Le capitalocène, pour comprendre la crise climatique au-delà de l’anthropocène béat

Anthropocène

Le concept d’anthropocène commence à être connu. Google renvoie aujourd’hui (fin novembre 2018) « environ 530 000 résultats ». Il a sa page Wikipédia, selon laquelle il aurait été introduit dès 1995. Je ne saurais dire depuis quand je le connais — probablement depuis le début de cette décennie.

L’Anthropocène serait la période durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau qu’elle est devenue une « force géologique » majeure capable de marquer la lithosphère.

Le concept d’anthropocène part et parle de l’être humain en général. Il va bien avec l’ambiance générale de l’écologie « grand public », gentiment consumériste, et subtilement culpabilisante, qui s’est emparée de l’air du temps depuis plus d’une décennie. Il va bien avec cette écologie « light », que distille typiquement le gouvernement français actuel : tous les individus en général sont également responsables, chacun doit faire un effort — mais surtout n’imaginons rien de contraignant pour les entreprises, on ne résoudra rien sans la finance, etc.

Une écologie des bons sentiments, des « marches pour le climat », des « petits gestes pour la planète », tous « éco-responsables ». Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil !

Tout le monde est responsable du changement climatique, donc personne n’est responsable. Et surtout, surtout, ne changeons rien à nos systèmes politiques, économiques et sociaux. Touche pas au grisbi, salope !

Le concept d’anthropocène me parait évidemment pertinent. Il me parait difficile de nier que l’humanité, telle qu’elle est aujourd’hui, telle qu’elle est depuis plusieurs décennies, sinon depuis plusieurs siècles, a des impacts très significatifs, potentiellement fatals, sur le « système Terre ». Les émissions de gaz à effet de serre, et tout particulièrement de dioxyde de carbone, sont les impacts les plus visibles. Il y en a d’autres. Le changement climatique d’origine humaine a déjà commencé. On ne peut l’ignorer.

Mais il ne faut pas s’arrêter à ce constat.

Capitalocène

Le concept de capitalocène est, lui, quasiment inconnu. Google renvoie « environ 10 900 résultats ». Il n’a pas de page Wikipédia. Il est probablement assez récent. Je n’ai découvert son existence qu’en 2015, avant ou pendant le crépusculaire hiver 2015 — voir le billet  « We live in Utopia, it’s just not ours » (« Nous vivons dans une Utopie, mais ce n’est pas la nôtre. ») (billet très bâclé, puisse celui-ci compenser).

Si je devais proposer une définition, je dirai que, comme l’anthropocène, le capitalocène affirme que le système Terre est passé dans une nouvelle ère « géologique » . Mais ce n’est pas sous l’effet de l’humanité en général ; c’est sous l’effet très particulier de la dynamique du capitalisme, c’est-à-dire d’un système économique, politique et social, bien spécifique, historiquement récent, voué en priorité à l’accumulation sans entraves du capital financier.

Le concept de capitalocène permet de déchirer le rideau de fumée lénifiant qu’est devenu le concept d’anthropocène.

Le but de ce billet est de partager quelques éléments pour apprécier le concept de capitalocène, complément indispensable du concept d’anthropocène, et ouvrir quelques pistes intéressantes à un éventuel lecteur.

Inégalités

Le concept d’anthropocène plait aux défenseurs du système contemporain, comme tous les concepts qui permettent d’occulter une des réalités les plus caractéristiques de ce système : l’inégalité.

Nous sommes dans une époque d’inégalité extrême, de démesure, d’indécence. Revenus, patrimoine, mode de vie, et aussi émission de dioxyde de carbone.

À très petite échelle, on peut citer les données simples présentées par l’ « éco-calculateur » de la Direction Générale de l’Aviation Civile (et rappeler que le kérosène, contrairement aux carburants pour véhicules automobiles, n’est pas taxé) :

Une tonne de CO2e, c’est :
– 1 aller-retour Paris/New-York en avion pour une personne (environ 12 000 km)
– 6 allers-retours Paris/Marseille en avion pour une personne

Une tonne de CO2e représente :
– les émissions annuelles moyennes d’un Français pour le chauffage de son domicile
– les émissions d’une voiture moyenne en France pour effectuer 5 000 Km (soit 198g CO2e/km)

À grande échelle, il faut revenir à l’étude publiée par l’ONG Oxfam à l’occasion du machin « COP 21 » à Paris en décembre 2015, intitulée « Extreme carbon inequality » . Je traduis humblement le résumé :

La moitié de la population mondiale est responsable de 10% des émissions de gaz à effet de serre — mais elle vit pour la plupart dans des pays parmi les plus vulnérables au changement climatique. 10% de la population est responsable de 50% des émissions. Les émissions moyennes d’une personne parmi les 1% les plus riches représentent 175 fois les émissions d’une personne parmi les 10% les plus pauvres.

