Pourquoi tant d’hommes d’âge moyen se sentent tellement perdus ?

Ceci est une traduction en français d’un article intitulé « Why do so many middle-aged men feel so lost? » , publié dans The Daily Telegraph en date du vendredi 27 février 2015.

Je ne sais rien de l’auteur, une femme nommée Lucy Cavendish.

J’avais lu ce texte peu de temps après sa publication, pendant l’hiver 2015, il y a donc trois ans, pendant l’apogée d’une période où je me sentais bouffé par la vie. Il est resté dans un coin de ma tête, et parmi mes marque-pages. Curieusement, il n’est pas remonté à la surface pendant ma période de chômage, autour de l’hiver 2017 ; il est revenu plus récemment, en cet hiver 2018.

Après relecture, il n’est peut-être pas d’un très grand intérêt, mais j’ai quand même entrepris de le traduire, à la suite de quelques autres (ici et ) en cet hiver 2018. Ça a traîné, mais j’en suis venu à bout. Le voici donc. Je m’y reconnais partiellement — pas complètement, mais partiellement.

Les traductions n’engagent que moi. « Boot camp » devient « camp d’entrainement » , « mid-life crisis » devient « crise de la quarantaine » ; « middle-aged men » devient « hommes d’âge moyen ». « Baby-boomers » et « digital natives », j’ai laissé, c’est pas mon sujet, ça m’arrive d’être feignant. Je n’ai rien d’autre à ajouter ce soir.

Je suis assis au bord de la piscine de l’hôtel Canyon Ranch à Tucson, Arizona. Sauf que ce n’est pas vraiment un hôtel, c’est un centre de fitness, de bien-être, d’amélioration de la vie, où des gens très stressés viennent se désintoxiquer, et, comme je le découvre, « se trouver » eux-mêmes. Mais cet hôtel ne déborde pas de femmes dévorées par le stress, usées, amaigries et ravagées par leurs maternités, leurs mariages et leurs responsabilités professionnelles. Non. Les classes ici sont pleines d’hommes — des hommes avec de bons gros problèmes d’identité.

Voici Lee, 45 ans, qui vient juste de divorcer, et qui a, en à peine un mois, couché avec 15 femmes. « Je ne me vois pas comme ce type d’homme », dit-il, « mais je me sens tellement seul et je ne sais pas quoi faire de ma vie. » Voici Ryan, 53 ans, qui n’a jamais été marié et qui se demande pourquoi il ne l’a pas été. Et voici Steve, 49 ans, agent de voyages, marié pendant longtemps, et frappé par une crise de la quarantaine. Il dit qu’il ne veut pas vraiment acheter une Harley-Davidson et remonter la Route 66. « Est-ce que j’ai tort ? » demande-t-il. « Je ne sais juste plus ce que je veux dans ma vie. »

Ces hommes font tous partie de la « génération sandwich » : ils sont entre les « baby-boomers » et les « digital natives ». Et ils forment un groupe qui, selon des statistiques récentes, s’est perdu. Le « Rapport statistique des Samaritains sur le Suicide » de 2014 montre que les hommes entre 40 et 44 ans sont le groupe démographique avec le taux de suicide le plus élevé, presque quatre fois plus élevé que celui pour les femmes du même âge ; pour ceux entre 45 et 54 ans, le taux pour les hommes est environ trois fois plus élevé que celui pour les femmes. De nouvelles données du Bureau National des Statistiques confirme ces découvertes. Et même si ces statistiques ne sont pas toujours claires (il pourrait y avoir une sous-estimation des suicides de femmes), les choses ne s’améliorent pas : alors que le taux de suicide des hommes avait diminué pendant la plus grande partie de la décennie précédente, depuis 2012 il est reparti à la hausse.

