Citations – Juillet 1914

Mon intérêt, ma fascination, peut-être même mon obsession pour la catastrophe de 1914, ont longuement alimenté ce blog en 2014, l’année du centenaire.

Comme beaucoup d’autres, je suis hanté par la crise de juillet 1914, cette séquence d’événements qui conduit de l’assassinat de l’archiduc Franz-Ferdinand à Sarajevo le 28 juin 1914 aux entrées en guerre — en France, la mobilisation générale est proclamée le 2 août 1914.

Extrait de mon carnet de citations d’il y a cinq ans.

Les traductions en français n’engagent que moi, sauf exception (par exemple, la communication en date du 23 juillet 1914). Il faudrait les contextualiser, mais le temps me manque. Le temps, c’est ce qui manque le plus.

Dimanche 15 juin 2014 – Raoul Volfoni, in ‘Les Tontons Flingueurs’, sorti en salles le 27 novembre 1963 :

Dis donc, t’essaierais pas de nous faire porter le chapeau, des fois ? Faut le dire tout de suite, hein. Il faut dire : Monsieur Raoul vous avez buté Henri, vous avez buté les deux autres mecs ; vous avez peut être aussi buté le Mexicain, puis aussi l’archiduc d’Autriche !

Lundi 23 juin 2014 – Dwight D. Eisenhower, June 3rd 1947 :

War is mankind’s most tragic and stupid folly; to seek or advise its deliberate provocation is a black crime against all men.

La guerre est la plus tragique et la plus stupide des folies de l’humanité ; aspirer ou conseiller sa provocation délibérée est un sombre crime contre tous les hommes.

Mercredi 25 juin 2014 – Stefan Zweig, in ‘Die Welt von Gestern’, 1942 :

Wenn ich versuche, für die Zeit vor dem Ersten Weltkriege, in der ich aufgewachsen bin, eine handliche Formel zu finden, so hoffe ich am prägnantesten zu sein, wenn ich sage: es war das goldene Zeitalter der Sicherheit. Alles in unserer fast tausendjährigen österreichischen Monarchie schien auf Dauer gegründet und der Staat selbst der oberste Garant dieser Beständigkeit.

Si je cherche une formule commode qui résume l’époque antérieure à la Première Guerre Mondiale dans laquelle j’ai été élevé, j’espère avoir trouvé la plus complète en l’appelant l’âge d’or de la sécurité. Tout, dans notre monarchie autrichienne, presque millénaire, semblait fondé sur la durée, et l’Etat lui-même paraissait le suprême garant de cette pérennité.

Jeudi 26 juin 2014 – Otto von Bismarck, 1878 :

Europe today is a powder keg and the leaders are like men smoking in an arsenal … A single spark will set off an explosion that will consume us all … I cannot tell you when that explosion will occur, but I can tell you where … Some damned foolish thing in the Balkans will set it off.

L’Europe d’aujourd’hui est une poudrière et les dirigeants sont comme des hommes fumant dans un arsenal … Une seule étincelle déclenchera une explosion qui nous consumera tous … Je ne peux pas vous dire quand cette explosion se produira, mais je peux dire vous où … Une foutue bêtise dans les Balkans va la déclencher.

Samedi 28 juin 2014 – Franz Joseph I., 28. Juni 1914 :

Der Allmächtige lässt sich nicht herausfordern. Eine höhere Gewalt hat wieder jene Ordnung hergestellt, die ich leider nicht zu erhalten vermochte.

Le Tout-Puissant ne se laisse pas défier. Un pouvoir supérieur a restauré cet ordre que j’avais hélas été incapable de maintenir.

Dimanche 29 juin 2014 – Michael Howard :

Probably no few days in the history of the world have been subjected to such scrutiny as those between June 28, when the Archduke was assassinated, and August 4, when Britain declared war.

Rares sont les quelques journées de l’Histoire du monde qui ont été soumises à un examen aussi minutieux que ceux qui se sont déroulés entre le 28 juin, date de l’assassinat de l’archiduc, et le 4 août, lorsque la Grande-Bretagne a déclaré la guerre.

