C’est pas la fin, c’est juste l’hiver

Ce billet sera probablement le seul publié sur ce blog en ce mois de décembre 2018 — et donc le dernier de l’année 2018. Un billet, entre autres, pour rompre quelques semaines de silence. Ce blog n’est pas fini. Un billet personnel, et je m’en excuse.

L’hiver est arrivé. Noël est arrivé. Quelques jours de congés sont arrivés.

Pour la première fois depuis des années, je ne suis pas arrivé à Noël en lambeaux. Pour la première fois depuis des années, j’ai traversé la première partie de la saison moche, de la Toussaint à Noël, sans le moindre rhume ou assimilé. Depuis des mois, je n’ai plus avalé le moindre comprimé d’acide acétylsalicylique, de paracétamol ou d’ibuprofène (noms commerciaux usuels : aspirine, doliprane, spedifen). Je me surprends à imaginer la prochaine année avec quelque optimisme. C’est très inhabituel. Ça m’inquiéterait presque. Nous verrons bien.

J’hésite à écrire que ma vie a commencé à changer ces derniers mois, parce que je suis superstitieux. Souvent il suffit d’annoncer quelque chose pour qu’immédiatement cette chose disparaisse. Souvent il suffit de dire qu’il fait beau pour qu’immédiatement quelques nuages viennent cacher le soleil. Je viens d’écrire que je n’ai plus eu recours ni à l’aspirine, ni au paracétamol, ni à l’ibuprofène depuis des mois, peut-être cela suffira-t-il à ce que je m’y trouve contraint dans quelques jours.

J’hésite à écrire que ma vie a commencé à changer, parce que j’ose encore moins écrire, plus simplement, que ma vie a changé ces derniers mois. Je n’ai pas envie de revenir en arrière. J’en dirai peut-être un peu plus dans quelques semaines ou quelques mois. Je ne veux pas que ça s’arrête. J’ai peur de trébucher, j’ai peur de reculer. Je déteste certaines conséquences — par exemple, je n’ai plus de temps pour ce blog –, mais je ne veux pas que ça s’arrête. C’est une phase de transition, alors je veux aller au bout de la transition.

J’hésite à écrire que ma vie a commencé à changer, parce que sur l’essentiel rien n’a changé. Rien du tout. Travail, famille, mélancolie… Île-de-France, informatique, femme et enfants… rien n’a changé. Rien en surface. Rien de très apparent. Rien d’essentiel. Mais qu’est-ce qui est essentiel ? Nous verrons bien.

Le premier billet de cette année 2018, daté du 8 janvier, s’intitulait « Les mêmes causes produisent les mêmes effets » . Il n’était pas franchement joyeux, mais il exprimait une vérité. Une autre vérité est qu’il faut du temps pour changer. Il faut du temps pour que des causes produisent des effets. Il faut du temps pour que des causes différentes produisent des effets différents. Et dans un système complexe, on ne sait pas toujours très clairement quelles sont les causes et quelles sont les conséquences — on pourrait par exemple parler des « médicaments » type aspirine, paracétamol et ibuprofène, quand utilisés pour un oui ou pour un non, en ersatz de soma.

Une autre vérité est que beaucoup de choses sont cycliques. Il parait que la culture occidentale tend à voir la plupart des phénomènes comme linéaires — début, milieu, fin –, là où la culture orientale voit plus facilement les phénomènes comme cycliques. Je ne sais pas si c’est vrai. Mais je sais qu’avec l’âge, je privilégie de plus en plus les interprétations cycliques sur les interprétations linéaires. Peut-être pour me rassurer. Peut-être par superstition. Après la pluie, le beau temps : c’est rassurant. Mais c’est aussi ce que l’expérience apprend. Il y a des cycles. Ce qui monte finit par descendre. Ce qui descend finit par remonter. Après l’hiver, le printemps.

Où sommes-nous ? La plupart du temps, ni au début, ni à la fin. Juste au milieu. Juste une étape. Nous ne sommes que des étapes nous-mêmes. L’erreur, c’est de vouloir conclure.

Alors donc l’hiver est arrivé, et bien arrivé. Il fait froid. Il fait sinistre. Il fait dur. J’ai marché seul, une heure environ, cet après-midi dans mon coin de banlieue parisienne. J’ai réécouté en marchant l’album parfait pour cette saison, « L’Imprudence » d’Alain Bashung, sorti lors du cruel automne 2002. Écouter cet album en décembre est presque devenu un rituel pour moi. Il est absolument parfait pour marcher dans le froid et sous le gris, vivant entre les vieilles maisons et les arbres morts.

Un jour j’irai vers l’irréel
Un jour j’irai vers une ombrelle
Y seras-tu ?
Y seras-tu ?
Y seras-tu ?

L’hiver est là, et la fatigue qui va avec, et la vulnérabilité aux aléas, notamment bactériologiques ou psychologiques. On est fatigué, on s’enrhume facilement. On est fatigué, on s’irrite facilement. On s’énerve, on se laisse aller, on dramatise, on dit des choses qu’on regrettera ensuite, et toutes ces sortes de choses. Une autre vérité est que nous sommes fragiles, tellement fragiles, faibles et vulnérables, face à l’hiver et face au reste. Minuscules.

C’est, le cycle infernal
Fatal, un rien devient l’Everest
Mon chat qui se défenestre
A quand l’instant X
Qu’on attend comme le messie
Comme l’instant magique

L’hiver est là, et pourtant, pour la première fois depuis des années, j’arrive à la fin d’une année sans un sentiment de fin du monde. Je sens qu’un tel sentiment n’est pas loin. Il est à portée de main. J’ai de la chance, jusqu’à aujourd’hui j’y ai échappé. Il est resté à distance — je n’ose pas dire que j’ai réussi à le tenir à distance : je déteste m’attribuer comme « mérite » ce qui relève aussi de la « chance ». J’y ai échappé jusqu’à aujourd’hui, rien ne dit qu’il ne me rattrapera pas demain. Je n’en sais rien.

Je comprends tellement bien comment, en fin d’année, en début d’hiver, on peut se retrouver submergé par un sentiment de fin du monde. Je suis déjà passé par là tellement de fois. Je crains d’y repasser. J’y repasserai probablement. Mais pas aujourd’hui. Pas là, pas maintenant. J’ai de la chance. Je crois que je vais mieux, même si j’écris moins.

Ce billet sera donc probablement le dernier de l’année 2018. Il ne sera probablement pas le dernier de ce blog. Je n’en sais rien, mais c’est mon intention.

C’est pas la fin, c’est juste l’hiver.

La nuit finira.

Bonne nuit.

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