Dans le rapport des Samaritains, le Professeur Rory O’Connor, qui était alors le directeur du groupe de recherches sur le suicide à la Stirling University, indiquait que l’attention s’était déplacée dans les dernières décennies, considérant désormais les hommes d’âge moyen plus à risque que les hommes jeunes.

« Les hommes qui sont maintenant d’âge moyen sont coincés entre leurs pères traditionnels, silencieux, forts et austères, qui allaient travailler pour nourrir leurs familles ; et la génération de leurs fils, plus progressiste, plus ouverte et plus individualiste. Ils ne savent pas lequel de ces très différents modes de vie, laquelle de ces cultures masculines, ils doivent suivre. »

La pression de se montrer à la hauteur de ce que le rapport décrit comme « l’étalon-or masculin qui glorifie le pouvoir, le contrôle et l’invincibilité » peut conduire à transformer des problèmes personnels, comme la perte de son emploi, en de graves crises, alors que c’est moins le cas pour une femme. La notion de souffrir d’une « défaite en tant qu’homme » peut être plus vive à l’âge moyen, alors que les responsabilités sont plus grandes.

Le résultat ? Les hommes de cette génération sont en crise. On se concentre souvent sur les garçons adolescents et leurs problèmes, qui vont de la dépression à la délinquance, ou sur les femmes et leur rôle dans la société, qu’elles soient jeunes et célibataires, ou mères avec un emploi, ou mères au foyer. Mais nous regardons rarement le rôle des hommes, notamment les hommes d’âge moyen — et le problème ne concerne pas seulement ceux qui ont souffert de séismes visibles dans leurs vies, comme un divorce ou un licenciement.

Comme dit mon ami Tom, un conseiller : « Là où les femmes vont de l’avant et se prennent en charge, en général les hommes ne le font pas. Ils aiment que les choses restent comme elles sont. Ils n’aiment pas le changement. Ils apprécient le soutien des femmes, vraiment, ce qui les rend fainéants, que ce soit émotionnellement, spirituellement ou physiquement. Certains sont même fainéants sur ces trois plans à la fois, et cette fainéantise est très répandue chez les hommes de la génération sandwich. Et cela les laisse souvent perdus, seuls, et dérivant vers un avenir incertain alors qu’ils sont à un âge où tout devrait être posé. »

À l’évidence, tous les hommes ne sont pas comme ça, mais il semble qu’il y a une prépondérance d’hommes de plus de 45 ans qui sentent qu’ils sont bons pour la casse. Considérez cette anecdote comme un exemple : il y a quelques semaines, j’étais au 50ème anniversaire d’un ami. L’ambiance était bonne, mais la plupart des hommes auxquels j’ai parlé était dans une forme de débâcle. L’un d’entre eux — jamais marié, pas d’enfants — n’a pas eu d’emploi depuis cinq ans, et travaille comme soignant bénévole. Il m’a semble que, pour un homme de 52 ans, c’est une situation bizarre, pas de femme, pas d’enfants, pas d’argent, ni même une maison à lui. Je lui ai demandé s’il était content de cela. Il a vivement secoué la tête.

« Pas du tout », a-t-il dit. Il m’a alors explique que « ça » ne lui était juste pas arrivé. Des copines sont venues et parties. Il avait trouvé difficile de s’engager — et pas seulement, contrairement à un cliché, dans des relations personnelles. Il était allé d’un emploi à un autre, ne trouvant jamais la « chose » qu’il voulait faire. Il avait travaillé dans une banque, sans jamais y trouver sa place. Alors il avait quitté cet emploi, et avait suivi une formation de jardinier décorateur, et ça ne lui avait pas convenu non plus, même s’il aimait le temps passé au grand air. C’est devenu une habitude, une vie sans cesse en mouvement apparemment sans but.