Lundi 30 juin 2014 – Otto von Bismarck :

Der ganze Balkan ist nicht die gesunden Knochen eines einzigen pommerschen Grenadiers wert.

Tous les Balkans ne valent pas la peau d’un seul grenadier de Poméranie.

Mardi 1er juillet 2014 – Barbara W. Tuchman, in ‘The Guns of August’, 1962 :

Europe was a heap of swords piled as delicately as jackstraws; one could not be pulled out without moving the others.

L’Europe était un tas d’épées empilées aussi délicatement que des baguettes de Mikado; aucune ne pouvait être retirée sans déplacer les autres.

Mercredi 2 juillet 2014 – Friedrich von Bernhardi, in ‘Germany and the Next War’, 1911 :

What we now wish to attain must be fought for. (…) Conquest thus becomes a law of necessity.

Ce que nous souhaitons maintenant atteindre doit être combattu. (…) La conquête devient ainsi une loi de nécessité.

Jeudi 3 juillet 2014 – Theodore Roosevelt, 1897 :

No triumph of peace is quite so great as the supreme triumphs of war.

Aucun triomphe de la paix n’est aussi grand que les triomphes suprêmes de la guerre.

Samedi 5 juillet 2014 – A. J. P. Taylor :

Men’s minds seem to have been on edge in the last two or three years before the war in a way they had not been before, as though they had become unconsciously weary of peace and security. You can see it in things remote from international politics#in the artistic movement called Futurism, in the militant suffragettes, (…) in the working-class trend toward Syndicalism. Men wanted violence for its own sake; they welcomed war as a relief from materialism. European civilization was, in fact, breaking down even before war destroyed it.

Les esprits des hommes semblent avoir été bouleversés au cours des deux ou trois dernières années qui ont précédé la guerre, comme s’ils étaient lassés de la paix et de la sécurité. On peut le voir dans des domaines éloignés de la politique internationale — dans le mouvement artistique appelé Futurisme, dans les suffragettes militantes, (…) dans la tendance ouvrière au syndicalisme. Les hommes voulaient la violence pour elle-même ; ils ont accueilli la guerre comme un soulagement du matérialisme. La civilisation européenne avait commencé à s’effondrer en fait avant même que la guerre ne la détruisit.

Dimanche 6 juillet 2014 – Andrew Carnegie, 1907 :

It lies today in the power of one man to found this league of peace. It is in the hands of the German emperor alone of all men, that the power to abolish war seems to rest.

Il appartient aujourd’hui à un seul homme de fonder cette ligue de paix. C’est entre les mains de l’empereur allemand, seul entre tous les hommes, que le pouvoir d’abolir la guerre semble reposer.

Lundi 7 juillet 2014 – attributed to Helmuth von Moltke, December 2nd 1912 :

All sides are preparing for European War, which all sides expect sooner or later.

Toutes les puissances se préparent à la guerre européenne, que toutes les puissances attendent tôt ou tard.

Mardi 8 juillet 2014 – David Lloyd George, July 21st 1911 :

I would make great sacrifices to preserve peace. I conceive that nothing would justify a disturbance of international good will except questions of the greatest national moment. But if a situation were to be forced upon us in which peace could only be preserved by the surrender of the great and beneficent position Britain has won by centuries of heroism and achievement, by allowing Britain to be treated where her interests were vitally affected as if she were of no account in the Cabinet of nations, then I say emphatically that peace at that price would be a humiliation intolerable for a great country like ours to endure.

Je ferais de grands sacrifices pour préserver la paix. Je conçois que rien ne justifierait une perturbation de la bonne volonté internationale, sinon des des questions d’une importance nationale supérieure. Mais si une situation devait nous être imposée dans laquelle la paix ne pourrait être préservée que par la reddition de la situation privilégiés que la Grande-Bretagne a acquis au prix de siècles d’héroïsme et d’accomplissement, en laissant les intérêts vitaux de la Grande-Bretagne être affectés comme si elle ne comptait pas dans le Cabinet des nations, alors j’affirme avec insistance que la paix à ce prix serait une humiliation intolérable pour un grand pays comme le nôtre.

