Anywhere, somewhere, nowhere

Il y a des concepts qui se retiennent facilement, qui s’expliquent bien, qui prennent racine, et qui finissent par s’insérer dans la mélodie de l’époque, le Zeitgeist comme disent les Allemands.

Quelques exemples fameux :

  • La « fracture sociale » (attribué à Emmanuel Todd, en 1995).
  • Les « bobos » (les « bourgeois bohèmes » peints par David Brooks, de mémoire vers la fin des années 1990s).
  • « La France d’en haut / la France d’en bas » (popularisée par Jean-Pierre Raffarin, grand cru classé 2002).
  • La « France périphérique » (Christophe Guilluy, 2014)

Le concept « anywhere / somewhere » est de ceux-là.

Anywhere : n’importe où. Somewhere : quelque part. Ceux de n’importe où, contre ceux de quelque part.

Ce concept a émergé, à ma connaissance, en 2016 — l’année du vote Brexit et de l’élection de Trump. Son auteur est un journaliste britannique, David Goodhart (un article de Jean-Marie Pottier, sur Slate en français, daté du 18 avril 2017, dit sur lui des choses intéressantes mais pas toutes très gentilles).

C’est un concept qui colle bien à notre époque et qui pourrait lui coller durablement. C’est aussi un concept qui me parle à moi très personnellement.

Plus récemment, David Goodhart a été interviewé par Le Monde dès les premiers jours de « la crise des Gilets Jaunes », en date du 28 novembre 2018, sous le titre « « Gilets jaunes » : « La « France périphérique » demande à être respectée » :

Son essai The Road to Somewhere (« La Route pour quelque part », C. Hurst & Co. Publishers Ltd, 2017, non traduit) est devenu la bible des ténors du parti Les Républicains. Depuis quelques semaines, certains proches d’Emmanuel Macron l’ont lu également avec attention. David Goodhart, journaliste et écrivain britannique, fait une nouvelle analyse des clivages politiques issus du Brexit et de l’élection de Donald Trump : pour lui, au clivage gauche-droite s’est substituée une distinction anywhere/somewhere (de « nulle part »/de « quelque part »).

Un concept pratique

Détaillons quand même un peu, quitte à forcer le trait (mais c’est le principe de ce genre de dichotomie).

Sont « anywhere » les gens qui au fond pourraient vivre n’importe où dans le monde — à condition que ce soit dans une grande métropole, de préférence une grande métropole de classe mondiale, les grandes métropoles étant devenues au fond assez interchangeables. Ils ne sont pas attachés à là où ils sont : aujourd’hui ils sont à Londres, demain ils pourraient être à Dubaï, Singapour, Tokyo, Paris ou New York. Les « anywheres » sont des gens mobiles, dynamiques, jeunes et jolis, évidemment progressistes. Les « anywheres » sont des gens ouverts !

« Anywhere » est un peu un synonyme pour « élites mondialisées », les « gagnants de la mondialisation ». En d’autres temps et avec des sens un peu différents, il y a « apatrides », « cosmopolites » ou encore « high flyers ».

« Anywhere » veut dire aussi bien « nulle part » que « n’importe où ». Il me semble quand même que dans ce contexte, c’est surtout « n’importe où ». La plasticité de la langue anglaise est fascinante. « Anywhere », « wherever », pour moi ça sonne comme « whatever », qui veut dire « n’importe quoi », et qui est le titre de la traduction anglaise d’ « Extension du Domaine de la Lutte », le premier roman de Michel Houellebecq.

Sont « somewhere » les gens qui vivent quelque part, et qui auraient du mal à vivre ailleurs. Ils sont supposés être là où ils sont par choix. Pour toutes sortes de raisons, ils sont attachés à là où ils sont — et partant de là, ils tiennent à ce qu’ils sont. Ils tiennent à leur quelque part et ne se voient pas ailleurs. Les « somewheres » sont des gens immobiles, statiques, vieux et moches, évidemment suspects de conservatisme ou pire. Les « somewheres » sont des gens fermés !

Je sais
Que tu sais
Qu’on n’ira sûrement jamais
Que les vagues, les landes
C’est des lampions, des guirlandes
Qu’on reste toujours
Vissés à quelque chose de lourd

La dichotomie « anywhere / somewhere » est assez parallèle à quelques autres dichotomies de notre époque : « défenseurs de la société ouverte / nostalgiques de la société fermée », « France des métropoles / France périphérique », « gagnants de la mondialisation / perdants de la mondialisation », et j’en passe et des pires.