« Je me sens tellement perdu », a-t-il dit, « et il est trop tard pour changer les choses. Je suis en trop par-rapport aux exigences de la société, comme ces cerfs solitaires qui n’ont aucune fonction dans le groupe, et qui sont obligés de quitter le troupeau pour cette raison. »

Après lui, j’ai rencontré d’autres hommes, tous plus ou moins semblable. Les divorcés semblaient tous malheureux, la plupart d’entre eux déplorant le terrible effondrement que leurs vies avaient encaissé — plus de maison (prise par l’ex), plus d’enfants (pris par l’ex), pas d’avenir (à quoi bon ?).

Un de mes amis, Henry, 50 ans, qui a divorcé il y a sept ans, se considère comme faisant partie d’un groupe qu’il appelle les « hommes au rabais, en solde, bons pour le pilon ». « C’est le sentiment que nous avons été les complices du processus qui a fait de nous des surnuméraires inutiles », explique-t-il. « Nous avons épousé des femmes énergiques qui ont pris en charge tous les aspects de la vie. Elles ont géré le ménage, les enfants, la vie sociale. Pendant un temps, ça semblait une bonne affaire, mais à la fin l’horrible logique de ce processus nous a conduit à n’avoir absolument plus aucun rôle, et plus guère de confiance en nous-mêmes pour en trouver un autre dans le cadre existant. »

« Nous sommes coincés entre l’ancien modèle où l’homme était le seul soutien de famille, et le nouveau modèle où l’homme est co-nourricier et co-lave-vaisselle, et la vérité c’est que nous n’avons jamais vraiment maîtrisé aucun de ces rôles — ni l’ancien, ni le nouveau — et cela a mené à un profond sentiment de crise chez les hommes. Tant que nous n’arrivez pas vraiment à comprendre et prendre du recul sur ce qui s’est passé, vous ne pouvez pas aller de l’avant. »

« La première réaction à un divorce est de plonger dans un océan de désespoir, puis vous redevenez un adolescent — c’est le faux paradis d’innombrables rencontres avec de nouvelles femmes. Les hommes sont perdus depuis qu’ils ne vont plus chasser, tuer la nourriture et subvenir aux besoins de leur famille. J’ai l’impression que les hommes de ma génération vivent dans un lieu que j’appelle inutilité stérile. Nous réagissons plus que nous n’agissons. La plupart d’entre nous ont perdu la confiance en soi, et même le respect de soi, et ils sont devenus isolés et introvertis.

Il est certainement vrai que l’évolution de l’économie ces dernières décennies, avec le déclin de l’industrie, a supprimé une source de fierté, d’identité et de camaraderie masculines. Et des études psychologiques (typiquement une enquête réalisée en 2013 et portant sur 10.000 personnes, publiée dans le journal Economica, qui examinait comment nous nous adaptons à des circonstances nouvelles) ont montré que les femmes sont plus aptes à s’adapter dans la foulée d’un changement de vie majeur. Lors d’un divorce, par exemple, les femmes émergent en général plus heureuses bien qu’elles subissent en général une plus grande perte financière ; l’enquête d’Economica a montré que les hommes sont particulièrement touchés par un passage au chômage, un effet qui peut persister jusqu’à cinq années.

Sebastian Morley, un ancien commandant des commandos d’élite SAS ayant effectué des rotations en Irlande du Nord, en Irak et en Afghanistan, confirme que les hommes sont perdus. « Je les trouve difficile à gérer, » dit-il. « Ils sont soit super-compétitifs, soit massivement défaitistes. »

Il donne des cours pour femmes à « The Camp », un camp d’entrainement à la perte de poids et remise en forme en Écosse. « Je trouve que les femmes sont motivées, enthousiastes, faciles à gérer et naturellement empathiques les unes envers les autres. » dit Morley. « Il y a un esprit qui existe entre les femmes, et qui apparaît vraiment quand elles sont en difficulté. Elles s’entraident et elles sont plus volontaires et plus capables de parler de leurs espoirs et de leurs peurs. C’est pour cela que les femmes peuvent transformer leurs vies — elles ont cette capacité d’adaptation à faire ce qui est le meilleur pour elles et pour leurs familles. »

