Hommage à Kraftwerk

Billet écrit en temps contraint

Das Leben ist Zeitlos
Europa Endlos

La nouvelle du décès de Florian Schneider, co-fondateur de Kraftwerk, a été annoncée ce soir, 6 mai 2020. Les hommages sont et seront nombreux et mérités. Beaucoup d’autres exprimeront mieux que moi l’importance, l’influence et la beauté de l’œuvre de Florian Schneider et de Kraftwerk. Qu’il me soit juste permis ici d’apporter un hommage personnel, très personnel, probablement trop personnel, mais juste sincère.

C’est sûrement très banal, mais je dois énormément à Kraftwerk.

La première fois que j’ai entendu la version originale de « Radioactivity », c’était boulevard Diderot, à Paris, avec ma minuscule radio FM et mes écouteurs d’époque, un soir, très tard, pendant l’été 1997. La radio était probablement RTL. Je marchais depuis Saint-Mandé et la place de la Nation, et j’allais prendre le bus 91 à l’arrêt « Gare de Lyon ».

Bien des années plus tard, j’ai appris que « Trans-Europe Express » avait été conçu juste à côté, au « Train Bleu », dans la Gare de Lyon, au printemps 1976.

La première fois que j’ai entendu « Radioactivity », j’ai été saisi, je n’avais à peu près jamais rien entendu de tel. Mais je n’ai pas pensé que Kraftwerk prendrait une telle place dans ma vie.

J’ai découvert Kraftwerk à la fin des années 1990s, et Kraftwerk ne m’a plus quitté depuis.

Je me souviens de petits matins d’hiver en 1998, aux confins de la Ruhr, où un collègue mettait « Radioactivity » très fort dans le bureau encore presque vide. La vue de son bureau donnait sur un chantier. Le soleil se levait. Le compteur Geiger crépitait, puis résonnait toute la puissance de l’énergie électrique. C’était saisissant.

Radioactivity
Is in the air, for you and me

Je me souviens d’une belle soirée d’été en 2000, au pied des Montagnes Rocheuses, un dîner avec quelques collègues au grand air, un restaurant indien je crois, l’air était bleu et pur, toutes sortes de musiques passaient, et puis tout un coup je reconnais les premières notes de « Trans-Europe Express ». Loin, si loin de l’Europe.

From station to station
Back to Düsseldorf City
Meet Iggy Pop, and David Bowie

Je me souviens d’un dimanche après-midi pluvieux, le 2 mars 2003 (date facile à retenir : la veille du lundi 3/3/3), en sortant péniblement de la banlieue de Nimègue, en traversant ses promenades, ses avenues, pour remonter la basse vallée de la Meuse en direction de Liège, et c’était « Europe Endless » qui m’accompagnait.

Promenades and avenues
Europe endless
Real life and postcard views
Europe endless
Elegance and decadence
Europe endless

Je me souviens d’une triste soirée, pendant l’hiver 2005, à rouler au hasard dans la banlieue parisienne en écoutant en boucle « The Telephone Call », en pensant à Vancouver et en essayant de ne pas pleurer.

I give you my affection and I give you my time
Trying to get a connection on the telephone line
I call you up, from time to time
To hear your voice, on the telephone line

Je me souviens d’une soirée ensoleillée de juillet 2013, c’était aussi le soir de l’accident ferroviaire de Brétigny-sur-Orge, et je mesurais la beauté autant que la pertinence visionnaire des paroles de « Computer Welt », quelques jours après l’arrivée d’Edward Snowden à Moscou.

Interpol und Deutsche Bank
FBI und Scotland Yard
Flensburg und das BKA
Haben unsere Daten da
Nummern, Zahlen, Handel, Leute
Nummern, Zahlen, Handel, Leute
Computerwelt
Computerwelt
Denn Zeit ist Geld

Je me souviens de toutes les technologies successives des premières années de ce siècle, de Napster à YouTube en passant par Kazaa pour finir avec Spotify, où immanquablement je partais à la recherche de versions plus ou moins exotiques de morceaux plus ou moins connus de Kraftwerk. Je dois encore avoir dans un coin des MP3 de concerts improbables, à Cologne ou à Anvers de mémoire, je ne sais plus très bien.

Je me souviens de toutes ces années pourries, où parmi les planches de salut qu’il m’arrivait de serrer très fort, comme un naufragé serre son radeau pour éviter d’être emporté par une vague, pour tenir, parmi mes planches de salut fidèles, il y avait toujours, encore et toujours, la trilogie fantastique « Trans Europe Express », « Abzug » et « Metal on Metal ». Surtout « Metal on Metal ». Plutôt la version 1991 que la version 1976, en général. Quoique.

Je me souviens du soir où est née ma fille – je ne savais pas encore que ce serait ce soir-là, mais déjà à l’époque elle n’en faisait qu’à sa tête – et où je rentrais chez moi avec une certaine fébrilité. Le train traversait le plus large pont ferroviaire d’Europe (le seul plus large, de mémoire, que le pont sur le Rhin en face de la cathédrale de Cologne) quand mon lecteur MP3 de l’époque arrivait à la conclusion de « Metal on Metal » version 1991. It’s time. Le moment est venu. Faut y aller. On y va. C’est ce qui disait ce morceau, même s’il ne le disait qu’à moi.

Je me souviens avoir mis des paroles, des émotions, des images, à divers morceaux de Kraftwerk. Des paroles que je n’ai jamais dites à personne. Des émotions qui ne sont qu’à moi.

Je me souviens de tellement de lieux, de moments et de circonstances littéralement signées, marquées, référencées par divers morceaux de Kraftwerk. Je n’ai évoqué que quelques-unes de ces circonstances dans ce court billet. J’en ai des dizaines. J’en ai des centaines. Je ne sais pas combien.

Je ne sais pas combien il y a de références, explicites ou implicites, volontaires ou involontaires, à Kraftwerk dans ce blog.

Je sais que je ne serais pas ce que je suis maintenant sans Kraftwerk, pour le meilleur et pour le pire.

Ma mémoire est indissociable de Kraftwerk.

C’est peut-être ridicule, mais c’est comme ça.

Je dois tellement à Kraftwerk, à Ralf Hütter et à Florian Schneider.

Du bist mir nah und doch so fern
Ich ruf’ dich an, ich hör’ dich gern

Gute Nacht.

Cet article, publié dans Uncategorized, est tagué , , , , , , , , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Hommage à Kraftwerk

Tous les commentaires seront les bienvenus.

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s