Mercredi 9 juillet 2014 – Philippe Pétain, 1914 :

Le fait fondamental qui se dégage de la guerre de 1870 est la mise en lumière de l’importance acquise par le feu ; cette importance a dépassé toutes les prévisions ; le progrès imposera à l’infanterie des procédés de combat nouveaux. (…) Le feu tue.

Jeudi 10 juillet 2014 – Winston Churchill, about 1914, in ‘The World Crisis’ :

There was a strange temper in the air. Unsatisfied by material prosperity, the nations turned fiercely toward strife, internal or external. National passions, unduly exalted in the decline of religion, burned beneath the surface of nearly every land with fierce, if shrouded, fires. Almost one might think the world wished to suffer. Certainly men were everywhere eager to dare.

Il y avait une humeur étrange dans l’air. Insatisfaits de la prospérité matérielle, les nations se tournaient farouchement vers le conflit, interne ou externe. Les passions nationales, exaltées dans le déclin de la religion, brûlaient sous la surface de presque tous les pays en des incendies féroces bien qu’enfouis. On pourrait presque croire que le monde voulait souffrir. Certainement partout des hommes étaient désireux d’oser.

Vendredi 11 juillet 2014 – Claude Lévi-Strauss, in ‘Anthropologie Structurale’, 1958 :

Jamais mieux qu’au terme des quatre derniers siècles de son histoire l’homme occidental ne put-il comprendre qu’en s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’humanité de l’animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il refusait à l’autre, il ouvrait un cercle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d’autres hommes, et à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes le privilège d’un humanisme corrompu aussitôt né pour avoir emprunté à l’amour-propre son principe et sa notion.

Samedi 12 juillet 2014 – Raymond Poincaré, discours à Nantes, 27 octobre 1912 :

Il n’a pas dépendu de nous de conserver la paix des autres. Pour nous la conserver à nous-mêmes, il faut garder en nous toute la patience, toute l’énergie, toute la fierté d’un peuple qui ne veut pas la guerre et qui pourtant ne la craint pas. Une nation pacifique qui ne saurait pas se faire respecter serait à la merci du hasard. Tant qu’il y aura sur la surface du globe des peuples capables d’obéir inopinément à un idéal belliqueux, les peuples les plus sincèrement fidèles à un idéal de paix sont dans l’obligation de rester prêts à toutes les éventualités.

Dimanche 13 juillet 2014 – Bernhard von Bülow, Reichstagsdebatte, 6. Dezember 1897 :

Mit einem Worte: wir wollen niemand in den Schatten stellen, aber wir verlangen auch unseren Platz an der Sonne.

En un mot : Nous ne voulons faire de l’ombre à personne, mais nous exigeons notre place au soleil.

Lundi 14 juillet 2014 – Jean Jaurès, in ‘L’Armée Nouvelle’, 1910 :

Donner la liberté au monde par la force est une étrange entreprise pleine de chances mauvaises. En la donnant, on la retire.

Mardi 15 juillet 2014 – Henry James, letter to Howard Sturgis, August 5th 1914 :

The plunge of civilization into this abyss of blood and darkness by the wanton feat of those two infamous autocrats is a thing that so gives away the whole long age during which we have supposed the world to be, with whatever abatement, gradually bettering, that to have to take it all now for what the treacherous years were all the while really making for and meaning is too tragic for any words.

Le plongeon de la civilisation dans cet abîme de sang et de ténèbres causé par la prouesse aveugle de ces deux autocrates infâmes est une chose tellement contradictoire avec toute la période au cours de laquelle nous avions supposé, que le monde même avec des réserves, s’améliorait progressivement, que devoir maintenant ne la considérer toute entière que pour les années de traîtrise qu’elles préparaient et signifiaient en réalité est trop tragique pour être exprimé par des mots.