Il a sérieusement étudié la possibilité d’organiser un cours similaire pour des hommes, mais a décidé de ne pas le faire. « J’ai vu comme les hommes réagissent les uns avec les autres. Ils ne savent pas s’entraider. Ils peuvent être très agressifs juste pour écraser les autres. Cela rend impossible de travailler avec eux. »

J’ai passé une semaine avec Morley et son bras droit, Dale House, un ancien soldat du corps des Marines, qui est jeune, en grande forme et charmant. Pour House, un homme marié et un beau-père, la vie est assez simple : être un homme signifie travailler et contribuer aux besoins du ménage, tout en étant en support de sa partenaire. D’un côté il est un « vrai mec » (il défend les limites, il gagne de l’argent) ; d’un autre côté il est délicat et sensible. Sa femme travaille, et il est solidaire d’elle et de leur fille.

« Je me vois comme un homme traditionnel, vraiment, » dit-il. « Je suis concentré sur ce que je veux. Je définis les règles, mais ce sont des règles réfléchies. J’aime et je soutiens ma partenaire et sa fille, que je considère comme la mienne, et je pense que notre famille fonctionne très bien pour cette raison. Je suis très clair dans mes attentes mais je suis très chaleureux. »

Mais est-ce si simple que cela ? La jeune génération semble être devenue plus métrosexuelle. Ils font la cuisine, ils font le ménage, et ils s’occupent des enfants. Ils utilisent beaucoup de produits cosmétiques, ils s’épilent à la cire, et ils sont bien plus « féminisés » que les hommes de plus de 40 ans que j’ai rencontrés. Depuis 2013, les ventes de produits cosmétiques pour hommes ont dépassé les ventes de produits de rasage.

Alors est-ce que les hommes d’âge moyen que je rencontre font partie d’une génération perdue ? Trop vieux pour se faire manucurer et trop jeunes pour être le soutien de famille, le Vrai Mec imposant sa loi à sa femme qui reste à la maison, et qui lui sert un apéritif quand il rentre du travail ?

Terry Real, psychologue et auteur de « Comment puis-je me faire entendre de vous ? Reconnecter Hommes et Femmes », pense que l’heure est venue pour les hommes de réviser leurs ambitions. Le code masculin de notre culture, dit-il, implique que « les hommes n’ont pas besoin de relations interpersonnelles, les hommes n’ont pas besoin d’être connectés, les hommes n’ont pas de besoin de chaleur humaine ».

La réponse, dit Real, est de comprendre et ensuite de rejeter cette partie ancienne et périmée du code masculin, qui donnait l’impression d’avoir des droits, qui donnait l’idée que les hommes peuvent « rentrer chez eux, se mettre à l’aise, s’ouvrir une bière, roter et être aimés. Ça ne marche plus. »

Ainsi pour Henry, il y a de l’espoir. Il a récemment trouvé un emploi, rencontré une nouvelle partenaire et a repris son autonomie. « C’est un début, » dit-il. « Il faut bien commencer quelque part, n’est-ce pas ? Même quand vous avez 50 ans.

Bonne nuit.

Note: I’m no lawyer, hence I have no idea whether publishing a translation of this article on my blog would infringe any sort of copyright. If you are the owner of any right on this work, please contact me (drop a comment on this post, or talk to me on Twitter) and we’ll find a way forward.

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16 commentaires pour Pourquoi tant d’hommes d’âge moyen se sentent tellement perdus ?

  1. Dina D. dit :

    Wow merci. Ça m’éclaircit le comportement « olé olé » de mon ex-mari âgé de 44 ans! Superbe analyse.