Le mode de vie des super-riches est tout simplement obscène, notamment par son empreinte environnementale, par le gaspillage de ressources qu’il implique, et, entre autres, par les émissions de gaz à effet de serre. C’est largement documenté, il parait que le livre d’Hervé Kempf « Comment les riches détruisent la planète » , publié en 2008, est incontournable.

Mais, en plus, « par-dessus le marché » comme on disait jadis, ce mode de vie est contagieux. Il fait des émules. Les riches rêvent de vivre comme des hyper-riches. Les classes moyennes supérieures rêvent de vivre comme les classes supérieures. Tout le monde est incité, par la propagande, par la manipulation des désirs et des frustrations, à toujours consommer plus, polluer plus, émettre plus de gaz à effet de serre. Toujours plus — toujours plus d’émissions !

L’inégalité économique est un poison contagieux. L’inégalité carbone aussi. C’est aussi un effet de la « dynamique » du capitalisme. C’est le capitalisme qui attise ces poisons dans les têtes. L’inégalité est un poison statique et dynamique. Le néolibéralisme, cette idéologique forgée à partir de 1937, hégémonique depuis 1989, est un cancer.

Mais le concept de capitalocène va bien au-delà du constat de l’inégalité carbone, stade suprême de l’inégalité économique.

Les choix du capital

Je n’ai pas lu le principal livre sur le capitalocène, « Anthropocene or capitalocene » , publié par Jason Moore en 2016. Ça viendra peut-être. J’en ai lu des extraits, et des compléments. C’est surtout en anglais. Je recommande notamment :

En français, même s’il ne parle pas toujours explicitement de « capitalocène », je auteur extrêmement intéressant est Christophe Bonneuil, qui a récemment donné une nouvelle interview à Bastamag, en date du 17 octobre 2018, intitulée « Seule une insurrection des sociétés civiles peut nous permettre d’éviter le pire » .

Ce que j’ai retenu de ces lectures, c’est qu’il est essentiel de revenir à la notion de base du capitalisme : l’accumulation.

Ne pas trop s’intéresser à des choses accaparées par le capitalisme, mais qui au fond lui sont périphériques, ou qui existaient bien avant lui et sans lui, telles que l’échange, la valeur, le marché. Il faut plus que jamais bien dissocier, comme le faisait par exemple Fernand Braudel dans le titre de son grand oeuvre : « Civilisation matérielle, économie et capitalisme ». Le capitalisme est arrivé bien après la civilisation matérielle, l’économie, l’échange, le marché. En un sens, c’est une dérive. C’est une aberration. Certains diraient, une métastase.

Se concentrer sur le cœur de la bête : L’accumulation du capital. L’accumulation du capital financier — c’est-à-dire fictif, symbolique, spéculatif. Le Moloch auquel il faut servir des profits, le Moloch pour lequel il faut accaparer la valeur ajoutée, le Moloch qui doit grossir, toujours grossir, croître, toujours croître.

L’accumulation à tout prix. À n’importe quel prix.

Peut-être n’ai-je vraiment compris l’ampleur, la monstruosité de tout ça que lorsque j’ai enfin visité Manhattan. Quand j’avais enfin vu avec mes yeux ce qui est depuis plus d’un siècle le cœur de la bête. Une ville magnifique, par ailleurs, extraordinaire. Démesure. Gigantisme. Une accumulation, par un asservissement du reste du monde.

Comme l’a écrit Jason Moore dans une interview datée de février 2011 :

Wall Street is a way of organizing Nature.
Wall Street est une manière d’organiser la nature.

Le capitalisme n’est pas un humanisme. Les choix qui sont faits dans les pays dits capitalistes depuis les débuts de la première révolution industrielle ne sont tout simplement pas des choix humanistes — et encore moins écologiques. Ça a l’air bête de le dire, tellement on y est habitués, notamment dans ma génération et dans les suivantes. Jusqu’à un certain point, on est habitués à ce que la seule logique « économique » dicte les choix des acteurs « économiques » . Seulement voilà, ces choix ont des impacts toujours plus colossaux, non seulement sur les sociétés humaines, mais aussi sur les écosystèmes.

