La dernière image

Ce blog a cinq ans.

Quelques réflexions décousues en guise de bougies d’anniversaires.

Je l’ai commencé un lundi matin, lundi 10 décembre 2012. J’ai hésité à attendre le mercredi 12/12/12, et puis je n’ai pas attendu. J’avais attendu depuis des années. J’avais attendu beaucoup trop longtemps, pour toutes sortes de mauvaises raisons. Il fallait que ça commence. L’essentiel c’est d’avoir commencé. D’une manière ou d’une autre. Sans projet particulier, sans ambition, sans but. Mais il le fallait.

Bilan

5 ans et 550 billets plus tard, je ne veux pas faire de bilan.

Je ne veux pas faire de bilan de ce que je suis devenu en cinq ans. Ce blog a accompagné des hauts et des bas. Et in fine, je crains qu’il n’ait fini par illustrer ce que j’aurais voulu occulter : il y a plus, beaucoup plus de bas que de hauts dans ma petite vie idiote. C’est comme ça. Je vis avec. Il ne faut pas que ça se voie.

Je ne veux surtout pas faire ce soir un bilan de ces cinq dernières années, et encore moins un nouveau bilan du quinquennat minable du deuxième petit président. Surtout pas.

En fait, c’est l’avenir qui m’inquiète. En fait, je me demande surtout si j’arriverai encore à tenir cette chose pendant cinq ans. Il faut être fou pour tenir un blog. Il y a cinq ans, j’avais du mal à me projeter dans l’avenir ; ça ne s’est pas amélioré.

Est-ce que je vais encore tenir cinq ans ? Je déteste les gens qui font des promesses sans avoir la moindre idée de leur capacité à les tenir. Je préfère ne rien promettre et faire quand même. Mais ce trait de caractère n’est qu’un indice de plus de mon inadaptation à ce petit monde de joueurs de pokers.

Est-ce que je vais encore tenir cinq ans ? Je vais essayer. On verra bien.

Index

En cinq ans, j’ai écrit beaucoup, ici et ailleurs. Plein de choses sont juste à jeter. Mais il doit bien rester des trucs potables.

J’ai toujours attaché des mots-clefs à tous mes billets, sauf un, dans un réflexe d’indexation. J’adore mon « nuage de mots-clefs », mais il est sans doute assez vain. J’ai semé toutes sortes d’hyperliens, dans un autre réflexe d’indexation. J’ai attendu trois ans pour essayer de doter ce blog d’une arborescence de catégories ; mais il reste presque deux cents vieux billets qui ne sont dans aucune catégorie. Bref, tout ça mériterait un sérieux effort de classement.

Peut-être la catégorie la plus pertinente est-elle juste les billets de la catégorie « _recommandés » : des billets relus avant ajout dans la catégorie, des billets que je suppose « potables », des billets pour lesquels je pourrais presque affirmer une certaine fierté. Fierté : encore un mot que je n’aime pas.

Peut-être devrais-je enfin abandonner ce prototype et passer à autre chose. Mais n’aurais-je pas alors peur de perdre l’acquis ?

Motivation

Pourquoi ai-je écrit des centaines de pages en cinq ans ? Je n’ai pas de réponse simple et rationnelle à cette question. Il le fallait. Il le fallait. Il fallait au moins que j’essaye. Je dis ça de tellement de choses, ces dernières années, avec souvent dépit, tristesse et amertume : j’ai essayé.

Pourquoi ai-je écrit tout ça ? J’ai écrit beaucoup de choses parce que je n’avais personne à qui parler de ces choses. J’ai mis ici, comme j’ai donné à l’autre, tout ce qui n’intéresse personne autour de moi, tout ce dont mon entourage se moque, tout ce dont je ne savais plus quoi faire.

XXIème siècle

Je note que c’est pendant ces cinq années que je me suis senti définitivement absorbé par le XXIème siècle. En 2012, je me considérais encore comme à cheval entre deux siècles. Maintenant je me considère comme avalé par celui-là, et il commence à me faire peur.

Incidemment, c’est pendant ces cinq années que j’ai commencé à ne plus dire « deux mille » quand j’énonce une année. J’ai repris l’habitude que j’avais il y a vingt ans, quand les dates étaient forcément au XXème siècle, donc je disais juste les deux derniers chiffres : Mitterrand a été élu en 81, ma première fois en Amérique c’était en 89, j’ai eu le bac en 90, etc.

Maintenant, je dis couramment : Macron a été élu en 17, la dernière fois que je suis allé à la montagne c’était en 13, la grande a eu le bac en 12, etc.

Deux mille, c’est devenu inutile. On va dire que c’est plus simple.