Mercredi 16 juillet 2014 – Raymond Aron, 1960 :

Jamais les hommes n’ont eu autant de motifs de ne plus s’entretuer. Jamais ils n’ont eu autant de motifs de se sentir associés dans une seule et même entreprise. Je n’en conclus pas que l’âge de l’histoire universelle sera pacifique. Nous le savons, l’homme est un être raisonnable, mais les hommes le sont-ils ?

Jeudi 17 juillet 2014 – David Lloyd George, 1934 :

The nations slithered over the brink into the boiling cauldron of war without a trace of apprehension or dismay.

Les nations ont basculé au bord du chaudron de guerre en ébullition sans aucune trace d’appréhension ni de consternation.

Vendredi 18 juillet 2014 – Régis Debray, 1990 :

La guerre est l’horizon indépassable des sociétés, qu’elles soient archaïques, industrielles ou post-modernes.

Samedi 19 juillet 2014 – George Bernard Shaw :

We were rasped beyond endurance by Prussian Militarism and its contempt for us and for human happiness and common sense; and we just rose at it and went for it.

Nous étions exaspérés au-delà du supportable par le militarisme prussien et par son mépris pour nous et pour le bonheur humain et le bon sens ; alors nous nous sommes levés et nous y sommes allés.

Dimanche 20 juillet 2014 – Maurice Paléologue, lundi 20 juillet 1914, commentant la réception offerte au Président de la République Française à Tsarkoïe Selo :

Par l’éclat des uniformes, par la somptuosité des toilettes, par la richesse de leurs livrées, par la splendeur du décor, par tout cet appareil du faste et de la puissance, le spectacle est d’une magnificence que nulle cour au monde ne pourrait égaler

Lundi 21 juillet 2014 – Raymond Poincaré, au Comte Friedrich Szapary, ambassadeur d’Autriche-Hongrie, Saint-Pétersbourg, mardi 21 juillet 1914 :

La Serbie a, en Russie, des amis qui s’étonneraient sans doute de la savoir en butte à des mesures de rigueur, et cette surprise pourrait être partagée dans d’autres pays de l’Europe, amis de la Russie.

Mardi 22 juillet 2014 – Gottlieb von Jagow, Mittwoch 22. Juli 1914 :

Das nächste Ziel der deutschen Politik würde, wie die ‘Norddeutsche Allgemeine Zeitung’ am Sonntag früh angedeutet hat, die Lokalisierung des Streites sein.

Le prochain objectif de la politique allemande sera, comme l’a indiqué dimanche matin le ‘Journal d’Allemagne du Nord’, la localisation du litige.

Mercredi 23 juillet 2014 – Leopold Berchtold, Austrian Minister for Foreign Affairs, to Albert Mensdorff, Austrian Ambassador in London, for communication to the British government, Thursday July 23rd 1914 :

The Imperial and Royal Government are convinced that in taking this step they will find themselves in full agreement with the sentiments of all civilized nations, who cannot permit regicide to become a weapon that can be employed with impunity in political strife, and the peace of Europe to be continually disturbed by movements emanating from Belgrade.

Le Gouvernement impérial et royal est persuadé qu’en entreprenant cette démarche, il se trouve en plein accord avec les sentiments de toutes les nations civilisées qui ne sauraient admettre que le régicide devînt une arme dont on puisse se servir impunément dans la lutte politique, et que la paix européenne fût continuellement troublée par les agissements partant de Belgrade.

Mercredi 23 juillet 2014 – Herbert Asquith, letter to Venetia Stanley, Friday July 24th 1914 :

So that we are in measurable, or imaginable, distance of a real Armageddon.

Nous voilà donc à une distance mesurable, ou imaginable, d’un authentique Armageddon.

Jeudi 24 juillet 2014 – Winston Churchill, describing the British Cabinet meeting on Friday July 24th 1914 :

The parishes of Fermanagh and Tyrone faded back into the mists and squalls of Ireland and a strange light began by perceptible gradations to fall upon the map of Europe.