Ainsi ont été systématiquement privilégiées des énergies fossiles, plutôt que des énergies renouvelables. Des énergies transportées, voire importées, plutôt que des énergies locales. Dès le XIXème siècle, le charbon plutôt que l’hydraulique. C’étaient des choix « rationnels » du point de vue de l’économie et de l’économie politique, mais pas plus. Cela permettait des concentrations de main-d’oeuvre. Cela créait des marchés, des opportunités, des profits privés. Cela permettait l’accumulation du capital financier. Et la logique n’a pas changé. On le constate tous les jours, notamment dans la France du petit président banquier, amie de la finance, finance « sans laquelle rien n’est possible ». Touche pas au grisbi, salope !

On pourrait — et c’est ce à quoi se sont attachés certains auteurs — reprendre toute l’histoire des révolutions industrielles, et pointer tous les choix qui ont été faits pour permettre l’accumulation du capital au détriment des écosystèmes. Si je ne trouvais pas insupportables les notions de « capital culturel », « capital humain » ou « capital naturel », je dirais : tous les choix qui ont été faits pour convertir un capital non-financier en capital financier. Toutes les bifurcations qui auraient été possibles si avaient été pris en compte des critères autre que la captation de valeur ajoutée, l’augmentation des taux de profit, et l’accumulation du capital.

Toute une histoire à écrire, jusqu’à l’invraisemblable mondialisation décomplexée qui a démarré dans le dernier quart du XXème siècle : les délocalisations industrielles et agricoles massives, l’explosion des transports, les quantités invraisemblables de marchandises qui parcourent plusieurs dizaines de milliers de kilomètres entre le producteur et le consommateur (pour économiser quelques centimes à l’unité, au prix de quelques grammes de carbone). Tout un inventaire de toutes sortes de phénomènes présentés comme évidents ou inéluctables, alors qu’ils sont juste la conséquence de la volonté d’accumulation de capital (rationalité capitaliste) — et que leurs conséquences sociales et leurs impacts sur la biosphère sont désastreux (irrationalité humaine et écologique).

L’humanité aurait pu faire autrement. Mais le capital non. La conséquence n’est donc pas juste anthropocène, elle est capitalocène. Wall Street est une manière d’organiser la nature.

Irrationalité de la rationalité capitaliste

Seules comptent la rémunération du capital financier et l’accumulation du capital financier. Qu’importent les « externalités », qu’importent les dégâts. On compte en dollars, pas en carbone.

Nous avons été persuadés par diverses propagandes que le capitalisme va de pair avec le progrès scientifique, avec l’innovation, avec la marche du monde, inéluctablement, mais c’est faux. Le capital va s’investir là où il pourra grossir. Il se moque des travailleurs. Il se moque des conséquences. Mais il se moque aussi de l’innovation. J’ai découvert récemment un très joli texte de David Graeber, daté du 8 janvier 2014, intitulé « Of Flying Cars and the Declining Rate of Profit » (« Sur les voitures volantes et la baisse du taux de profit ») et qui décrit merveilleusement cette illusion d’optique. J’ignore si ce texte a été traduit en français, je proposerai ici juste une traduction de sa conclusion :

Where will the breakthrough come? We can’t know. Maybe 3D printing will do what the robot factories were supposed to. Or maybe it will be something else. But it will happen. About one conclusion we can feel especially confident: it will not happen within the framework of contemporary corporate capitalism — or any form of capitalism. To begin setting up domes on Mars, let alone to develop the means to figure out if there are alien civilizations to contact, we’re going to have to figure out a different economic system. (…) we’re going to have to make sure that whatever replaces capitalism is based on a far more egalitarian distribution of wealth and power — one that no longer contains either the super-rich or the desperately poor willing to do their housework. Only then will technology begin to be marshaled toward human needs. And this is the best reason to break free of the dead hand of the hedge fund managers and the CEOs — to free our fantasies from the screens in which such men have imprisoned them, to let our imaginations once again become a material force in human history.

D’où viendra la rupture ? On ne peut pas savoir. Peut-être que l’impression 3D fera ce que les usines robotisées étaient supposées faire. Ou peut-être que ce sera autre chose. Mais ça arrivera. Voilà une conclusion dont nous pouvons être particulièrement sûrs : ça n’arrivera pas dans le cadre du capitalisme institutionnel contemporain — ou dans aucune forme de capitalisme. Si nous voulons construire des dômes sur Mars, ou développer les moyens de découvrir des formes de vie extra-terrestres, nous allons avoir besoin d’un système économique différent. (…) nous devons faire en sorte que ce qui remplacera le capitalisme soit basé sur une répartition bien plus égalitaire de la richesse et du pouvoir — une répartition où il n’y aura ni des super-riches, ni des pauvres suffisamment désespérés pour être volontaires pour faire leur ménage. Alors seulement la technologie pourra être orientée vers des besoins humains. Et c’est la meilleure raison de nous libérer de l’emprise mortifère des gestionnaires de fonds spéculatifs et des PDGs — pour libérer nos rêves des écrans où ces gens nous ont emprisonnés, pour laisser nos imaginations redevenir une force matérielle de l’histoire humaine.