La dernière image

Je trouve remarquable que, avec tous ces médias de flux (en anglais, on dira « feed »), c’est que la première chose qu’un lecteur voit, c’est la dernière chose que l’auteur est publié. La dernière « mise à jour » Facebook, le dernier tweet, le dernier billet, la dernière photo. Et il faut que le lecteur ait une certaine motivation pour aller plus loin, que ce soit en remontant le flux, ou en utilisant les outils de navigation (mots-clefs, catégories, albums, thèmes, calendriers, liens, etc).

La première chose qui est vue, c’est la dernière.

Et même, souvent, la seule chose qui est vue, c’est la dernière.

Je tombe parfois sur des blogs abandonnés, au moins apparemment — ou des comptes Twitter, ou d’autres médias personnels du même genre. Le dernier billet remonte à un an, trois ans, parfois plus. En général, rien ne dit que ce billet était conçu comme le dernier. Il est juste devenu le dernier parce que l’auteur n’a rien écrit d’autre. L’auteur a abandonné, il s’est lassé, il est passé à autre chose, ou il lui est arrivé malheur, on ne sait pas, rien n’est indiqué.

Et le dernier billet, qui n’a pas été conçu comme tel, qui n’annonce aucune fin, qui n’énonce aucune conclusion, qui peut être complètement insignifiant et non-représentatif, fait office de point d’entrée. C’est la dernière image. C’est l’épitaphe.

Je pense souvent à cette notion. Souvent, ça me sert de motivation pour reprendre mon activité de publication, parce que je ne suis pas assez satisfait de la dernière publication, parce que en somme je voudrais la recouvrir. Je n’en ai pas honte, je ne la renie pas, mais je voudrais juste qu’elle ne soit plus dans la vitrine, et que — on ne sait jamais –, elle ne soit pas la dernière publication pour l’éternité.

Alors, est-ce que ce blog tiendra encore cinq ans ? Plus ? Moins ?

Est-ce qu’il y aura un jour un billet qui se présentera comme le dernier, qui expliquera pour ça s’arrête ? Ou est-ce que ce blog s’arrêtera parce que je serai passé à autre chose, ou parce que j’aurai craqué ? Quel sera le dernier billet ? Quelle sera la dernière image ?

J’ai toujours détesté — sans vraiment savoir pourquoi — des expressions telles que : Vivre chaque jour comme le dernier.

Et pourtant une des lois implicites de l’art du blog, c’est qu’il faut écrire chaque billet comme si c’était le dernier.

Et plus généralement, il faut chérir chaque minute qui passe, parce que pour toutes sortes de raisons ça peut très bien être la dernière.

Faute de mieux, forcément, faute de mieux.

Bonne nuit.

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Fritz Zorn : « les prétendues ‘choses élevées’ [ont] besoin d’un contrepoids qui symbolise ce qui est bas »

Voici un deuxième extrait du livre « Mars », de Fritz Zorn (1944 – 1976), publié en allemand en 1977 et en français en 1979.

Vous trouverez un peu de contexte en introduction au premier extrait déjà recopié sur ce blog, sous le titre « simplement, être dans la vie, cela, nous ne le voulions pas » . Je n’ai rien à ajouter ce soir.

Si vous êtes ayant-droit de Fritz Zorn et que vous pensez que j’enfreins votre droit d’auteur et assimilé, ne vous fâchez pas, contactez-moi et j’enlèverai ce que vous voudrez.

Dans mon édition (Folio n°1368, dépôt légal : octobre 2016), ce sont les pages 103 à 114. Les italiques sont de l’auteur. Les gras sont de de moi.

Je n’ai donc pas eu, au sens propre du terme, une éducation chrétienne – mais pas davantage antichrétienne ou, au moins, critique à l’égard de la religion. Ou, pour reprendre une parole célèbre de la Bible : celui qui ne se prononce pas ouvertement contre Jésus, celui-là, dans son cœur est toujours pour lui. L’abstention sur ce point n’est pas valable. Celui qui ne dit rien n’a pas encore surmonté le christianisme, il est au contraire demeuré chrétien. Mes parents espéraient que moi aussi je deviendrais un mécréant, mais ils n’avaient pas le courage de manifester ce vœu. J’ai pourtant été élevé, à plus d’un point de vue, dans un esprit qui, même s’il n’était pas consciemment chrétien, doit être qualifié cependant, en raison de sa nature profonde, de chrétien. J’entends par là les vertus chrétiennes les plus courantes, telles que la tempérance, le renoncement, la douceur, la résignation et avant tout, le refus catégorique de presque tout ce qui fait la vie. En d’autres termes : pas jouir de la vie mais la supporter sans se plaindre ; ne pas être pécheur mais frustré. Ce qui, naturellement, conduit tout droit au deuxième grand sujet inexprimable de mon enfance et de ma jeunesse, la sexualité. Or, à ce point de vue-là, je peux sûrement considérer mon éducation comme bien chrétienne ; en effet, que la sexualité fût le bourbier de tous les vices, pour nous cela ne faisait naturellement aucun doute. Je sais que je ne suis pas seul à avoir subi une éducation sexuelle contestable et que je ne raconte ici rien de neuf. Mais je tiens d’autant plus à parler de ce sujet qu’apparemment, eh bien, on n’en a pas encore assez parlé. Toutes les familles bourgeoises sont sans doute, aujourd’hui encore, opposées à la sexualité, mais il ne faut pas déduire que la chose soit sans importance simplement du fait qu’elle est répandue. Chez nous, l’attitude de mes parents à l’égard de la sexualité était naturellement le résumé et le couronnement de leur attitude fondamentale envers la vie : Non. Ou, s’il fallait absolument que cela existe – Oui, mais seulement pour les autres ; pas pour nous.

