, fait qu’au bout du compte l’ensemble de la population en profitera. A les écouter, leurs bons sentiments sont suffisants pour assurer la protection de l’environnement, même en l’absence de réglementation.

Pourtant l’Histoire le montre sans ambiguïté, le principe du ruissellement ne marche pas. Et la dégradation de l’environnement tient en grande partie au fait que les entreprises n’assument pas de leur propre chef leurs responsabilités sociales. Sans réglementation efficace et un prix à payer pour polluer, il n’y a aucune raison de croire qu’elles vont changer de comportement.

  • Comment on dit « Donald Trump » en français ? « Emmanuel Macron » !

Sur la crise climatique, et les catastrophes climatiques à venir, juste deux villes et deux liens :

« Et puis un jour, l’eau s’est arrêtée », se souvient ce couple de septuagénaires paulistains. Même ici, dans une zone résidentielle plutôt cossue de São Paulo, à Vila Madalena, plus une goutte d’eau ne sortait des robinets. « Alors, la copropriété a fait venir des camions d’eau, tous les deux jours. Nous les payions de notre poche. Puis l’eau est revenue, mais était rationnée, il n’y en avait pas le soir, ni la nuit. » C’était il y a moins de quatre ans. Le Brésil accueillait la coupe du monde de football, était en pleine année d’élections, présidentielles, à la chambre des députés et au Sénat, pour les gouverneurs et les assemblées des États fédérés. Cette année 2014, la plus grande ville brésilienne et ses 11 millions d’habitants, ainsi que toute sa région périphérique, ont traversé une crise de l’eau historique, qui a failli aboutir à un scénario catastrophe.

Après deux ans presque sans pluie, les réserves des lacs de barrages, qui alimentent en eau courante la mégalopole, sont vides. La société régionale de gestion de l’eau procède alors à des coupes et à des rationnements, mais sans grande transparence. Les plus pauvres, qui ne pouvaient se faire livrer de l’eau par camions et ne disposaient pas de réserves chez eux, se sont retrouvés dans des situations extrêmes.

La municipalité du Cap a informé les habitants de la ville, le 16 janvier 2018, que le «jour zéro» (day zero) pourrait survenir le 22 avril: en clair, c’est ce jour-là que la cité pourrait être totalement privée d’eau en raison de la grave sécheresse qui sévit depuis des mois dans la seconde agglomération d’Afrique du Sud.

En fait, la date du «jour zéro» semble varier au fur et à mesure de l’évaluation des stocks d’eau disponibles: fin décembre, on parlait du 18 mars et, un peu plus tôt, du 29 avril…

Mais ces variations ne changent rien à la gravité de la sécheresse dans la province du Cap Occidental et la ville du Cap. Celle-ci est placée depuis mars 2017 en «zone de catastrophe locale». Objectif: mettre en branle les procédures d’approvisionnement d’urgence et obtenir des subventions du gouvernement central de Johannesburg. Mais apparemment, ce dernier «a traîné des pieds» pour prendre les mesures qui s’imposaient…

Emmanuel Todd. J’ai lu à l’automne dernier le dernier livre d’Emmanuel Todd, juste intitulé « Où en sommes-nous ? » (relire en guise d’introduction « Une société peut-elle vivre en considérant 99 % comme inutiles ? » ). Il est très difficile de résumer pareil pavé, et je m’en sens bien incapable en ce moment. Voici juste quelques extraits pertinents, sur l’état du monde en 2018, et faisant écho aux observations citées plus haut de Martin Wolf et Joseph Stiglitz :

Durant les élections américaines de 2016, l’irruption du débat sur le libre-échange et le protectionnisme, porté par Bernie Sanders et Donald Trump, a donc pris journalistes et politiques de l’establishment par surprise et mis les économistes labellisés fort en colère. 16 Prix Nobel et 200 membres des plus prestigieuses universités américaines ont ainsi pétitionné contre Trump et en faveur du libre-échange, sans d’ailleurs parvenir à convaincre un peuple américain dont les conditions de vie, insensibles aux beautés de la théorie, se dégradaient. Comment expliquer aujourd’hui le retard intellectuel persistant des élites spécialisées qui, aux États-Unis et en Europe, après avoir nié les effets mortifères du libre-échange, nient désormais l’élection de Trump ? Comment expliquer ce refus multidimensionnel de la réalité du monde, par des gens sérieux qui ont fait de bonnes études ? Voilà le vrai mystère.

