Le droit de rêver

J’ai ressenti ces derniers jours des émotions positives que je n’avais pas ressenties depuis des années. Je ne sais pas si l’expression « émotions positives » est la bonne, peu importe. Je ne sais souvent pas quoi faire de mes émotions.

Ce vendredi matin, le ciel était bleu et le soleil brillait sur l’Île-de-France.

I used to think that the day would never come
I’d see delight in the shade of the morning sun
My morning sun is the drug that brings me near
To the childhood I lost, replaced by fear
I used to think that the day would never come
That my life would depend on the morning sun

Ce matin dans le train, j’ai écouté Skyfall, en pensant à la dernière fois où je suis allé à la montagne, c’était en 2013, et j’avais écouté Skyfall au volume maximal en descendant seul d’un col enneigé à une vitesse déraisonnable. C’est étrange la mémoire. C’est étrange Skyfall : peut-être le plus grand écart jamais observé entre une chanson réussie et un film raté.

This is the end
Hold your breath and count to ten
Feel the earth move and then
Hear my heart burst again

Il faut se dire que la vie n’est pas finie. Il faut aussi le sentir. Il faut se sentir vivant, parmi les vivants. Hear my heart burst again. Sentir mon cœur bondir à nouveau.

Il faut se dire que le printemps viendra. Il faut se dire que la nuit finira. Il faut se dire qu’il est trop tôt pour baisser les bras. Il faut se dire qu’on passera le col. Il faut se dire qu’on trouvera le détroit de Magellan.

Ce que j’ai compris ces derniers jours c’est l’importance, en schématisant, de trois droits. Je le savais probablement déjà, mais peu importe. Ma schématisation vaut ce qu’elle vaut et n’engage que moi. Ceci n’est qu’un blog. C’est même pas du PowerPoint.

1) Le droit d’échouer. C’est un des immenses tabous de mon éducation, dont il me reste encore des séquelles plusieurs décennies après : si je mets certaines introspections par écrit, il y aura des pages et des pages là-dessus.

Le droit de se mettre en danger. Le droit de se tromper. Le droit d’être rejeté. Le droit d’exister malgré une erreur, malgré un échec, malgré un rejet. Le droit de survivre à un échec. Ça n’a pas peut-être l’air de rien pour beaucoup de gens, mais pour moi c’était une montagne.

2) Le droit d’essayer — et tant pis pour Maître Yoda :

Try not! Do. Or do not. There is no try.

Le droit de se mettre en mouvement. Le droit de faire. Le droit de parler. Le droit d’être.

3) Le droit d’imaginer.

Le droit de rêver. Le droit de penser. Le droit de construire dans la tête. Le droit de vouloir dans la tête. C’est peut-être le plus important des trois.

Imaginer, essayer, échouer. Les trois sont liés.

En avant : Imaginer amène à essayer. Et ensuite, essayer amène à réussir — ou à échouer.

En arrière : La peur d’échouer conduit à la peur d’essayer. Mais derrière, la peur d’essayer conduit à la peur d’imaginer.

Et la peur d’imaginer est peut-être la pire de toutes les trois. C’est une asphyxie. L’extinction de l’imagination. Le silence. La réduction au silence. L’inhibition.

Mon ennemie, c’est l’inhibition. Ne pas essayer pour ne pas échouer. Ne pas rêver pour ne pas essayer.

Imagination is more important than knowledge.
L’imagination est plus importante que la connaissance. (attribué à Albert Einstein)

Quand pour toutes sortes de raisons vous ne vous accordez pas le droit d’échouer, graduellement vous allez vous refuser le droit d’essayer. Puis, quand vous aurez définitivement renoncé au droit d’essayer, graduellement vous allez vous refuser le droit d’imaginer.

De la même manière, quand vous constatez que dans un groupe, vous n’êtes jamais entendu, ce n’est jamais vous qui décidez, votre avis ne compte pas, alors graduellement vous allez cesser de vous exprimer. Puis, quand vous aurez définitivement cessé de vous exprimer, graduellement vous allez cesser de penser, de réfléchir, de vous intéresser à ce qui se passe.

On ne vous écoute pas parce que vous êtes divergent ou minoritaire, puis on ne vous écoutera pas parce que vous êtes silencieux, et enfin on ne vous écoutera plus parce que vous êtes absent. Même si vous êtes encore là, comme vous avez toujours été là.

D’inaudible, vous devenez silencieux. De silencieux, vous devenez muet.