Une fois qu’on commence à se demander pourquoi il serait tellement évident que dans les milieux bourgeois et chrétiens la sexualité représente la quintessence du mal, il n’est pas facile de donner une réponse. Il ne m’appartient d’ailleurs pas de répondre à cette question vieille de deux mille ans. Toutefois, quelques éléments qui pourraient conduire à une réponse m’apparaissent très clairement quand j’évoque l’atmosphère qui régnait dans la maison de mes parents. La conscience de la tradition constitue sûrement l’un des aspects bourgeois du problème. Ce qui a toujours compté doit continuer à compter, que ce soit bon ou mauvais ; ou, en termes bourgeois, quand quelque chose a déjà compté depuis longtemps, cela ne peut tout de même pas être mauvais et, par conséquent, il faut bien que ce soit bon. (Dans ce contexte je me permettrai de renvoyer à notre armée suisse.) Donc, si les grands-parents et les arrière-grands-parents ont jugé bon de considérer la sexualité comme une chose inconvenante, les jeunes générations traditionalistes ne veulent pas la voir autrement, même si elles ne font pas, en cela, preuve d’une grande réflexion ; en effet, quand un arrière-petit-fils commet la même faute que son arrière-grand-père, la plupart du temps l’âge vénérable de cette faute fait qu’il la considère tout bonnement comme une vertu.

J’imagine que cela dut être un peu aussi le cas de mes parents : ils ne se sentaient pas une vocation de révolutionnaires qui auraient dû avoir tout à coup une autre conception de la sexualité que toutes les générations qui les avaient précédés. L’autre aspect essentiellement chrétien apparaît, lui aussi, avec évidence : pour peu qu’on veuille trouver, à la façon chrétienne, son salut dans les prétendues « choses élevées », choses de l’esprit, on a également besoin d’un contrepoids qui symbolise ce qui est bas, et si l’on veut voir dans la bassesse le contraire de la spiritualité, c’est-à-dire la chair, cette bassesse de la chair on la trouve sans doute le plus volontiers dans la sexualité et l’amour physique. (L’idée que la sexualité n’est pas moins spirituelle que charnelle et qu’en tout cas il ne faut pas concevoir le corps et l’esprit comme un couple antagoniste mais comme une unité, je crains qu’elle n’ait échappé à la doctrine chrétienne et à son obstination candide.) Celui qui veut, en tout, ce qu’il y a de plus élevé, immanquablement finit par trouver quelque chose qu’il veut considérer comme le plus bas, et pour pouvoir porter une chose aux nues, sans doute faut-il aussi qu’on en maudisse une autre.

Or, chez nous aussi, les « choses élevées » étaient les bienvenues. Des invitées très commodes car, au fond, grâce aux « choses élevées », il est facile de faire tout ce qui vous passe par la tête. Chez soi, on peut même rester assis sur le divan, chaussé de pantoufles, et participer en même temps des « choses élevées » ; pas besoin de se donner tant de mal pour cela. Se débattre dans le bourbier, comme on dit, de l’existence, ou même s’occuper du péché, c’est tout de même beaucoup plus fatigant ; cela demande qu’on fasse au moins quelque chose. En tout cas je crois que ce qu’on appelle vertu n’a quelque valeur que si on l’acquiert dans les larmes ; tant que la vertu se borne à suivre la voie de moindre résistance, elle appartient au Démon. C’est ainsi que les « choses élevées » si souvent invoquées peuvent aussi constituer une voie de moindre résistance. Ce qui signifie, dans le domaine érotique : fidélité conjugale bourgeoise peut fort bien être tout simplement la plus commode des solutions ; les histoires scandaleuses sont considérablement plus difficiles et incommodes. C’est pourquoi on peut sûrement dire de la sexualité qu’elle est une chose incommode, avant tout parce qu’elle engendre et suscite des problèmes. Cependant, si quelqu’un préfère se sentir à l’aise plutôt que mal à l’aise, d’avance il verra d’un mauvais œil tout ce qui pose des problèmes. Comme il est dit dans la fable du renard et des raisins : celui à qui il est trop difficile d’atteindre quelque chose dit volontiers qu’au fond il n’en a aucune envie. Le plus souvent il est très facile de renoncer à une chose ; vouloir une chose est souvent très difficile. Ou, comme l’a formulé un de mes amis : naturellement le sexe est et a toujours été un péché parce qu’on n’a pas besoin de se donner du mal pour obtenir ce qui est défendu.