Entre 2010 et 2016, donc, la marche à l’inégalité a repris son cours et l’insuffisance mondiale de la demande est toujours plus menaçante. Le taux de croissance des pays émergents a baissé, pour tendre vers zéro au Brésil. La Chine elle-même, usine du monde, suffoque dans une pollution industrielle digne du XIXe siècle et oscille au bord du gouffre, sur le point de s’enfoncer dans une crise aux conséquences géopolitiques incalculables. Dans ce monde économique qui patauge, et dont les systèmes politiques se détraquent, on nous avertit, un peu plus chaque jour, que le populisme menace nos « valeurs » et que nous devons les défendre. Mais quelles valeurs, au fond ? L’inégalité ? La pauvreté ? L’insécurité ? Ah non, pardon, la « démocratie libérale », concept désormais creux, vidé de ses valeurs fondatrices, que furent la souveraineté du peuple, l’égalité des hommes et leur droit au bonheur. (…)

Cet empirisme enrichi nous permettra de saisir la diversité persistante du monde, à rebours de l’économisme qui, lui, incite à une vision uniforme des sociétés. C’est axiomatique : homo oeconomicus est le même partout. Ce serait peu de dire que, pour la théorie néolibérale, il appartient à des sociétés semblables, puisque son type idéal n’existe que hors société. Selon la formule de Margaret Thatcher, « la société, ça n’existe pas ». L’universalisme du taux de profit exige que l’on oublie la diversité anthropologique du monde. Au lendemain de l’effondrement du communisme soviétique, les grandes décisions politiques et économiques des années 1990-2010 ont donc été prises sur la base d’une hypothèse de convergence généralisée : le libre-échange devait unifier la planète, la monnaie unique devait homogénéiser l’Europe. Ce que l’on a observé ensuite, dans la réalité de l’histoire, est bien entendu à l’opposé, une divergence des performances économiques et des niveaux de vie. Pourquoi ? Parce que, si l’homme est bien universel en un sens anthropologique ultime — il existe une espèce homo sapiens dont je décrirai plus loin les caractéristiques primordiales –, les sociétés sont diverses par leurs valeurs et leurs modes d’organisation.

La globalisation économique accentue en réalité les différences, elle est en elle-même un facteur de divergence : les sociétés mises en concurrence, placées sous contrainte d’adaptation, menacées de désintégration, finissent toutes par se replier sur elles-mêmes d’une manière ou d’une autre. Pour survivre, elles se ressourcent dans leurs valeurs originelles. Poussé trop loin, le libre-échange nourrit une xénophobie universelle. (…)

L’hypothèse d’universalité et de convergence empoisonne les rapports internationaux puisque le fort, ou celui qui se croit tel, exige de l’autre un alignement sur ses valeurs et sur ses moeurs autant qu’une soumission économique et militaire. (…)

Pour comprendre l’ampleur du stress subi par la population américaine au début du IIIe millénaire, nous allons devoir quitter le champ des données économiques et des revenus. Il se trouvera en effet toujours un prix Nobel d’économie disponible pour nous assurer, moyennant une somme modique, que, sans le libre-échange, le prix des produits aurait été plus élevé pour le consommateur. Mais si le consommateur meurt plutôt qu’il n’achète ?

Le jugement des démographes est sans appel. Un article d’Anne Case et Angus Deaton, publié en décembre 2015, révèle une hausse de la mortalité entre 1999 et 2013, au sein de la population blanche âgée de 45 à 54 ans, phénomène qui n’a son équivalent dans aucune des sociétés avancées du monde. Les causes de cette mortalité, ainsi que le montre le graphique 14.2, sont clairement d’ordre psychosocial : empoisonnements, alcoolisme et suicide.