  2. Dina D. dit :

    Merci pour la traduction

  3. Maud dit :

    Car les hommes sont joueurs, manipulateurs, menteurs et j’en passe….. Et en plus ils ne savent jamais ce qu’ils veulent …

  4. Le Monolecte dit :

    Cela me rappelle un papier que j’avais écrit il y a quelques années sur le même sujet, mais du point de vue opposé : https://blog.monolecte.fr/2012/05/20/tout-le-monde-na-pas-la-chance-davoir-une-compagne-feministe/

    • Très joli texte, très enlevé, très politique, j’aime beaucoup. Je suppose que le titre est une allusion à ce film que je n’ai pas vu : « Tout le monde n’a pas la chance d’avoir des parents communistes » ?

  5. Je vais rajouter une précision, notamment après avoir un commentaire un peu raide sur seenthis (merci pour le partage, Agnès).
    L’individu qui a traduit ce texte en français est un « homme d’âge moyen », marié avec des enfants.
    Il ne rentre ni dans « l’ancien modèle où l’homme était le seul soutien de famille », ni dans « le nouveau modèle où l’homme est co-nourricier et co-lave-vaisselle ».
    Il rentre dans une catégorie probablement assez rare où l’homme a été amené à assumer le gros de la « charge mentale », de la « logistique du ménage » et autres fardeaux jadis traditionnellement implicitement dévolus aux femmes. Le gros, pour ne pas dire plus.
    Il a cru à l’égalité, il se définissait même volontiers comme féministe. L’idée même de, disons, « la mère au foyer », l’irrite.
    Il a cru bien faire. Entre autres, il a voulu aider sa femme à développer sa brillante carrière professionnelle, et à saisir de belles opportunités, comme on dit maintenant. Il a fait abstraction de lui-même. Il a beaucoup sacrifié aux unes et aux autres. Il a été là. Il a fait ce qu’il y avait à faire.
    Et, arrivé à l’âge moyen, fatigué, il vit sa petite crise d’identité masculine d’une manière forcément un peu singulière, même si ce texte et ses catégories l’ont frappé.
    Pour plus sur le sujet, lire https://prototypekblog.wordpress.com/2015/04/17/exercice-de-genre/ , ah oui, trois ans exactement…

  6. SK dit :

    Je recommande vivement l’écoute du podcast consacré aux masculinités « Les Couilles sur la Table » de Victoire Tuaillon sur la Binge Audio !