Mais un autre aspect du problème, c’est que la sexualité représente toujours, dans la nature humaine qu’il y a de plus vrai, de plus vital et de plus énergique, elle met toujours tout en jeu. Mais chez nous, ces choses-là étaient très malvenues. Le vrai nous faisait profondément horreur ; nous ne voulions jamais aller au fond d’une chose, nous préférions trouver toujours tout « compliqué ». Nous ne voulions jamais faire quelque chose par nous-mêmes ; nous aimions mieux sourire de ce que faisaient les autres. Nous ne voulions pas mesurer nos énergies, nous voulions être harmonieux et neutraliser tous les différends au profit d’un néant couleur de rose ressemblant vaguement au bonheur. Mais avant tout nous ne voulions jamais « le tout » : le tout, c’étaient toujours les autres, nous, nous étions à part. Une chose, plus encore, nous répugnait : le sexe était nécessairement toujours en rapport avec le corps honteux, le corps que tous les autres, les êtres bas, ne trouvaient nullement honteux mais désirable ; nous, nous ne pensions naturellement pas cela. De plus, on ne peut pas nier que la sexualité vous met à découvert, dans tous les sens du terme. Or c’était justement cela que nous ne voulions à aucun prix. Notre devise, c’était surtout ne pas se mettre à découvert.

Je nous comparerais à des bernard-l’ermite. Par-devant, le bernard-l’ermite est joliment cuirassé et résistant, mais son arrière-train est nu. C’est pourquoi il doit mettre à l’abri sa nudité vulnérable dans des coquilles vides, laissant passer au-dehors sa partie antérieure. Cependant, à mesure que le bernard-l’ermite grandit, la demeure dont il est locataire devient peu à peu trop étroite pour lui et il est forcé de déménager dans une plus grande. Quel tourment ne doit pas endurer ce bernard-l’ermite quand il lui faut se risquer à gagner une nouvelle maison en exposant son arrière-train à tous les prédateurs ! Combien le laps de temps doit être affreux pour lui, au cours duquel il a déjà quitté sa vieille maison protectrice pour ne plus jamais la revoir et ne sait pas encore où il trouvera un nouveau logis à sa mesure ! Je me dis que nous étions aussi comme ces bernard-l’ermite. Par-devant nous étions avantageusement cuirassés mais, par-derrière, la nudité menaçait. Seulement nous n’étions pas de très courageux bernard-l’ermite et nous préférions dépérir au milieu de nos souffrances dans notre maison trop étroite. Le haut du corps ne posait pas de problèmes ; mais le bas était contraint de s’étioler dans un resserrement malsain plutôt que d’accepter, pour son propre salut, que sa nudité fût dangereusement exposée en public. Il est naturel qu’on qualifie ce crustacé d’ermite car le refus de la mise à nu est asocial.

Formulé en termes connus de tout enfant élevé dans la bourgeoisie : on ne parle pas du sexe. Dans la mathématique de la frustration, l’équation s’énonce de la façon suivante : « On ne parle pas de la sexualité, donc elle n’existe pas », égale « La sexualité n’existe pas : donc on n’en parle pas ». Les choses se passaient donc chez nous comme dans tous les milieux semblables : nous ne parlions pas de la sexualité ; ce mot était rayé de notre vocabulaire.

Ce qui me permet d’aborder un autre charmant sujet, la grande affaire de toute éducation, dont le seul nom est une horreur en soi : l’information. Comment on peut expliquer tout l’univers aux enfants sans compromettre leur salut et qu’il faille cependant les informer sur la procréation et la naissance tout en éprouvant une peur terrible que leur salut en soit effectivement compromis, voilà une énigme que je ne suis pas arrivé à résoudre jusqu’à ce jour. Enfant, je savais que les communistes sont méchants et que les anticommunistes sont bons ; j’étais initié à certaines arguties théologiques selon lesquelles, par exemple, la religion et son Eglise étaient bonnes quoique Dieu fût mauvais ; mais ce que c’était qu’un homme et ce que c’était qu’une femme, cela je ne le savais pas car on ne m’en avait tout bonnement pas informé. Pour ce qui était de découvrir le domaine de la sexualité, j’en étais entièrement réduit à mon inspiration et j’obtenais d’ailleurs d’assez jolis résultats. Je savais que les petits enfants naissent parce qu’un homme et une femme « ont été ensemble » et que les petits enfants « sortent de la mère ». Je me figurais dès lors que l’homme a une émanation mâle et la femme une émanation femelle et que quand un homme touche une femme, la transpiration de l’homme pénètre dans la femme par la peau et qu’un enfant se forme alors dans le corps de la femme. Cependant, comme il fallait que cet enfant « sorte » et comme j’avais appris que le nombril était le « centre du monde », il était évident que les bébés quittaient le corps maternel par l’ouverture du nombril. Plus tard j’appris aussi qu’il existait des enfants illégitimes pour qui c’était « arrivé ». Ce qui signifiait naturellement que l’homme avait touché la femme par distraction, peut-être à un moment où il transpirait beaucoup, de sorte que « malgré toutes les précautions », un peu de la sueur de l’homme avait pu pénétrer dans la femme — par le poignet, par exemple — si bien que c’était « arrivé ».