Je ne vais pas plus disséquer ces concepts dans ce billet. En un sens, je l’ai déjà fait, avec d’autres mots, notamment dans un long billet de mars 2017, mois fertile, intitulé « L’impasse de l’ouverture« . Ou encore dans le diptyque « Le parti des perdants » , écrit au lendemain du vote du Brexit / « Le mépris des gagnants » , écrit un peu avant l’élection de Trump. J’ai déjà dit ce que je pensais du chantage à la modernité.

Je partage avec Agnès cette crainte qu’elle a exprimée l’autre jour chez Roger :

(…) la peur de se répéter. Parfois, quelque chose me donne envie de m’exprimer, je commence à chercher, compiler des références, des axes de réflexion et paf, je tombe sur un truc que j’ai écrit il y a quelques années et qui dit exactement la même chose que maintenant, mais en mieux.

Essayons quand même.

Qu’est-ce que m’inspire à moi, moi-même personnellement, la dichotomie « anywhere / somehere » ?

Go anywhere, young man!

Pendant la deuxième partie de la dernière décennie du XXème siècle, une fois sorti de Grande École, j’ai passé la plus grande partie de mon temps hors de France.

J’étais un anywhere, j’étais presque un anywhere, j’aurais pu devenir un anywhere, j’étais programmé pour devenir un anywhere. Je voulais devenir un anywhere.

J’aurais pu être un anywhere, et puis je suis devenu un somewhere. Un peu comme je devrais être macronien, quel dommage.

J’ai failli devenir un anywhere, mais c’était trop tout pourri dans ma tête, ça se voyait trop et ça m’a rattrapé. L’atterrissage a été difficile. Je ne regrette rien, soit dit en passant, ou alors peut-être un peu de l’ivresse de l’été 1999 et de l’ivresse de l’été 2000. Qu’importe l’atterrissage, pourvu qu’il y ait eu l’ivresse. C’est le passé. C’est loin maintenant, c’est tellement loin.

Les Amériques, c’est chouette pour prendre du carbure. On peut y vivre, à la rigueur. Mais question de laisser ses os, hein, y’a que la France !

J’ai peut-être pensé que je repartirai. Et puis je ne suis pas reparti. Juste très rarement. Quelques déplacements professionnels rares, quelques vacances. Rien de plus.

Bref, ça va faire vingt ans que je vis en banlieue parisienne. A peu près toujours dans le même coin. Quelques dizaines de kilomètres carrés. Un cercle de quatre ou cinq kilomètres de rayon. C’est ça mon somewhere. C’est chez moi.

C’est un drôle de somewhere, mais c’est chez moi.

Go to where the Ikeas are.

Je ne suis qu’à quelques kilomètres de Paris, à quelques dizaines de minutes, mais je ne me définis pas comme parisien. Surtout pas. Je ne suis pas parisien. Pour toutes sortes de raisons, je ne me sens pas parisien. J’évite même de dire que je vis en « région parisienne » — je préfère dire « Île-de-France ». Je n’aime pas beaucoup l’expression « banlieue » parce qu’elle aspire le mot « parisienne ». J’utilise couramment le mot « banlieusard ».

Un article de The Economist récemment évoquait les idées de David Goodhart. C’était la chronique européenne « Charlemagne », en date du 11 mai 2019, à propos des élections européennes à venir, sous le titre « Between somewhere and anywhere » dans l’édition papier, devenu « The politics of suburbia in Europe » dans l’édition en ligne.

To the extent that they play a role in European culture, suburbs have a mixed image. (…) Most often, European suburbs are anonymous blank canvasses. Elfriede Jelinek and Michel Houellebecq, the twin masters of the dark contemporary European novel, have both lived in suburbs and are fascinated by what they see as the soulless nothingness of these « peri-urban » realms. More so than their American or Australian counterparts, European suburbs are anonymous places.

And yet it is in suburbia that Europe’s most important political shifts are occurring. They are melting pots where the pro-European internationalism of city centres meets rural scepticism, where fascination with the new meets love of the familiar. (…)

Suburbs were also crucial in the French presidential election of 2017. The battle between Emmanuel Macron and populists like Jean-Luc Mélenchon and Marine Le Pen was especially fierce in the outskirts of Paris. (…)

To understand the fault lines in today’s Europe, then, go to the suburbs. Go to where unloved tower-blocks loom over empty streets, where the roar of motorways echoes in patches of woodland, where the somewheres mingle with the anywheres. Go to where the Ikeas are.