On devrait être en train de coloniser Mars. Au lieu de ça, on tourne en rond comme des hamsters en cage, et on se crève pour enrichir une poignée d’oligarques cupides.

La dernière tragédie du XXème siècle

La prise de conscience écologique a commencé dans les années 1960s. Je n’en ferai pas l’historique ici. Le rapport Meadows a été publié en 1972, peu de temps avant ma naissance. Comme toute personne un peu curieuse née depuis cette époque, je sais depuis toujours ce que sont l’effet de serre, les conséquences inéluctables de l’augmentation du taux de CO2 dans l’atmosphère, le changement climatique, etc. Le rapport Hansen a été publié en 1988. Les données étaient évidentes et consensuelles. Le « climatoscepticisme » a été inventé après. Les actions à prendre étaient évidentes et consensuelles. Mais ça n’a pas eu lieu.

Nathaniel Rich (le fils de Frank) a publié au cœur de cet été 2018, dans « The New York Times Magazine », en date du 1er août 2018, un magnifique reportage sur cette occasion manquée à la fin des années 1980s. L’humanité (oui, l’humanité) avait réussi à se mettre d’accord à Montréal sur les CFCs en septembre 1987. Se mettre d’accord sur le CO2 semblait à portée de mains. Ça aurait du avoir lieu à Noordwijk, aux Pays-Bas, près de Leiden, en novembre 1989. Et puis ça n’a pas eu lieu.

Le reportage de Rich (intitulé « Losing Earth: The Decade We Almost Stopped Climate Change » : « Perdre la Terre : La décennie où nous avons presque arrêté le changement climatique ») raconte prodigieusement bien cette époque.

Sauf que le ton est typique du paradigme « anthropocène ». Cet article n’a hélas pas été traduit en français, à ma connaissance. Voici juste deux extraits de ses conclusions :

Everyone knew — and we all still know. We know that the transformations of our planet, which will come gradually and suddenly, will reconfigure the political world order. We know that if we don’t act to reduce emissions, we risk the collapse of civilization. (…)
Human nature has brought us to this place; perhaps human nature will one day bring us through. Rational argument has failed in a rout. Let irrational optimism have a turn. It is also human nature, after all, to hope.

Tout le monde savait — et nous savons toujours. Nous savons que les transformations de notre planète, qui vont arriver graduellement et soudainement, vont reconfigurer l’ordre politique mondial. Nous savons que si nous n’agissons pas pour réduire les émissions, nous risquons l’effondrement de la civilisation. (…)
La nature humaine nous a amené là où nous sommes ; peut-être la nature humaine nous permettra-t-elle un jour d’en sortir. L’argumentation rationnelle a échoué en déroute. Laissons son tour à l’optimisme irrationnel. C’est aussi dans la nature humaine, après tout, d’espérer.

Nous, « tout le monde »… Nous, « la nature humaine »… Nous, « l’humanité »… Nous tous, tous coupables, tous perdants, nous tous, fauteurs d’anthropocène !

La réponse est venue très vite de Naomi Klein, sur le site « The Intercept », le 3 août 2018, sous le titre « Capitalism Killed Our Climate Momentum, Not ‘Human Nature’ » (« C’est le capitalisme a tué notre élan en faveur du climat, pas la ‘nature humaine' »). « Le Média » a eu l’idée de traduire et publier cet article en français, en date du 3 septembre 2018, sous le titre « Le capitalisme est la cause du dérèglement climatique » .

Cet article complète celui de Nathaniel Rich en rappelant tout le contexte de la fin des années 1980s : les premiers traités de libre-échange intégriste, la liquidation de l’Union Soviétique, l’omniprésence des intérêts pétroliers au sommet de l’administration américaine (à commencer par le président George H. W. Bush), la « mondialisation heureuse », le rouleau-compresseur idéologique du néolibéralisme, There Is No Alternative (TINA), The End Of History, et tout le bazar. Toute une époque.

