Peut-on encore croire au progrès ?

Peut-on encore croire au progrès ?

Il faudrait définir le mot « progrès », comme il faudrait définir les mots « innovation », « croissance », « productivité ».  Je garde ça pour un peu plus tard.

Qui croit encore au progrès ?

Je pose peut-être la question à cause de mon âge : je la sens pas bien, la crise de la quarantaine. Quand j’étais adolescent, dans les années 1980s, je croyais au progrès technique, économique et social, je croyais même à la conquête spatiale. Aujourd’hui, je n’arrive plus à croire à tout cela — est-ce parce que le monde a changé, s’est retourné, ou est-ce juste parce que j’ai vieilli ?

Au milieu des années 1980s, trois thèmes écologiques ont monté en puissance. Les pluies acides (en Europe) — les actions engagées à l’époque ont été relativement efficaces. La dégradation de la couche d’ozone — les actions engagées un peu plus tard ont été relativement efficaces. Le changement climatique induit par les gaz à effet de serre — aucun résultat, la production annuelle de CO2 a doublé en deux décennies, et toute perspective d’action réelle est de facto enterrée depuis la nomination d’un représentant de l’industrie pétrolière à la Maison-Blanche en décembre 2000 — son nom maudit ne doit pas être prononcé.

Les deux premières (petites) menaces ont été traitées. Pas la (colossale) troisième. Peut-être est-ce un bon symbole d’un basculement.

Qui croit qu’on peut encore atténuer le changement climatique déchaîné par les gaz à effet de serre ? Ironiquement, d’immenses progrès techniques ont été fait ces dernières années pour décupler la production de CO2 — l’exploitations des schistes bitumeux et des gaz de schistes. Mais qui croit aujourd’hui encore sérieusement qu’un progrès — ou miracle — technique va permettre de dompter significativement le flux annuel d’une trentaine de gigatonnes de CO2 balancés dans l’atmosphère ? Beaucoup de gens semblent y croire, mais sérieusement ? Comme le dit ce commentaire :

Côté positif, ce sont des ingénieurs, quand on leur parle de densité énergétique, ça leur parle, on peut parler chiffres. Côté négatif, ce sont des ingénieurs, ils ont une foi en béton dans la technique et la science salvatrices.

Passons de l’écologie à l’économie.

Début octobre, le très sérieux Martin Wolf intitulait ainsi sa chronique du Financial Times : Is unlimited growth a thing of the past ? Un texte à lire de bout en bout (abonnement gratuit nécessaire). Je ne reprends que la conclusion :

For almost two centuries, today’s high-income countries enjoyed waves of innovation that made them both far more prosperous than before and far more powerful than everybody else. This was the world of the American dream and American exceptionalism. Now innovation is slow and economic catch-up fast. The elites of the high-income countries quite like this new world. The rest of their population like it vastly less. Get used to this. It will not change.

Sur le même thème, en partant des mêmes travaux du même professeur Gordon, Kenneth Rogoff dans sa chronique de décembre sur Project Syndicate, intitulée Innovation Crisis or Financial Crisis, ce qu’il appelle « l’hypothèse Kasparov-Thiel-Gordon » :

Recently, a few writers, including internet entrepreneur Peter Thiel and political activist and former world chess champion Garry Kasparov, have espoused a fairly radical interpretation of the slowdown. In a forthcoming book, they argue that the collapse of advanced-country growth is not merely a result of the financial crisis; at its root, they argue, these countries’ weakness reflects secular stagnation in technology and innovation. As such, they are unlikely to see any sustained pickup in productivity growth without radical changes in innovation policy.

Qui croit encore au progrès ? Certains secteurs peuvent sembler encore des havres d’innovation, de croissance, d’invention et de progrès … et pourtant … Le projet de réorganisation du deuxième opérateur de télécommunications en France inclut cette phrase cinglante :

L’innovation ne constitue pas un avantage compétitif dans les télécoms.

C’est — ou devait être — un billet court. Je reviendrai sur ces thèmes. Il faut que j’apprenne à faire des billets courts.

Bonne journée.

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Un commentaire pour Peut-on encore croire au progrès ?

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