Dans la mesure où elles jouent un rôle dans la culture européenne, les banlieues ont une image contrastée. (…) Le plus souvent, les banlieues européennes sont des toiles vierges et anonymes. Elfriede Jelinek et Michel Houellebecq, les deux maîtres jumeaux du roman sombre européen contemporain, ont tous deux vécu dans des banlieues et sont fascinés par ce qu’ils considèrent comme le néant sans âme de ces royaumes « périurbains ». Plus que leurs homologues américaines ou australiennes, les banlieues européennes sont des lieux anonymes.

Et pourtant, c’est en banlieue que se produisent les changements politiques les plus importants en Europe. Ce sont des creusets où l’internationalisme pro-européen des centre-villes rencontre le scepticisme rural, où la fascination pour le nouveau rencontre l’amour du familier. (…)

Les banlieues ont également été déterminantes lors de l’élection présidentielle française de 2017. La bataille entre Emmanuel Macron et des populistes comme Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen a été particulièrement féroce dans les périphéries de Paris. (…)

Pour comprendre les lignes de faille dans l’Europe d’aujourd’hui, allez dans les banlieues. Allez là où des tours mal aimées dominent des rues vides, où le rugissement des autoroutes se répercute sur des parcelles boisées, où les somewheres se mêlent aux anywheres. Allez là où sont les Ikeas.

C’est ainsi que je ressens la banlieue parisienne, ma banlieue parisienne, mon somewhere, depuis bien longtemps. Sur la frange, quelque part entre le centre d’une grande métropole mondialisée et ses périphéries, c’est-à-dire quelque part entre un paradis pour anywheres et des purgatoires pour somewheres. C’est quelque part. C’est somewhere. C’est mon somewhere.

C’est chez moi

C’est chez moi. C’est chez nous, nous, moi et mes proches, moi et mes semblables. C’est là que je vis, depuis bientôt vingt ans. C’est là que ma fille est née, c’est là qu’elle grandit.

C’est du bitume. Des rails. Du béton. De la terre. De la poussière. Des rues. Des avenues. Des rocades. Des autoroutes. Des poteaux. Toutes sortes des bâtiments. Des briques. Du béton. De la pierre meulière. Du verre et du métal. Des bagnoles de partout. Des souterrains. Des voies ferrées. Des arbres. Toutes sortes de végétations. De la poussière. Et tutti quanti. C’est globalement plutôt moche, même si la lumière de l’été peut tout transfigurer. C’est sur terre. C’est somewhere. C’est mon bout de terre. C’est chez moi.

Quand on me parle de fin du monde, je me demande ce qu’il adviendra de ce petit monde-là.

Parks, Paläste und Hotels
Europa Endlos
Wirklichkeit und Postkarten-Bilder
Europa Endlos

C’est mon somewhere. J’y ai mes repères.

Je connais les temps de trajet, les numéros des bus, les fréquences des trains, les carrefours pénibles en voiture, les raccourcis piétons, les horaires des espaces verts, les coins à éviter la nuit, les astuces, les tours et les détours.

Je connais les rues. Je sais les bruyantes de voitures. Je sais les calmes où le soir on peut marcher tranquillement au milieu de la chaussée. Je sais celles qui ont des arbres, et celles qui en manquent. Je sais celles qui ont des arbres ordinaires, et celles qui ont des arbres originaux — que je serais bien incapable de nommer, mais je sais qu’ils sont uniques dans le coin.

Je connais les noms des rues. Ça n’a l’air de rien, les noms de rues. Des noms que tout le monde connait sans savoir au fond qui ils étaient. Des noms qui pourtant définissent les lieux.

Il y a des noms qui reviennent comme partout en France, de Victor Hugo à Charles de Gaulle en passant par Jean Jaurès. Et puis il y a des noms plus marqués banlieue parisienne, comme d’Estienne d’Orves (le prénom est toujours omis), Gabriel Péri, Jean-Pierre Timbaud, Pierre Curie aussi (sans Marie, étonnant mais plus fréquent que je ne l’imaginais). Des noms rescapés de la chute de l’Union Soviétique. Et enfin il y a des noms qui n’appartiennent qu’à une seule commune, parfois à deux. On les connait parce qu’on est du coin, et on est du coin parce qu’on les connait.

Je connais tous les chemins de mon pays

C’est mon somewhere. J’y ai mes souvenirs.