Les paroisses de Fermanagh et de Tyrone se dissipèrent dans les brumes et les bourrasques de l’Irlande, et soudain une lueur étrange commença à se développer et à scintiller sur la carte de l’Europe.

Vendredi 25 juillet 2014 – Jean Jaurès, discours à Lyon-Vaise, samedi 25 juillet 1914 :

Chaque peuple paraît à travers les rues de l’Europe avec sa petite torche à la main et maintenant voilà l’incendie. Eh bien ! citoyens, nous avons notre part de responsabilité, mais elle ne cache pas la responsabilité des autres et nous avons le droit et le devoir de dénoncer, d’une part, la sournoiserie et la brutalité de la diplomatie allemande, et, d’autre part, la duplicité de la diplomatie russe.

Samedi 26 juillet 2014 – Jules Romains, in ‘Le Drapeau Noir’, 1937 :

C’est en apprenant par les journaux que la réponse serbe, très conciliante en somme, à l’ultimatum autrichien du 23 juillet, était repoussée, et que l’Autriche, sans vouloir négocier davantage, se préparait à lancer une armée sur Belgrade, que Gurau sentit que la paix de l’Europe était perdue. C’était un dimanche matin.

Dimanche 27 juillet 2014 – attributed to Wilhelm II, to Theobald von Bethman-Hollweg, Potsdam, Monday July 27th 1914 :

So, your dangerous little game blew up in your face did it? Now it is my responsibility to pick up the pieces? I think not my dear man! I do not accept your resignation. You’ve made this stew and now you’re going to eat it!

Alors, votre petit jeu dangereux vous a explosé à la figure, n’est-ce pas ? Et maintenant, c’est à moi de ramasser les morceaux ? Je ne pense pas, mon cher ! Je n’accepte pas votre démission. Vous avez cuisiné ce ragoût et maintenant vous allez le manger !

Lundi 28 juillet 2014 – Sigmund Freud, Tuesday July 28th 1914 :

For the first time in thirty years, I feel myself to be an Austrian, and feel like giving this not very hopeful empire another chance. All my libido is dedicated to Austria-Hungary.

Pour la première fois en trente ans, je me sens Autrichien, et je me sens prêt à donner une nouvelle chance à cet Empire sans grand espoir. Toute ma libido est dédiée à l’Autriche-Hongrie.

Mardi 29 juillet 2014 – Jean Jaurès, discours à Bruxelles, mercredi 29 juillet 1914 :

Le gouvernement français est le meilleur allié de la paix de cet admirable gouvernement anglais qui a pris l’initiative de la médiation. Et il donne à la Russie des conseils de prudence et de patience. Quant à nous, c’est à notre devoir d’insister pour qu’il parle avec force à la Russie de façon qu’elle s’abstienne. Mais si, par malheur, la Russie n’en tenait pas compte, notre devoir est de dire : Nous ne connaissons qu’un traité, celui qui nous lie à la race humaine ! Nous ne connaissons pas les traités secrets !

Mercredi 30 juillet 2014 – Nicky to Willy (Nicholas II to Wilhelm II), telegram, Thursday July 30th 1914, 1:20am :

Thank you heartily for your quick answer. Am sending Tatischev this evening with instructions. The military measures which have now come into force were decided five days ago for reasons of defence on account of Austria’s preparations. I hope from all my heart that these measures won’t in any way interfere with your part as mediator which I greatly value. We need your strong pressure on Austria to come to an understanding with us.

Merci de tout cœur pour ta réponse rapide. J’envoie ce soir Tatischev avec des ordres. Les mesures militaires qui sont entrées en vigueur ont été décidées il y a cinq jours pour des raisons de défense fondées sur les préparatifs de l’Autriche. J’espère de tout cœur que ces mesures n’interféreront en aucune manière avec ton intervention en tant que médiateur que j’apprécie beaucoup. Nous avons besoin de ta forte pression sur l’Autriche pour qu’elle parvienne à une entente avec nous.

