The endless river

Il fait encore beau. Il a encore fait très beau ce dimanche 14 octobre 2018 sur l’Île-de-France. Cela fait des semaines qu’il fait beau, qu’il ne pleut presque jamais.

L’été se prolonge. On se dit que ça ne peut pas durer, que la saison moche va arriver, mais ça dure. Un été indien, disent certains. Un été sans fin, ai-je pensé souvent. « The endless summer », voulais-je intituler ce billet. Cette expression « The endless summer » me trotte dans la tête depuis des semaines.

Elegance and decadence
Europe endless

Il fait encore beau. Alors je marche. Je marche tous les jours plus d’une heure, sans exception depuis la fin du mois d’août. En général, c’est le soir. J’arrive toujours à trouver au moins une heure pour marcher. Peu importe où mes pas me mènent. Je l’ai déjà écrit en août : je marche seul.

Je marche, alors j’écris moins, voire je n’écris plus sur ce blog. Le temps, c’est ce qui manque le plus. Mais ne vous inquiétez pas. Ça reviendra. À la faveur de la saison moche, ce blog reprendra un peu d’activité. Je recommencerai à écrire à ici ce qui est dans ma tête et qui ne sert à rien, ce qui n’intéresse personne, ce dont ils se fichent, ce dont ils se moquent. Je voudrais écrire, par exemple, sur le piège de Thucydide, sur Michel Foucault, sur le capitalocène, sur le managérialisme, j’en passe et des pires, j’essaierai, j’y arriverai peut-être. Il faudra juste peut-être un peu de pluie.

Mais la saison moche se fait attendre.

Les jours raccourcissent. Les arbres s’illuminent de leurs couleurs d’automne. Mais le froid ne vient pas, ni la pluie, ni la brume, ni le reste.

Alors je marche. Dans les dédales de ma banlieue. Le long du fleuve, quand il ne fait pas encore nuit. Le long de voies ferrées, quand il fait nuit. Et avec ces heures de marche, la sensation merveilleuse de reprendre pied, pas après pas, soir après soir, gramme après gramme. Remonter les rivièresTenir debout.

Tant que le temps le permet.

Steps taken forwards but sleepwalking back again
Dragged by the force of some inner tide

Je ne veux pas que ça s’arrête. Je ne veux pas que cette sensation s’arrête. Je ne veux pas que le beau temps s’arrête. I don’t want this endless summer to end. Je ne veux pas que cet été se termine.

Je ne veux pas retomber. Toutes les saisons d’automne depuis des années se sont transformées pour moi en descente aux enfers — et ce blog malheureusement en témoigne. Contre toute attente, j’ai presque repris pied cet été. J’ai repris des couleurs. J’ai repris un peu de dignité. Je veux continuer. Je ne veux pas retomber.

En marchant le long du fleuve en ce dimanche après-midi ensoleillé, j’ai écouté plusieurs fois ce morceau de Pink Floyd daté de 1994, rattaché pour moi à l’été 1995, il y a une éternité : « High Hopes » . J’adore toujours autant ce morceau, plus de vingt ans après. Les mots « The endless river » viennent de là.

The grass was greener
The light was brighter
The taste was sweeter
The nights of wonder
With friends surrounded
The dawn mist glowing
The water flowing
The endless river

Forever and ever

C’est un de ces morceaux interminables comme je les affectionne. Un morceau ouvert à plusieurs interprétations. Un morceau qui n’en finit pas, et je ne veux pas entendre finir. Un morceau écrasant de nostalgie.

Pourquoi suis-je nostalgique d’une enfance truquée ? Pourquoi suis-je nostalgique d’une jeunesse ratée ? Qu’est-ce que je regrette ? De quoi ai-je peur ? Après quoi je cours ? Vers quoi je marche ?

Je n’en sais rien.

Ce que je sais, c’est que je ne veux pas retomber. Plus jamais.

Je veux vivre.

Bonne nuit.

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5 commentaires pour The endless river

  1. un ami m a donné sa devise celle des parachutistes
    qui ose vaincra mais est ce bien a propos
    bonsoir

  2. Le Monolecte dit :

    En fait, tu viens de découvrir que tu es une créature tropicale…

  3. Yano dit :

    Si vous aimez marchez, faites de la photographie, c’est reposant, immersif, et pendant ce temps l’ego se met en sommeil et on ne pense plus à ses problèmes…

  4. Jules Walser dit :

    « Summer’s almost gone
    Summer’s almost gone
    We had some good times
    But they’re gone
    The winter’s comin’ on
    Summer’s almost gone »
    The Doors — Summer’s almost gone (1968)

    Je te mail plus tard, je tarde aussi…

  5. je déteste cet automne qui finit bien par arriver tout doucement. Le blues est plus présent aussi, la solitude se fait plus ressentir…… Je t’embrasse fort ❤

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