Des souvenirs de comment c’était avant, de ce qui n’a pas changé et de ce qui a changé. De là où a enterré l’électricité, et là où on ne l’a pas encore enterré. Des tas de béton qui sont apparus en quelques mois et je me souviens de ce qu’il y avait avant. Des lignes de tram qui se sont faufilées tant bien que mal. Des lignes de bus déplacées et je me souviens d’où elles allaient avant. Toutes sortes de choses qu’on ne remarque que sur la durée — on les remarque parce qu’on est du coin, et on est du coin parce qu’on les remarque.

Des souvenirs qui ne sont qu’à moi, ou presque. La maternité où ma fille est née. L’avenue où mon bus s’est fait caillasser un soir d’hiver. La pharmacie de garde à l’autre bout de la commune un dimanche de vilaine bronchite.

Des souvenirs qui ne sont qu’à moi et à personne d’autre. Certains lieux précis, un coin de rue, un bout de trottoir, un poteau, un banc, qui me ramènent, me ramèneront toujours à un jour particulier, une pensée spécifique, un moment dans le temps, ce que j’écoutais, ce que je disais, ce que je pensais à un moment précis. Des entrelacements indéchirables, entre des points dans l’espace et des points dans le temps.

Une plante étrange, qui sort d’une fissure entre un mur et un trottoir, et qui tous les printemps part escalader une gouttière, à côté de la devanture d’une épicerie. Le gérant de l’épicerie doit prendre soin d’elle. À l’été, elle dépasse les deux mètres. Mais à part lui et moi, qui la regarde ? Elle est à nous.

Une tâche sur le bitume, plus haut dans ma rue, avec une forme bien particulière. Je suis sûr d’être le seul à y avoir jamais prêté attention, et encore plus le seul à y reconnaître la forme géographique d’un grand pays d’Europe. Elle est à moi. Elle n’est qu’à moi.

C’est mon somewhere. J’y ai mes traces.

Marcher sur le bitume ne laisse pas de traces, mais j’ai beaucoup marché dans ces quelques kilomètres carrés, surtout depuis un an.

Je ne laisserai guère de traces dans ces lieux, mais ces lieux ont imprégné, modelé, formé mon esprit, au fil de toutes ces années.

C’est mon département, ma région, mon canton, ma circonscription, ou juste à côté. C’est près de chez moi. C’est chez moi. C’est là où je vis. Depuis bientôt vingt ans.

Ce n’est pas un anywhere. C’est mon somewhere même si souvent ça ressemble à un nowhere.

Ça aurait pu être différemment ? Ça aurait pu peut-être être mieux ? Ça aurait pu certainement être pire ! J’ai eu de la chance. Vous ne savez pas à quel point j’ai eu de la chance. Dix ans au même endroit, vingt ans dans le même coin ; juste trois déménagements en vingt ans ; la plupart de mes lieux de travail à des distances raisonnables (au sens de l’Île-de-France : moins de 45 minutes chaque matin et chaque soir). Je vous dis que j’ai eu de la chance.

Alors à la fin, j’aurais fait partie de l’histoire de ce petit bout de terre, de ce coin de banlieue parisienne, à mon échelle, à une échelle minuscule, à l’échelle de mes semblables. À user mes souliers dans ces rues. À respirer son air. À participer à ses flux. Avec mon tout petit bout de terre à moi, un olivier, des vieux rosiers remplacés par un vigoureux potager, deux bacs à compost touillés avec affection, l’un d’entre eux a même hébergé récemment pendant quelques semaines un sympathique hérisson, c’est dire si on a réussi à revivifier nos quelques mètres carrés de terre.

Il m’est arrivé de me dire, très sérieusement, que le compost, c’est que ce que j’aurai réussi de mieux sur cette terre.

Mais c’est quand même la banlieue.

Juste la banlieue. Juste une banlieue. Une commune dont le nom est inconnu au-delà du département. Un lieu que personne ne sait situer. Un endroit qui n’évoque rien à personne. Un bout de banlieue assez interchangeable. Peu seraient capables de voir la différence entre ma commune et une commune similaire. Elles sont toutes similaires, ou presque.

Alors c’est quand même tentant de dire que c’est nowhere. C’est nulle part. C’est nulle part parce que c’est partout pareil. The soulless nothingness of peri-urban realms, comme écrit The Economist. Le néant sans âme de royaumes périurbains.

Stone, the world is stone
Cold to the touch
And hard on the soul
In the grey of the streets
In the neon unknown
I look for a sign
That I’m not on my own
That I’m not here alone (…)

Stone, the world is stone
From a faraway look
Without stars in my eyes
Through the halls of the rich
And the flats of the poor
Wherever I go
There’s no warmth anymore
There’s no love anymore

Anywhere? Somewhere? Non, juste nowhere.