Toutefois ce savoir restait mon secret, car je savais qu’il n’était pas bon de parler de ces choses. Un jour, en lisant, j’étais tombé sur le mot « chaste » et je n’étais pas parvenu à m’en expliquer le sens. Comme i questionnais ma mère, elle fut prise de la plus grande gêne. Je ne comprenais pas bien si, tout simplement, elle ne savait pas ce que signifiait « chaste » ou si elle ne pouvait ou ne voulait pas me le dire. Seul était clair qu’il lui était profondément désagréable de se voir empêtrée dans la situation, créée par moi, de devoir m’expliquer le mot « chaste ». C’était comme quand on parlait de Dieu à mon père. C’était quelque chose de très très mal, qui aurait bien mieux fait de ne pas se produire, un sujet qu’on n’aurait pas dû aborder, si bien que tout le monde respirait une fois qu’on l’avait laissé tomber. Malheureusement, dans mon innocence, je sauvai la pénible situation en proposant moi-même une explication. D’après le contexte où apparaissait le mot « chaste », pouvait signifier quelque chose comme « convenable » ; et je formulai cette supposition devant ma mère. Aussitôt l’expression d’angoisse disparut de son visage, soulagée elle dit : Oui, oui, oui, c’est exactement cela que ça veut dire, et l’élément gênant disparut aussitôt. Plus tard, quand j’eus appris ce que c’était que « chaste », je compris aussi que ce n’était pas un sujet de conversation. Cela faisait partie des choses « compliquées ».

Manifestement, la sexualité n’était pas harmonieuse, elle était au nombre de toutes ces choses inexprimables qu’il fallait bannir du petit horizon de notre harmonie domestique. Dès lors je considérais tout ce qui est sexuel comme parfaitement hostile, méchant et redoutable. Naturellement aussi, je rougissais toujours dès qu’une conversation s’orientait vers les questions sexuelles et cela aussi je le craignais, puisque j’avais honte de rougir. Lorsque j’eus effectivement percé à jour le secret de la procréation et que mes folles idées de sueur au poignet se furent dissipées, le coït m’apparut comme une chose terrifiante, épouvantable et répugnante, et j’eus le sentiment que moi-même je ne serais sans doute jamais capable d’un acte aussi abject. Une fois surmontées mes premières frayeurs, demeura cependant la pudeur excessive et même dans les classes supérieures du lycée, mes rougeurs intempestives me mettaient à la torture lorsque j’étais le seul élève qui rougissait au cours devant des propos que mes camarades accueillaient avec le plus grand calme.

L’école était d’ailleurs l’endroit où devait se faire la sale besogne de l’information en matière sexuelle (Comme mes parents — et sans doute pas uniquement les miens — l’avaient si ardemment espéré afin de ne pas se trouver eux-mêmes dans cette position désagréable), même si la chose eut lieu bien tard. Il s’agissait avant tout d’un exposé médical qui avait pour objet d’inspirer aux grands élèves la terreur des rapport sexuels. Le médecin scolaire fit projeter sur le série de schémas des organes génitaux des deux sexes et, pour couronner le tout, la reproduction gigantesque en couleurs atroces des parties sexuelles de la femme, puis il déclara d’une voix émue : Hélas oui, mes enfants, tel est en réalité l’horrible aspect de la femme ; aucun de vous n’aura sans doute envie d’entrer là-dedans, pas vrai ? Suivirent des photographies de syphilitiques aux divers stades de la décomposition car c’était manifestement là le résultat de l’amour. En guise de conclusion, le médecin nous parla encore d’une particularité. En Amérique, certaines statistiques auraient démontré qu’apparemment beaucoup de garçons se donnaient à eux-mêmes la satisfaction sexuelle ; mais, en fait, cela ne devait être considéré que comme une curiosité car, toujours selon la statistique, il ne s’agissait que d’un petit pourcentage qui allait en diminuant de sorte qu’on ne pouvait pas parler, à ce propos, d’un problème vraiment représentatif (et d’ailleurs cela ne se passait qu’en Amérique). Sur ce, nous étions informés.