Jeudi 31 juillet 2014 – Jules Romains, in ‘Le Drapeau Noir‘, 1937 :

C’est ainsi que ce brave peuple, d’hommes assez mal vêtus, peu soigneux de leur personne et de taille plutôt courte, se préparait à entrer une fois de plus dans l’Histoire.

Vendredi 1er août 2014 – Barbara W. Tuchman, in ‘The Guns of August’, 1962 :

At noon on Saturday, August 1, the German ultimatum to Russia expired without a Russian reply. Within an hour a telegram went out to the German ambassador in St. Petersburg instructing him to declare war by five o’clock that afternoon. At five o’clock the Kaiser decreed general mobilization, some preliminaries having already got off to a head start under the declaration of Kriegesgefahr (Danger of War) the day before.

Le samedi 1er août à midi, l’ultimatum allemand à la Russie expire sans réponse russe. Dans l’heure suivante, un télégramme est envoyé à l’ambassadeur d’Allemagne à Saint-Pétersbourg, lui indiquant de déclarer la guerre avant cinq heures de l’après-midi. A cinq heures, le Kaiser décrète la mobilisation générale, certains préparatifs ayant déjà été lancés avec une longueur d’avance par la déclaration de Kriegefahr (danger de guerre) la veille.

Samedi 2 août 2014 :

Par décret du Président de la République, la mobilisation des armées de terre et de mer est ordonnée, ainsi que la réquisition des animaux, voitures et harnais nécessaires au complément de ces armées. Le premier jour de la mobilisation est le dimanche 2 août 1914.

 

Dimanche 3 août 2014 – Edward Grey, Monday August 3rd 1914 :

The lamps are going out all over Europe; we shall not see them lit again in our lifetime.

Les lampes s’éteignent partout en Europe; nous ne les verrons plus allumées de notre vivant.

Lundi 4 août 2014 – Theobald von Bethmann Hollweg, Dienstag 4. August 1914 :

Wir sind jetzt in der Notwehr; und Not kennt kein Gebot. Unsere Truppen haben Luxemburg besetzt, vielleicht schon belgisches Gebiet betreten. Meine Herren, das widerspricht den Geboten des Völkerrechts. (…) Das Unrecht#ich spreche offen –, das Unrecht, das wir damit tun, werden wir wieder gutzumachen suchen, sobald unser militärisches Ziel erreicht ist.

Nous nous trouvons à présent en état de légitime défense, et nécessité fait loi. Nos troupes ont occupé le Luxembourg, peut-être déjà foulé le territoire belge. Messieurs, cela va à l’encontre des lois du droit international. (…) Le tort — je parle franchement — le tort que nous commettons par cette action, nous le réparerons aussitôt que notre but militaire aura été atteint.

Mardi 5 août 2014 – attributed to Willy (Wilhelm II), August 5th 1914 :

To think that George and Nicky should have played me false! If my grandmother had been alive, she would never have allowed it.

Dire que George et Nicky se sont joués de moi ! Si ma grand-mère était encore en vie, elle n’aurait jamais laissé faire ça.

Mercredi 6 août 2014 – Traité de Londres, 15 novembre 1831, connu depuis le 6 août 1914 sous le surnom de « chiffon de papier » selon l’expression de Theobald von Bethmann Hollweg :

Article 7. La Belgique, dans les limites indiquées aux articles 1, 2 et 4, formera un État indépendant et perpétuellement neutre. Elle sera tenue d’observer cette même neutralité envers tous les autres États. (…)

Article 25. Les cours d’Autriche, de France, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie, garantissent à Sa Majesté le roi des Belges l’exécution de tous les articles qui précèdent.

Jeudi 7 août 2014 – Raymond Poincaré, décret du 7 août 1914 :

La croix de chevalier de la Légion d’honneur est conférée à la ville de Liège.

Vendredi 8 août 2014 – Helmuth von Moltke, 1911 :

Eine moderne Festung durch Handstreich zu nehmen, dürfte in der Kriegsgeschichte noch kein Beispiel haben. Es kann aber glücken und muss versucht werden, da der Besitz Lüttichs für unseren Vormarsch die conditio sine qua non ist.