De multicolore, vous devenez blanc. De blanc, vous devenez transparent.

Il faut casser cela.

Il faut garder ou retrouver le droit de rêver. Et la capacité à rêver. La capacité à affirmer ce qui n’est d’abord que dans la tête, mais qui a vocation à aller au-delà. Le droit d’imaginer, de se projeter, de fantasmer, de désirer, de vouloir. Le droit d’exister, en fait. Le droit d’être. Le droit d’assumer ses besoins, en un sens :

Si vous êtes dépressif et anxieux, vous n’êtes pas une machine avec des pièces défectueuses. Vous êtes un être humain avec des besoins insatisfaits.

Le droit de ne pas se contenter ce qu’on a. Le droit de ne pas juste se conformer, s’adapter, se plier et se taire.

Le droit de se faire des idées.

Même (apparemment) fausses. Même (apparemment) déraisonnables. Même vouées à (probablement) ne jamais être essayées. Même vouées à (probablement) finir en échec.

Même impossibles (probablement).

Même impossibles… pour ce que « impossible » veut dire.

Alain Bashung, sur l’album « L’Imprudence » :

On n’en fera qu’une bouchée
De l’impossible
Des pistes cendrées jusqu’à la corde
Et les ronces de piquer
Ce coin d’azur
Si bleu soit-il

Il faut se dire que la vie n’est pas finie. Il faut se dire que l’avenir n’est pas écrit. Il faut se dire que l’impossible c’est très relatif. Il faut se donner le droit d’échouer. Il faut aussi se donner le droit d’essayer. Il faut surtout se donner le droit d’imaginer.

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Les mêmes connaissances produisent les mêmes conclusions. Il faut changer les causes. Il faut diluer les connaissances dans l’imagination. Imagination is more important than knowledge. Il faut se donner le droit d’imaginer. Il faut se donner le droit de rêver. Il y a des alternatives. Une autre politique est possible. Un autre monde est possible. Une autre vie est possible. We shall overcome.

Feel the earth move and then
Hear my heart burst again

J’ai peur que tout ça ne retombe comme un soufflé. Si ça retombe, il faudra juste se relever. Le droit de retomber, c’est juste le droit d’échouer. Tomber sept fois, se relever huit, cela a déjà été dit au moins neuf milliards de fois. J’ai le droit d’échouer. J’ai aussi le droit d’essayer. J’ai surtout le droit d’imaginer.

J’ai peut-être même le droit d’être heureux.

Le bonheur est une idée neuve en Europe.

Il n’est pas trop tard.

Bonne nuit.

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9 commentaires pour Le droit de rêver

  1. Laurence dit :

    On thé road again.

  2. Jules Walser dit :

    « Impossible est temporaire » disait je crois M. Ali
    D’autre part le « futur n’existe pas ». C’est l’un de mes mantras.
    Donc oui, imagine, fait ce que tu désires, peu importe si cela paraît hors de propos, hors de la vie « normale ».
    Un autre mantra que je me répète (c’est même le nom de domaine de mon tumblr) : « Its ok. I don’t care ».
    Bon après, ce ne sont que des aspirations. Mais je me dis qu’en me harcelant avec chaque jour, j’arriverai aussi peut-être à une forme de paix.

  3. Ton billet est un rayon de soleil, à lire et relire les jours de doute !

  4. Maud dit :

    Mais comment je n’ai pas vu ce billet????? Mais qu’il est beau ce billet….. J’adore alors je veux que tu continues, je veux plein de billets comme ça… Allez viens avec moi, on continue le positif. (tu vois nous sommes dans le même mouvement)…. je t’embrasse fort

  5. Maud dit :

    Et là aussi tu mets j’ai ressenti…. Tu vois tu ressens .

  6. Ping : 10 choses aimées sur internet #1 – Phénomène de Maud

  7. Maud dit :

    En fait tu avais déjà échoué avant de vraiment rêver….. Tu es parti perdant regarde tes écrits….. Même vouées à l’échec. Rien n’est perdu, la vie est là maintenant …… La vie est celle que tu veux, la vie est belle ne rêve plus mais vis ta vie , vis la vie que tu veux, réalise tes rêves, tes fantasmes… Tu as le droit de rêver mais lève toi avance pour réaliser tes rêves. Il y a toujours une personne avec toi pour rêver avec toi à une belle vie, elle n’est jamais bien loin me semble-t-il…. Et cette personne je pense qu’elle veut autant vivre plein de rêves que toi et sûrement avec toi.

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