L’exposé n’avait pas fondamentalement modifié ma conception du monde, il avait simplement confirmé ce que je savais depuis longtemps, que la sexualité n’était pas bien, mais mal. La plupart du temps, naturellement, on n’aime pas employer pour la qualifier les deux mots « bien » et « mal ». De nos jours, personne n’ose plus, comme un moine du Moyen-Âge, désigner la sexualité comme la quintessence du mal. Bien au contraire, on se montre « informé » et l’on s’empresse d’accorder que la sexualité est « même très importante » et joue « un rôle immense », qu’on « ne peut absolument pas s’en passer » et qu’elle est même « indispensable à la vie et à la conservation de l’espèce » ; bref on admet que « cet aspect de la vie existe bien aussi », qu’on a donc pris ses distances par rapport à l’idée que la sexualité serait le diable en personne. Personne, cependant, ne déclarerait publiquement que la sexualité est la meilleure chose qui soit.

Aujourd’hui encore, le slogan hippie « Make love, not war » a une résonance obscène aux oreilles bourgeoises. Pourtant personne ne conteste que la guerre est, au fond, une chose négative bien que nécessaire, hélas ; pour quelle raison elle est, à vrai dire, si absolument nécessaire, on ne le sait pas, la plupart du temps. Pas plus qu’on ne peut formuler clairement en quoi l’amour est une chose mauvaise. Mais aller jusqu’à dire franchement que non seulement l’amour est bon mais qu’il est même meilleur que la guerre, voilà une vérité qui dépasse encore la société bourgeoise ; cela a toujours l’air d’une obscénité. Finalement on n’est pas un amoureux mais un soldat ; ne serait-ce que parce qu’on est suisse ! Comme exemple typique de cette attitude, on pourrait citer la représentation du monde au cinéma : aujourd’hui encore les films pornos sont interdits ou, du moins, mis au ban et censurés ; mais un film sur la guerre, le meurtre et la violence n’a aucune censure à redouter.

Il va de soi qu’à cet égard aussi mes parents n’étaient pas des révolutionnaires et que là aussi ils se rangeaient à l’opinion publique. Certes l’éducation sexuelle que j’ai reçue — ou, mieux : que je n’ai pas reçue — de mes parents ne constitue pas une exception dans les milieux bourgeois. Mais il est évident que mes parents devaient être profondément d’accord avec ce tabou frappant toute la sexualité, vu qu’un tabou consiste à ne pas parler de son objet, et ne pas parler de quelque chose c’était justement cela qu’aimaient tant mes parents. A cet égard, je diviserais en deux périodes l’attitude prise par mes parents devant mon frère et moi, à l’égard de la sexualité : pendant la première période, le sexe n’exista pas, pendant la seconde il fut ridicule. Je veux dire par là que le sujet ne fut jamais abordé tant que nous fûmes des enfants et que mes parents trouvaient là un prétexte pour éviter de nous informer ; mais dès que les parents purent espérer que quelqu’un d’autre les avait dispensés du pénible devoir de l’information, ce sujet fut classé au nombre de toutes ces choses que faisaient les « autres », ces autres qui nous amusaient et qui étaient toujours un peu ridicules à nos yeux. Je n’affirmerai pas que ce fût là un procédé très heureux, il me fut, en tout cas, positivement funeste. D’abord il m’avait fallu être un enfant qui n’avait le droit de rien savoir sur la sexualité ; et aussitôt qu’on eut lieu de croire que j’en savais quelque chose, je fus censé être tout à fait au-dessus de choses-là, pareil, en fait, à un vieillard qui ne peut plus rien en savoir depuis longtemps. Tout à coup, donc, la sexualité n’était plus mauvaise mais tout bonnement ridicule ou ennuyeuse. Mon père s’étonnait souvent de ce que les gens fussent capables de tant s’intéresser aux films ou aux magazines sur le sexe, vu que la sexualité était une chose tellement ennuyeuse. Il ne lui serait jamais venu à l’idée d’interdire la littérature ou les films de ce genre car il ne voyait vraiment pas en quoi cela pouvait passionner qui que ce fût. Autrement dit, il y avait bien sans doute des gens qui s’y intéressaient : les autres, justement. Les autres qui faisaient, de toute façon, toutes les sottises possibles, de sorte qu’il n’y avait pas de quoi s’étonner si, avec toutes leurs insanités, par-dessus le marché, ils étaient portés sur le sexe.