Prendre une forteresse moderne par surprise n’a pas de précédent dans l’histoire de la guerre, mais cela peut réussir et doit être tenté, car la possession de Liège est la condition sine qua non pour notre progression.

Dimanche 10 août 2014 – Christopher Clark, in ‘The Sleepwalkers’, 2013 :

The outbreak of war in 1914 is not an Agatha Christie drama at the end of which we will discover the culprit standing over a corpse in the conservatory with a smoking pistol. There is no smoking gun in this story; or, rather, there is one in the hands of every major character. Viewed in this light, the outbreak of war was a tragedy, not a crime.

Le déclenchement de la guerre en 1914 n’est pas un roman d’Agatha Christie à la fin duquel nous découvrirons le coupable se tenant debout à côté d’un cadavre dans la véranda avec un pistolet fumant. Il n’y a pas de pistolet fumant dans cette histoire ; ou plutôt, il y en a un dans les mains de tous les personnages principaux. Considéré sous cet angle, le déclenchement de la guerre était une tragédie, pas un crime.

Lundi 11 août 2014 – Eugène Etienne, ancien Ministre de la Guerre, 1912 :

Éliminer le pantalon rouge ? Jamais ! Le pantalon rouge, c’est la France !

Mercredi 13 août 2014 – Étienne Clémentel, rapporteur du budget du Ministère de la Guerre, 1911 :

Faire disparaître tout ce qui est couleur, tout ce qui donne au soldat son aspect gai, entraînant, rechercher des nuances ternes et effacées, c’est aller à la fois contre le goût français et contre les exigences de la fonction militaire.

Jeudi 14 août 2014 – Barbara W. Tuchman, in ‘The Guns of August’, 1962 :

Every day’s schedule of march was fixed in advance. The Belgians were not expected to fight, but if they did the power of the German assault was expected to persuade them quickly to surrender. The schedule called for the roads through Liège to be open by the twelfth day of mobilization, Brussels to be taken by M-19, the French frontier crossed on M-22, a line Thionville-St. Quentin reached by M-31, Paris and decisive victory by M-39.

L’avancée des troupes avaient été planifiée par avance au jour près. Les Belges n’étaient pas censés se battre, mais s’ils le faisaient, la puissance de l’assaut allemand devrait les convaincre de se rendre rapidement. Le calendrier prévoyait que le passage par Liège serait dégagé au douzième jour de mobilisation (M-12), Bruxelles serait pris à M-19, la frontière française franchie à M-22, la ligne Thionville-Saint-Quentin atteinte à M-31, Paris et une victoire décisive à M-39.

Vendredi 15 août 2014 – Horatio Herbert Kitchener, August 4th 1914 :

[How long will it last?] Three years will do to begin with. A nation like Germany, after having forced the issue, will only give in after it is beaten to the ground. That will take a very long time. No one living knows how long.

[Combien de temps cela durera-t-il?] Trois ans au moins, pour commencer. Un pays comme l’Allemagne, après avoir forcé le destin, ne cédera que s’il est battu et mis à terre. Cela prendra très longtemps. Aucun être vivant ne sait combien de temps.

Samedi 16 août 2014 – Anatole France, in ‘L’Humanité’, 18 juillet 1922 :

On croit mourir pour la patrie : on meurt pour des industriels.

Dimanche 17 août 2014 – Barbara W. Tuchman, in ‘The Guns of August’, 1962 :

Whether from instinct or intellect, three minds, all military, saw the dark shadow lengthening ahead into years, not months. Moltke, foretelling the ‘long, wearisome struggle,’ was one. Joffre was another. Questioned by ministers in 1912 he had said that if France won the first victory in a war, German national resistance would then commence, and vice versa. In either case other nations would be drawn in, and the result would be a war of ‘indefinite duration.’ Yet neither he nor Moltke, who were their countries’ military chiefs since 1911 and 1906 respectively, made any allowance in their plans for the war of attrition which they both foresaw.

