Trailer for The Dark Forest

J’ai lu ces dernières années. Moins que je ne l’aurais voulu, mais j’ai lu. Je lis moins à cause de mon engin du diable, plus communément appelé smartphone, comme beaucoup d’autres et des plus illustres :

Je lisais jusqu’à il y a peu, c’est-à-dire jusqu’à l’entrée par effraction du smartphone, qui a provoqué chez moi une phase d’addiction et d’abaissement du niveau de l’attention. Je suis en phase de reconstruction.

Dans ce que j’ai lu ces dernières années, c’est probablement la trilogie « Remembrance of Earth’s Past » de Cixin Liu qui m’a le plus fasciné. Je l’ai déjà évoquée ici. Notamment les deux premiers volumes, « The Three-Body Problem » et « The Dark Forest ». Et notamment l’avant-dernier chapitre de « The Dark Forest » — de même que de la trilogie « Foundation » d’Isaac Asimov, c’est l’avant-dernier chapitre de « Second Foundation » qui m’avait le plus marqué.

Ma démarche est probablement absurde : je pense qu’une scène de cet avant-dernier chapitre devrait servir de bande-annonce, si cette œuvre est un jour adaptée au cinéma. Depuis des mois, j’imagine souvent quelle formidable bande-annonce cela ferait. Ne lisez pas plus loin si vous craignez d’être « spoilé », comme on dit maintenant — même si je ne vais pas révéler grand chose, beaucoup moins que la page Wikipédia.

Encore plus absurde : je sais quelle musique je mettrai sur cette bande annonce. Équinoxe 7, version Concerts en Chine octobre 1981. Les indications de temps ci-dessous font référence à la version de ce vidéo-clip trouvée sur YouTube — des images de Chine, évidemment ; mais j’ai découvert ce vidéo-clip après avoir lu ce livre. Une dernière fois, je sais que tout ça est absurde.

Je l’écris un peu pour m’en libérer.

0m45s.

Plans aériens. Le soleil se lève sur un paysage de collines. Rien n’indique qu’on est en Chine. Brumes matinales. Impressions d’humidité. La caméra descend vers une sorte de cimetière au sommet d’une colline.

Allongé sur le sol, un homme se réveille. C’est un Chinois. Il semble avoir dormi par terre, entre les flaques d’eau. Il est sale, il est en sueur, il a de la fièvre, ses vêtements sont couverts de boue, ses traits sont tirés, il a l’air malade. Il se relève péniblement, en s’appuyant sur une pierre tombale. À côté de lui, il y a un trou dans la boue, et une pelle sale, qui suggère qu’il a lui-même creusé ce tombeau la veille.

L’homme regarde autour de lui. Une fourmi solitaire se promène sur la pierre tombale. Il la fixe, murmure quelque chose. Puis il se redresse. Il se tourne vers le soleil. De la poche de son blouson, il sort un vieux revolver.

Plan aérien à nouveau. Il est seul au milieu de nulle part. Il est seul face au soleil levant.

1m25s.

Gros plan. Le moment est venu. Il commence à parler, tout doucement, posément, en chinois évidemment. Seul face au soleil, tenant son revolver. He knew that the time had come. Then, facing the dawn in the east, he began a final showdown…

Il dit juste une phrase. On peut imaginer un sous-titre : « Je parle à Trisolaris. »

Une pause. Ses lèvres s’ouvrent à nouveau, mais l’image disparait, et le son s’affaiblit. Pas de sous-titre.

1m35s.

Fondu au noir. L’obscurité du cosmos. Des milliers de vaisseaux spatiaux s’avançant en bon ordre. Une succession rapide de séquences violentes. Une épouvantable bataille spatiale. Des vaisseaux spatiaux déchiquetés, des traits lumineux, des explosions. Pas de sons. Juste le fond musical, ou alors le silence, mais de sons.

I’ve seen things you people wouldn’t believe. Attack ships on fire off the shoulder of Orion. I watched C-beams glitter in the dark near the Tannhäuser Gate.

Des visages d’officiers en panique dans leurs postes de commandement. Des cris, des débris, des cadavres. Pas de sons. Dans l’espace personne ne vous entend crier. La mort. La destruction. La défaite.

2m10s.

Fondu au blanc. Retour sur la colline. L’homme seul continue à parler, revolver en main, toujours l’air malade, toujours le ton calme. Les sous-titres reviennent : « Le silence est la forme ultime du mépris, et nous avons enduré votre mépris depuis deux siècles. Je vous donne trente secondes. »

L’homme se tait.

Il ne se passe rien.

L’homme cligne des yeux. Ses lèvres bougent faiblement, comme s’il comptait les secondes.

La caméra tourne autour de l’homme, jusqu’à le montrer de dos, face au soleil.

Et soudain le ciel s’ouvre devant l’homme, dans un grand déchirement multicolore.

2m27s.

Fondu au noir. Titre, annonce. « The Dark Forest ». « Coming soon ».

Bonne nuit.

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