J’écris toujours ici que « nous » faisions ou ne faisions pas quelque chose. Ce pluriel me permet d’indiquer qu’en tout point je suivais mes parents et leur exemple, tout comme j’avais été marqué par eux. Fondamentalement ils avaient raison, me semblait-il. Je pouvais parfois être d’un autre avis sur certains détails mais mettre réellement en question leurs actions ou leurs pensées, cela je ne le faisais pas. Je me sentais en sûreté dans l’atmosphère de la maison de mes parents et j’étais essentiellement d’accord avec puisque j’étais comme eux. Je n’avais donc aucun problème avec mes parents, je me sentais harmonieusement lié à eux. Or, le fait que je me comportais d’une façon si exemplaire et ne cherchais en rien à contrecarrer la volonté de mes parents n’était que l’expression de la correction qui était de règle chez nous. La conduite la plus correcte dans toutes les circonstances de la vie, même si notre conduite était d’une correction exagérée, nous paraissait la meilleure protection. Protection contre quoi ? pourrait-on demander. Sans doute n’aurions-nous pas pu l’exprimer en mots, mais je crois aujourd’hui que nous avions besoin de protection contre le monde entier. Il fallait que nous ne fussions entachés d’aucune souillure. En toutes choses nous devions être purs et immaculés. Être irréprochable nous semblait la meilleure voie, ou voie détournée, pour traverser si possible indemnes l’agitation, rien moins que pure, du monde. Tout comme on dit que qui touche à la poix se salit, on pouvait dire de nous qu’afin de ne pas nous salir nous ne touchions absolument à rien ; ou bien : comme nous ne faisions d’omelette, nous ne cassions pas d’œufs. C’est pourquoi je me montrais toujours extrêmement correct et toujours propre à tout point de vue. Ce qui se manifestait notamment par la manie que j’avais d’une propreté un rien exagérée. De même que j’étais correct en tout jusqu’au bout des ongles, j’étais toujours propre et net à l’extrême. Il ne devait y avoir sur moi aucun grain de poussière, il ne fallait pas qu’on touche à un cheveu de ma tête.

Je restais donc propre, ne me salissais jamais, ne touchais à rien et n’avais de contact avec rien ni personne. Je n’avais pas d’amis et je n’avais pas d’amours. Je n’étais capable d’aucun contact avec les filles ; mais j’étais tout aussi incapable de parler de mes difficultés de contact.

Bonne nuit.

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Il y a dans cette fracture un pays

L’âge médian en France c’est 40,4 ans.

Selon les données de l’INSEE, l’âge médian en France en 2017, c’est 40,4 ans. 38,8 pour les hommes, 41,8 pour les femmes. Ça évolue un peu : cinq ans auparavant, en 2012, c’était à peu près un an de moins.

Ça veut dire que la moitié de la population a 40 ans ou moins, et que l’autre moitié a 41 ans ou plus.

Dans quelques jours, le président Macron aura 40 ans : ce « jeune » président est donc en fait juste au milieu de la distribution. D’ici peu, la majorité de la population de ce pays sera plus « jeune » que ce « jeune » président.

L’événement du jour, en France, c’est le décès de Johnny Hallyday (1943 – 2017), à l’âge de 74 ans. L’événement du jour, de la semaine, du mois, peut-être même de l’année. Le délire médiatique, bien que prévisible, est déjà assourdissant.

L’ « émotion » provoquée par la disparition de ce chanteur de variétés est comparée à celle provoquée par celles de Charles de Gaulle en 1970 ou de Victor Hugo en 1885. Les médias et ceux qui y passent expliquent à qui veut les entendre qu’il s’agit d’un « monstre sacré », d’une « star intergénérationnelle », ou de l’ex-« idole des jeunes ». Et que le pays sera uni dans son hommage à cet immense artiste.

Je n’en crois rien.

Passons sur le fait que ce vacarme va permettre de passer sous silence à peu près tout le reste, on est habitués, emotion trumps reason, l’émotion permet d’ignorer l’économique, le social, l’environnemental et in fine l’humain. Passons.

Pour une certaine France, qu’on va appeler prudemment juste « première France », Johnny Hallyday représente quelque chose, et c’est fort respectable, et il n’y a rien de plus à en dire.

Mais pour une autre France, une « deuxième France », Johnny Hallyday ne représente rien du tout. Rien. Du. Tout. #OSEF, comme on dit maintenant. On s’en fout. Et c’est aussi fort respectable.

Cependant, je ne pense pas que la « première France » soit majoritaire.

L’âge médian en France, c’est 40,4 ans.

La mort de Johnny Hallyday est un sujet pour discussion entre collègues à la machine à café depuis au moins dix ans. J’ai toujours trouvé ce sujet assez révélateur, quand la discussion mêle des collègues d’âges différents. Pour les plus âgés, apprendre la mort de Johnny, ce sera un coup de vieux. Pour les autres, ce sera juste du bruit, une raison de plus de ne pas allumer la télévision. Nous y sommes.

Dans les prochains jours, la « première France » va bruyamment communier dans le souvenir de ses lointaines années de jeunesse, dans le culte du consensus autour de l’idole éternelle, dans l’admiration pour un personnage supposé « transcender les clivages » et « fédérer les Français », et tout ce genre de choses.

La « deuxième France », elle, va juste se boucher les oreilles, hausser les épaules et attendre que le bruit retombe.

Evidemment, tous les admirateurs de Johnny n’ont pas plus de quarante ans, et tous les Français de plus de quarante ans ne sont pas admirateurs de Johnny. C’est compliqué. Mais il me semble que les admirateurs de Johnny sont plus rares chez les plus jeunes. Plus on descend en âge, plus l’indifférence à Johnny est élevée.