Trois esprits, tous militaires, portés par leurs instincts ou par leurs intellects, voyaient l’ombre sombre se prolonger des années et non des mois. Moltke, prévoyant un longue et pénible lutte, était l’un d’entre eux. Joffre était un autre. Interrogé par des ministres en 1912, il avait déclaré que si la France remportait la première victoire dans une guerre, la résistance nationale allemande commencerait alors, et vice versa. Dans les deux cas, d’autres nations seraient entraînées et le résultat serait une guerre de durée indéterminée. Pourtant, ni lui ni Moltke, qui étaient les chefs militaires de leurs pays depuis 1911 et 1906 respectivement, n’ont tenu compte de leurs plans pour la guerre d’usure qu’ils prévoyaient tous les deux.

Lundi 18 août 2014 – Emile Beaufort, alias Jean Gabin, sur un texte de Michel Audiard, dans le film « Le Président », adapté d’un roman de Georges Simenon, 1961 :

Pendant toutes ces années de folies collectives et d’autodestruction, je pense avoir vu tout ce qu’un homme peut voir… Des populations jetées sur les routes, des enfants jetés dans la guerre… Des vainqueurs et des vaincus finalement réconciliés dans des cimetières que leur importance a élevé au rang de curiosités touristiques ! (…) Eh bien durant toutes ces années, je n’ai jamais cessé de penser à l’Europe !

Mardi 19 août 2014 – Christopher Clark, in ‘The Sleepwalkers’, 2013 :

In this sense, the protagonists of 1914 were sleepwalkers, watchful but unseeing, haunted by dreams, yet blind to the reality of the horror they were about to bring into the world.

En ce sens, les protagonistes de 1914 étaient des somnambules, vigilants mais indifférents, hantés par des rêves, mais aveugles à la réalité de l’horreur qu’ils étaient sur le point d’apporter au monde.

Mercredi 20 août 2014 – Georges Clemenceau :

La guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires.

Vendredi 22 août 2014 – Jean-Michel Steg :

27 000 Français sont tués le 22 août 1914, le jour le plus sanglant de l’histoire de France. C’est quatre fois plus qu’à Waterloo, autant que durant les huit années de la guerre d’Algérie.

Mercredi 3 septembre 2014 – Joseph Gallieni, 3 septembre 1914 :

Armée de Paris,
Habitants de Paris,
Les membres du Gouvernement de la République ont quitté Paris pour donner une impulsion nouvelle à la défense nationale.
J’ai reçu mandat de défendre Paris contre l’envahisseur.
Ce mandat, je le remplirai jusqu’au bout.

Jeudi 4 septembre 2014 – David Fromkin, in ‘Europe’s Last Summer’, 2009 :

The conflict that Germany’s military leaders initiated by declaring war on Russia August 1, 1914, did not come to an end until the last Russian soldier left German soil on August 31, 1994.

Le conflit initié par les chefs militaires allemands en déclarant la guerre à la Russie le 1er août 1914 ne s’est terminé que lorsque le dernier soldat russe a quitté le sol allemand le 31 août 1994.

Lundi 8 septembre 2014 – Ferdinand Foch, 8 septembre 1914 :

Pressé fortement sur ma droite, mon centre cède, impossible de me mouvoir, situation excellente, j’attaque.

Mardi 9 septembre 2014 – Barbara W. Tuchman, in ‘The Guns of August’, 1962 :

The end was in sight: the scheduled defeat of France by the 39th day in time to turn against Russia; the proof of all German training, planning, and organization; the halfway step to winning the war and mastery of Europe. It remained only to round up the retreating French before they could regain cohesion and renew resistance.

La fin était en vue : la défaite programmée de la France avant le 39ème jour pour se retourner contre la Russie ; la validation de tout l’entraînement, la planification et l’organisation de allemands ; le jalon intermédiaire vers la victoire dans la guerre et la maîtrise de l’Europe. Il ne restait plus qu’a défaire les Français en retraite avant qu’ils ne puissent retrouver leur cohésion et reprendre leur résistance.

Bonne nuit.

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