Le débat sur les bienfaits du libre-échange et de la dérégulation est donc clos. C’est précisément cette hausse de la mortalité des adultes qui m’avait semblé rendre possible, d’abord la désignation comme candidat républicain, puis l’élection de Donald Trump aux présidentielles de 2016, de même que la hausse de la mortalité infantile russe entre 1970 et 1974 m’avait permis d’envisager, dès 1976, l’effondrement du système soviétique.

Un article de Justin Pierce et Peter Schott de novembre 2016 a ensuite établi une relation statistique robuste, au niveau des comtés américains, entre la libéralisation des échanges avec la Chine et la hausse de la mortalité. Les comtés directement affectés par la concurrence chinoise sur le plan industriel ont ainsi vu leur taux de mortalité augmenter de manière spécifique. La cause de décès la plus significative apparaît, au terme de cette analyse, plutôt le suicide que l’empoisonnement.

L’étude de J. Pierce et P. Schott est fascinante par ses implications morales : elle fait implicitement des économistes qui signent des pétitions pour affirmer les bienfaits du libre-échange des criminels, passibles de poursuites en justice par des actions de groupe semblables à celles qui ont été lancées contre des fabricants de tabac et des firmes pharmaceutiques. (…)

Le contraste entre l’affirmation idéologique et la réalité sociale avait véritablement atteint, dans l’anglosphère, à la veille du basculement brexito-trumpien de 2016, une intensité de type brejnevienne.

Denis Robert. Concluons avec Denis Robert, l’indispensable Denis Robert ! Dans « Le Nouveau Magazine Littéraire » en date du 26 janvier 2018, sous le titre « Le blues du lanceur d’alerte » , il décrit où nous en sommes, et rappelle en quelques paragraphes saisissants comment nous en sommes arrivés là où nous en sommes. La pourriture prend du temps. La pourriture est un choix. Elle n’est pas spontanée. Elle n’est pas sans responsables. On connait les choix. On connait les responsables. Il conclut :

Fin 2017, au moment des Paradise Papers, les multinationales ont démesurément grandi. Le scénario imaginé vingt ans plus tôt est accompli. Capital Without Borders. Le pouvoir des partis politiques est nul quant à la possibilité d’intervenir sur les virements offshore. Un magnat psychopathe et endetté a été élu à la tête des États-Unis. Au Kremlin, le prince des oligarques a planqué sa fortune et bute les journalistes trop regardants. En Chine, un dictateur cupide rase gratis. L’Europe est verrouillée par l’homme à tout faire des banquiers et du Luxembourg reconnaissant. Le nouveau président français est un ex-banquier d’affaires qui place la lutte contre la fraude fiscale au même niveau que la lutte contre la fraude à la Sécu. L’optimisation est, pour lui, une manière d’aider les riches à investir ensuite dans l’économie réelle. Toujours le même insupportable baratin.

Un personnage illustre jusqu’au dégoût l’amollissement général : le commissaire européen chargé de la fiscalité. Pierre Moscovici vient de découvrir que les citoyens sont victimes de « l’inaction européenne » : « Nous ne sommes pas face à des incidents isolés, mais à des pratiques systémiques, mondiales, et organisées », vient de lâcher l’ancien lobbyiste du Cercle de l’industrie. L’ami des patrons qui défiscalisent est payé pour nous endormir. Sa mission est d’abord de protéger ceux qui l’ont mis aux manettes européennes. Il assure avec maestria la prospérité des paradis fiscaux. Je n’exagère pas. Sa duplicité et la servilité des médias à son égard sont fascinantes. Ça se saurait s’il avait fait le contraire, non ?

La finance offshore est l’ultime perfusion du capitalisme. On réduit les salaires, on désindustrialise, on achète les élus à coups de financement politique (7500 euros par filiale), on paupérise, on ubérise. On finit esclaves chez des geôliers high-tech : McDonald’s, Starbucks, Amazon. Nos modernes Thénardier. Plutôt que de nous révolter devant tant d’inégalités, d’interdire les transactions vers ces paradis, nous fermons les yeux. Le PSG, les écrans plats, les abonnements SFR, les iPhone X, les paris sportifs. Les somnifères. Nous sommes otages d’un système qui a réussi son entreprise de désensibilisation de masse. Nous avons peur du vide.

China Miéville: « We live in Utopia; it just isn’t ours! »

Bonne journée.

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