We just ended up here

J’ai écrit quelques centaines de billets sur ce blog, j’en ai oublié une bonne partie, et puis il y en a quelques-uns auxquels je repense souvent. Parmi ceux-ci il y a un billet très court, écrit en juillet 2013, autre mois fertile, intitulé « We just ended up here » . En un sens, le présent billet est une répétition, ou un prolongement, ou un approfondissement de cet autre billet d’il y a six ans.

La question était, comment en est-on arrivé là ? La réponse était, on ne sait plus très bien, on y est, c’est tout.

Nous sommes juste de passage, dis-je souvent. Nous ne sommes qu’une étape. L’erreur, c’est de vouloir conclure.

La question suivante est, est-ce qu’on saurait repartir ailleurs ?

Il y a un an, il y a deux ans, j’aurais probablement pu, j’aurais probablement dû, balayer tout ça, tout brûler, tout détruire, comme on arrache de vieilles racines. Je ne l’ai pas fait. J’en ai été incapable. Je me suis réfugié dans quelques formules ancestrales : Il faut savoir se contenter de ce qu’on a. Il ne faut pas ajouter du malheur au malheur. Tu es poussière et tu retourneras en poussière. Ce genre de choses.

Est-ce que je serai capable, un jour, de repartir, de moi-même ?

Le hérisson est reparti, il y a quelques semaines, sans laisser d’adresse. Hier, j’ai vu un hérisson écrasé, dans ma rue, à quelques mètres à peine de mon muret. Ça m’a brisé le cœur. Je ne sais pas si c’était lui. Je n’en sais rien. Si c’était lui, il n’est pas allé bien loin.

Et moi je suis toujours là. I’m still standing.

C’est pas anywhere, c’est somewhere, c’est un peu nowhere, mais c’est chez moi. Non, je ne sais pas si je saurai m’en arracher un jour.

People in this world we have no place to go.

Bonne nuit.

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5 commentaires pour Anywhere, somewhere, nowhere

  1. Perrick dit :

    Très proche des commentaires d’un Bruno Latour dans son « Où atterir ? »
    https://editionsladecouverte.fr/catalogue/index-O___atterrir__-9782707197009.html
    Il y évoque u passage les alliances (inattendus et probablement douloureuses) que ce clivage hors-sol / terrestre (dans son vocabulaire) nous imposera…

  2. paul dit :

    ello… il y a aussi autre chose dans la distinction ainiouaire/ici… bon, sans dec… c’est l’idée de s’inscrire dans le temps et l’espace dans un nouage structurant et structuré, subjectif à la réalité, donc, de s’y « reconnaître » comme être subjectif, alors que, si précisément on « n’est pas » dans ce nouage, mais libre, parce que « fou », on est dans une errance quelque soit le temps l’espace, pas simplement matériel, géographique, culturel,mais que,comme il n’y a pas ce mécanisme de relation à la limitation, autrement « dite » « castration », acceptation de ses limites et de sa finitude, il n’y a pas de structuration d’attribution de sens, de régulation de la pulsion, de la jouissance, de cette possibilité d’être « pas tout », mais précisément, subjectif, sujet, déterminé, la personne « non-sujette » ne joue qu’avec des formes, des images,un Imaginaire, et ne sait « couvrir » ce réel qui n’est pas plus ni moins de la réalité… alors, peu importe aussi les formes,il passe de l’une à l’autre, il n’en est d’aucune.
    être « d’ici » se traduisait, et se traduit aussi encore probablement pour d’autres que moi ou vous je soupçonne, puisque que vous donnez quelque part l’exemple de ce hérisson parti, et de celui tué sur la rue vous brisant le coeur, par cet attachement localisé, souvent de façon très intime, par le lieu où un vivant,pas forcément de la même espèce que la sienne, est enterré. On était et est encore de là oùdes proches sont enterrés.
    Je vis à la campagne. Ma mère a enterré ses chiens dans le jardin, moi j’y enterre mes chats. Et pourtant, nous sommes aussi et encore de ce coin d’île de france (la photo que vous mettez en illustration me la rappelle un peu) où nous ne pouvons pu vivre faute de moyen, mais où nos anciens sont enterrés.
    ça n’a rien de rationnel, et tout d’affectif structurant. l’exemple de ce hérisson m’y renvoie. on a partagé, vécu ensemble dans un même espace, et l’émotion du sang, de la dépouille, sur le bitume, nous le rappelle : c’était un « prochain ». on est lié.par ces vies à ce lieu.

  3. Anonyme dit :

    Bolts from above hurt the people down below 

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