Et surtout, dans la « première France », on retrouve, sincèrement fans de Johnny ou juste hypocritement intéressés à se cacher dans le consensus officiel, toutes les classes sociales dominantes. Celles qui possèdent les médias, qui les gèrent et qui y passent. La classe capitaliste, la classe médiatique, la classe politique. Là encore, il peut y avoir des exceptions, mais les majorités me semblent claires. Johnny est un bon produit.

La « deuxième France », celle qui est indifférente à Johnny, elle ne passe pas à la télévision ; et elle la regarde de moins en moins. Elle est plus périphérique, plus péri-urbaine, moins blanche, plus jeune, plus invisible.

Mais la « première France » va se présenter comme la seule et unique France. Et tant pis pour les autres.

Un parallèle vient à l’esprit : les manifestations du dimanche 11 janvier 2015. D’abord, l’unanimité apparente de « Je suis Charlie ». Et puis, quelques mois plus tard, les torrents de boue déversés sur Emmanuel Todd après la publication de son livre iconoclaste « Qui est Charlie ? » (livre complexe que j’ai déjà commenté dans ce blog, ici, et ), qui analysait la sociologie des manifestants :

Une partie de la France n’était pas là, le 11 janvier, et celle qui l’était, soucieuse de se faire passer pour sa totalité, n’était ni si sûre de ses valeurs, ni si généreuse. Le monde populaire n’était pas Charlie, les jeunes des banlieues, qu’ils fussent musulmans ou non, n’étaient pas Charlie, les ouvriers des provinces n’étaient pas Charlie. La France des classes moyennes supérieures, en revanche, fut en quelque sorte surmobilisée et se révéla capable ce jour-là d’entraîner, une fois encore, les couches intermédiaires de la société française par l’expression de son émotion.

Je regarde très peu la télévision ; mais souvent, quand je la regarde, notamment les productions françaises, les publicités et les journaux, je ne reconnais pas le pays dans lequel je vis, les coins de banlieue parisienne où je vis, travaille ou passe, je ne reconnais pas les gens, les couleurs, les mots, les vêtements. J’ai l’impression de voir un monde qui n’existe pas. Un monde artificiel. Un village Potemkine. Des images de synthèse. Je pense que je ne suis pas le seul.

Les télévisions vont passer des jours et des semaines à parler de l’émotion de la France après la mort de Johnny Hallyday, de l’hommage de la France à Johnny Hallyday, de la reconnaissance de la France, de la peine de la France, etc. Ils auront « la France » plein la bouche. Admirable ! Magnifique ! Formidable !

Mais toute la population française ne se reconnaîtra pas dans cette France-là. La « deuxième France » ne sera pas là. Leur « France », c’est juste la « première France » !

Est-ce que la « première France » se rend compte qu’elle est possiblement minoritaire ? Est-ce qu’elle peut imaginer l’ampleur de la « deuxième France » totalement indifférente à Johnny Hallyday et autres produits supposés culturels et consensuels ? Est-ce qu’elle sait juste qu’elle n’est pas seule, qu’elle n’est pas la seule France ? Est-ce qu’elle est consciente, ou est-ce qu’elle est complètement aveuglée ?

D’ici quelques jours, comme chaque hiver, les télévisions de la « première France » vont décliner leur « météo des neiges » et autres sujets et reportages consacrés aux gens qui ont la chance de partir en vacances « à la neige ». En oubliant juste que cela ne concerne que moins de 10% de la population.

Plus généralement, les télévisions de la « première France » adorent parler des vacances. Même si 40% de la population de ce pays ne quitte jamais son domicile pour des vacances à n’importe quelle période de l’année.

Le mardi 10 janvier 1995, Jacques Chirac lançait sa campagne présidentielle sur le thème de la « fracture sociale », thème attribué à Emmanuel Todd, mais semble-t-il forgé d’abord par Marcel Gauchet :

Un mur s’est dressé entre les élites et les populations, entre une France officielle, avouable, qui se pique de ses nobles sentiments, et un pays des marges, renvoyé dans l’ignoble, qui puise dans le déni opposé à ses difficultés d’existence l’aliment de sa rancœur.

Le mercredi 7 janvier 2015, exactement vingt ans plus tard, Michel Houellebecq publiait son roman « Soumission », où il note en introduction (je sais, j’ai déjà cité cette phrase hier) :

Il est probablement impossible, pour des gens ayant vécu et prospéré dans un système social donné, d’imaginer le point de vue de ceux qui, n’ayant jamais rien eu à attendre de ce système, envisagent sa destruction sans frayeur particulière.

Bref, la marée des hommages à Johnny Hallyday va être présentée comme un grand moment d’unité nationale.

Je peux me tromper, mais je pense que ce sera surtout un grand révélateur de fractures, sociales, générationnelles, culturelles, anthropologiques.

Bonne nuit.

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