  7. Carolline dit :

    Je suis une femme d’âge moyen qui fut la compagne d’un homme d’âge moyen, qui côtoie au bureau des hommes d’âge moyen, dont les maris ou compagnon des copines sont des hommes d’âge moyen. Je pense qu’effectivement nous sommes une génération de transition, plus en capacité d’entrer dans les pantoufles de la précédente et pas assez courageuse pour adopter celles de la suivante. Nous avons été élevés dans des dogmes qui s’effritent ou se sont effrités et c’est justement pour cela que nous ne savons pas quoi faire de nous aujourd’hui : l’échafaudage qui nous a élevé s’est effondré et nous n’avons pas les outils pour construire le nouveau, ou simplement pour y monter (puisque ce sont nos jeunes qui sont en train de le construire ; en tout cas j’espère pour eux ?).
    Mon homme d’âge moyen a fait le choix à 43 ans de quitter sa femme d’âge moyen (moi), préférant trouver ailleurs ce qu’il ne trouvait pas/plus avec moi. Personnellement, je n’ai jamais trouvé avec lui ce que j’attendais d’un compagnon ; il remplissait en fait juste une forme de contrat social (modèle sur lequel j’avais été élevée). Il n’est pas pourtant le plus incapable ni le plus égoïste, savait me faire jouir et cherchait à le faire, assumait un certain partage de tâches (mais loin encore d’un partage égalitaire, faut pas pousser). Il a sans doute eu la malchance de tomber sur moi, qui n’avais pas besoin du modèle ancien, et encore moins d’un 3ème enfant à materner. J’avais juste envie/besoin de quelqu’un qui me soutienne (pas matériellement, j’avais et j’ai toujours ce qu’il faut, sans lui), qui m’encourage, qui construise avec moi, qui m’incite à l’audace, qui m’aide à me remettre en question… Il était incapable de tout cela, sans doute perdu dans ses propres modèles, en transition. Je ne sais pas s’il s’est trouvé ; je le lui souhaite (son 2ème couple s’est évaporé en chemin). Pour ma part, son départ fut une délivrance même si je lui en voudrais toujours, quelque part, du mal qu’il a fait à ses enfants (les nôtres) en partant poursuivre sa chimère. Moi j’ai passé les années suivantes à les rassurer, à les consolider comme j’ai pu (mon flis, 4 ans à son départ, a fait une grosse crise entre 8 et 10 ans, faute de se rappeler « avoir été une famille » -ses propres mots). Aujourd’hui, 8 ans après, je pense que nous sommes sur la bonne voie, notre famille a retrouvé son équilibre, sans le père (qui continue de les voir -WE et vacances partagées mais tant de choses qui n’ont pas et ne serons jamais partagées…).
    Je n’ai pas refait ma vie. J’ai eu des velléités mais je n’ai pas trop insisté. Parce que, de tous les hommes moyens de mon entourage, aucun ne me faisait envie. Parce que j’avais envie d’un « pas moyen » alors que 1) ça n’existe pas, 2) je suis moi-même moyenne, donc prétendre à autre chose sans se remettre soi-même en question, c’est un peu culotté ;-).
    3) Parce que je savoure tellement ma liberté que je n’ai pas envie aujourd’hui de me forcer à la tuer. Je vis assez de contraintes au travail, le masque permanent qu’il faut enfiler et qui, comme vous dites, masque le « il ne faut pas que ça se voit » (que ce soit un fond dépressif ou le sentiment permanent d’être en décalage ou …) que je n’ai pas envie d’avoir encore à me forcer en rentrant à la maison. J’imagine qu’autour de moi, on me perçoit avec un peu de commisération (la pauvre, elle est/va finir seule), qu’on imagine ma situation comme subie, alors que c’est tout l’inverse, je me sens incroyablement libre, je fais ce que je veux, comme je veux, quand je veux ; je n’ai plus à obéir à tout un tas de dogmes de la petite femme parfaite ; je ne suis pas seule car je construit une magnifique relation avec mes enfants et je suis sûre que, même quand ils voleront de leurs propres ailes, quand ils iront construire leur vie ailleurs, je garderai une place bien au chaud dans leur coeur et eux dans le mien qui se traduira toujours par des contacts, des calins et des échanges privilégiés. Je ne suis pas seule parce que ma mère -aujourd’hui décédée- m’a donné tellement d’amour pendant 48 ans que j’en ai emmagasiné assez pour le transmettre et faire sans celui des autres, notamment celui d’un homme. En fait, je me rends compte que peut-être la faille est là dans ma relation aux hommes : ils ne pourront jamais me donner un amour d’aussi belle qualité que celui de ma mère, ils seront donc toujours insuffisants… (en tout cas, pour ces hommes moyens qui m’entourent et qui attendent encore de leur partenaire une sorte de maman -oui eux aussi !- que je n’ai pas envie d’être pour eux).
    Tout ça pour dire que je comprend le sentiment de perte de ces hommes moyens, pas préparés à affronter autre chose que le modèle, devenu obsolète, des générations passées. Pour ma part, je suis née trop tôt (mais sans doute de bien plus qu’1 ou 2 génération, au rythme où bougent les choses dans la dynamique homme-femme) mais je savoure quand même l’incroyable opportunité que j’ai de vivre ma liberté en France en 2020, de défendre mes causes et d’agir selon mon égoïsme une fois que j’ai répondu aux besoins de mon employeur et de mes enfants. Fut-ce « seule ». Une vie d’homme, quoi !

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