Extrait de cet article — en fait, un extrait du livre « Tout peut changer », publié par Naomi Klein en 2014 (encore un livre à lire — le temps, c’est ce qui manque le plus…) :

Nous n’avons pas fait le nécessaire pour réduire les émissions, parce que la nature même de ce type d’actions entre en conflit avec le capitalisme dérégulé, à savoir l’idéologie dont le règne couvre toute la période au cours de laquelle nous nous sommes démenés pour trouver le moyen de sortir de cette crise. Nous n’avançons pas, parce que les mesures qui constitueraient notre meilleure chance d’éviter la catastrophe — et dont la très grande majorité bénéficierait — représentent une menace extrême pour une élite minoritaire qui tient en laisse les médias dominants, et bride nos économies comme notre fonctionnement politique. Ce problème n’aurait probablement rien eu d’insurmontable, s’il était survenu à tout autre moment de notre histoire. Mais pour notre grand malheur à tous, c’est au moment précis où la communauté scientifique présentait la menace pesant sur le climat sous forme de diagnostic irréfutable, que cette élite put jouir sans entraves de pouvoirs politique, culturel, intellectuel, qui n’avaient plus été aussi étendus depuis les années 1920. En fait la diminution drastique des émissions de gaz à effet de serre avait fait l’objet de discussions sérieuses entre gouvernements et scientifiques dès 1988 — l’année même où se leva l’aube de ce que nous allions connaître sous le nom de « mondialisation ».

Ce qui nous mène à la catastrophe

Selon mes sources, c’est à « Occupy Wall Street », donc au cœur de la bête, le 9 octobre 2011, que Slavov Zizek a prononcé ce qui est pour moi un des constats les plus fondamentaux de notre temps :

Look at the movies that we see all the time. It’s easy to imagine the end of the world — an asteroid destroying all of life, and so on — but we cannot imagine the end of capitalism.

Regardez les films que nous voyons tout le temps. Il est facile d’imaginer la fin du monde — un astéroïde détruisant toute forme de vie, etc — mais nous n’arrivons pas à imaginer la fin de capitalisme.

Cette phrase a été reprise et déclinée en toutes sortes de variantes : Nous arrivons à imaginer la fin du monde ; nous n’arrivons pas à imaginer la fin du capitalisme. Il est plus facile pour nous d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme.

Le concept d’anthropocène, bien que parfaitement pertinent et valide, nous conforte dans l’idée de la fin du monde, dans le fantasme de l’effondrement, à juste titre. Mais ils nous fait croire à tort que ce qui nous mène à la catastrophe climatique, c’est juste « nous tous », c’est « le genre humain » — et qu’au fond on n’y peut rien changer.

C’est faux. Il n’est pas trop tard.

Ce qui nous mène à la catastrophe, ce n’est pas l’anthropos, c’est le capital.

Ce qui nous mène à la catastrophe, c’est un système. C’est une utopie — l’utopie néolibérale. Ce n’est pas la nôtre. On peut changer de système. On peut changer d’utopie. On doit changer d’avenir.

We live in utopia, it just isn’t ours.
Nous vivons dans une Utopie, mais ce n’est pas la nôtre.

Nous vivons dans le capitalocène, bien plus que dans l’anthropocène.

Bonne nuit.

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4 commentaires pour Le capitalocène, pour comprendre la crise climatique au-delà de l’anthropocène béat

  1. smolski dit :

    Bonjour,
    Ayant connu votre blog via le Monolecte, j’y reste très attaché pour la qualité de vos billets.

    Dans ce billet, à la traduction de David Graeber vous avez mis un non sens :
    « nous devons faire en sorte que ce qui remplacera le capitalisme soit basé sur une répartition bien plus inégalitaire de la richesse et du pouvoir »
    Il faut mettre : « …plus égalitaire de la richesse et du pouvoir »
    Bonne continuation, je vous cite souvent sur internet, par exemple ici pour ce billet :
    https://debian-facile.org/viewtopic.php?pid=284173#p284173
    Amitié, Joel

  2. Laurent Soissons dit :

    C’est bête, nous ne saurons jamais comment les grandes démocraties auraient finalement géré le changement climatique.

    Elles auront disparu avant.

    Cela dit, merci pour vos contributions

  3. Jérôme Massicois 91 dit :

    Un excellent billet que je lis avec un retard certain, et à la suite duquel je ferais volontiers suivre la recommandation de lecture d’un livre déjà vieux depuis plus de vingt ans, qui porte lui aussi sur le capitalocène, sans utiliser ce mot, et y explore les conséquences de la prise en compte de l’urgence climatique par les tenants de ce capitalocène. Le livre est très sombre, encore plus que vos billets, mais adopte le style de politique-fiction que vous semblez affectionner par ailleurs:
    « Le rapport Lugano » – Susan George – 1998

Tous les commentaires seront les bienvenus.

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